Geschichtswissenschaft
Was ist... ZEIT?
Par
blatt-christophe
Le 11/12/2022
Was ist ZEIT?
Dieser Artikel analysiert diese alte, uralte und immer neue Frage:
Théophile : « Pourquoi le temps ne va que vers le futur et jamais vers le passé ? »
Michel Tytgat, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Tu touches là à une question vieille comme le monde et qui reste dans une large mesure un mystère, riche en paradoxes et en controverses. « Qu’est-ce que donc le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Si quelqu’un pose la question et que je veux l’expliquer, je ne sais plus ». Dans sa quête du temps, Augustin d’Hippone (Algérie) ira bien sûr plus loin, mais le dilemme qu’il soulève au IVe siècle reste d’actualité.
Sauf à souffrir d’une des multiples formes de pertes de mémoire, nous pouvons plus ou moins bien nous souvenir du passé, mais, et c’est regrettable, nous ne pouvons plus agir dessus. Aussi, si nous pouvons avoir une vague idée de notre futur immédiat, de ce que nous ferons dans une heure, voire lors de nos prochaines vacances, l’avenir reste indécis.
Quelle est donc l’origine de cette « flèche du temps », comme l’a appelée l’astrophysicien Eddington ? Pour lui, un des paradoxes de la physique est que la flèche du temps est absente des lois fondamentales de la Nature. Pour rester dans un cadre simple, considérons les lois de Newton ou lois de la mécanique classique. Elles permettent de déterminer le mouvement d’objets simples lorsqu’ils sont soumis à des forces, par exemple la gravité. Ces lois sont réversibles. Cela veut dire que si on filmait le mouvement d’une particule sous l’action d’une force, il nous serait impossible de dire si le film nous est projeté à l’endroit ou à l’envers. Et il en ainsi pour toutes les lois fondamentales connues et vérifiées, et ce y compris en mécanique quantique. Le temps peut s’écouler dans un sens ou dans un autre, peu importe.
Très bien, mais c’est clairement en contradiction avec notre expérience quotidienne ! Si une bouteille de jus de fruits en verre m’échappe des mains et tombe – en suivant pour le coup les lois de Newton – elle a toutes les chances de voler en éclats en touchant le sol. Si une personne devait filmer ce moment embarrassant, elle n’aurait aucun problème à faire la différence entre une projection de ce film à l’endroit ou à l’envers car personne n’a jamais vu des débris de verre et des gouttes de jus se regrouper pour spontanément reconstituer la bouteille. C’est regrettable, mais c’est comme ça.
Or, dans une large mesure, notre bouteille de jus est soumise aux mêmes lois que les objets simples. La grande différence est que lorsqu’elle casse (et que son jus se répand), elle se décompose en une myriade d’objets simples (débris de verre et gouttes). C’est là une clé de l’irréversibilité.
Alors que notre bouteille est un objet ordonné et structuré, dont la chute est simple et déterminée, ses débris sont grandement désordonnés et ont de multiples manières de se répandre dans l’espace : il y a une seule bouteille mais d’innombrables versions de la bouteille cassée. Alors que chacun des débris est soumis à des lois déterminées et réversibles, tenter de suivre leur évolution un à un deviendrait rapidement impraticable. En outre, si tant est que nous ayons cette capacité, la moindre altération provoquée par un élément extérieur – une goutte s’évaporant, un petit coup de balai sur les morceaux de verre – rendrait la tâche réellement impossible. Le futur est hautement contingent : une chose peut se produire… ou pas.
Cette évolution vers le désordre est une des lois de la nature. Mais ce n’est pas une loi fondamentale. C’est ce qu’on appelle une loi émergente. Elle existe parce qu’il y a une nouvelle distinction à faire dans le comportement de la matière lorsque l’on passe d’un petit à un grand nombre de constituants. En principe, rien n’empêcherait que notre bouteille ne puisse se reconstituer. En pratique, c’est infaisable car il faudrait pour ce faire maîtriser un grand nombre de paramètres et ce avec une très précision infinie. Dès lors, cela devient hautement improbable. Cette nouvelle loi, valable lorsqu’il y a un grand nombre de constituants, est caractérisée par une nouvelle quantité physique qu’on appelle l’entropie.
La flèche du temps, phénomène macroscopique et émergent, est associée à la tendance qu’a l’entropie d’augmenter, cette tendance naturelle qu’à l’ordre à évoluer vers le désordre.
Dès lors, une question clé est de savoir comment l’ordre peut exister s’il ne s’agit de l’état le plus probable ? Dans le cas de la bouteille, la réponse est claire. C’est un produit manufacturé qui a nécessité de l’énergie sous des formes diverses et variées pour devenir un objet structuré (la bouteille et son jus). Reste que son destin est de se dégrader à plus ou moins court terme et il en est ainsi pour toute chose ordonnée, à commencer par les corps vivants et, voyons large, l’Univers dans son ensemble.
Dès lors, l’origine de la flèche du temps de l’Univers (pour rappel, notre Univers est en expansion et aurait un âge d’environ 13,6 milliards d’années) revient à se demander pourquoi il est apparu « ordonné ». Les anciens ne s’y trompaient pas. Cosmos est issu du grec κόσμος, kósmos, « bon ordre, ordre de l’Univers ». La science propose une réponse partielle qui repose sur l’hypothèse de l’inflation, une expansion rapide qui aurait eu lieu au tout début de l’Univers. Son lien avec l’émergence de la flèche du temps reste matière à débat et touche à la nature même du temps en Relativité générale, mais ceci est une autre histoire.
Si toi aussi tu as une question, demande à tes parents d’envoyer un mail à : tcjunior@theconversation.fr. Nous trouverons un·e scientifique pour te répondre.![]()
Michel Tytgat, Physicien, Directeur de Recherches FNRS, Professeur ULB, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was ist... Totalitarismus?
Par
blatt-christophe
Le 01/10/2022
Nationalismus bedeutet ... KRIEG. Und Dikataturen wollen Krieg, denn Krieg und Gewalt halten Dikaturen an der Macht.
Wir können wir die Diktatur erkennen?
Gewaltherrschaft zeigt sich auch in der Sprache. Es ist die Propaganda, die aus Individuuen, aus Menschen Feinde macht und die damit jedes Unrecht legitimieren will.
Dieser Artikel zeigt die Elemente, die Diktaturen nutzen, um Krieg, Unrecht und Gewalt vorzubereiten.
À quoi reconnait-on un discours totalitaire ou fasciste ?
Le jeudi 24 février, lorsque Poutine déclare à l’aube vouloir « protéger les personnes victimes de génocide de la part de Kiev » et « arriver à une dénazification de l’Ukraine », il réitère un leitmotiv bien connu et récurrent depuis 2014. Paradoxalement ici, dénoncer le « nazisme » revient à en utiliser la rhétorique binaire – les « néonazis ukrainiens » représentant le Mal absolu, une vermine à éliminer. Mais cette guerre n’est pas qu’une guerre de mots, elle est aussi une guerre d’images, que les Ukrainiens comptent bien gagner. Le compte officiel de l’État ukrainien reprenait ainsi cette caricature, comme réponse à la déclaration russe.
En lien avec ce contexte, est-il possible d’établir une liste des items caractéristiques de la pensée et des discours totalitaires ? Quels sont les traits pertinents et distinctifs du fascisme ? De nombreux penseurs ont tenté de répondre à cette question. Le linguiste Victor Klemperer a ainsi étudié de près la langue du troisième Reich, l’écrivain George Orwell a proposé la notion fertile de « novlangue », enfin le sémiologue Umberto Eco, dans son ouvrage Reconnaître le fascisme partage sa biographie et une liste de traits caractéristiques.
Ces éléments nous permettent d’élaborer plusieurs points. D’une part, il ressort que la pensée totalitaire se définit par principe comme l’exclusion de la diversité des pensées. D’après le CNRTL, l’adjectif « totalitaire » s’applique au domaine politique comme ce qui fonctionne sur :
« le mode du parti unique interdisant toute opposition organisée ou personnelle, accaparant tous les pouvoirs, confisquant toutes les activités de la société et soumettant toutes les activités individuelles à l’autorité de l’État ».
Plus subtilement, la philosophie sous-jacente est celle « qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. » Il y a bel et bien concordance sémantique entre la représentation politique que nous avons du totalitarisme et la racine du mot qui renvoie à une pensée « totale/
totalisante », excluant par principe la diversité des pensées.
Le rôle de la personnalité
Dans sa dernière conférence, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik propose une lecture de la résistance à la doxa totalitaire.
Selon lui, la pensée paresseuse et le « psittacisme » (récitation et répétition du perroquet) sont délicieux et sécurisants, ils apportent des bénéfices affectifs. À l’inverse le travail d’élaboration de la pensée critique a des effets moins euphorisants et ne réveille pas notre sentiment d’appartenance.
C’est pour cela qu’il existe une véritable déclinaison sémiologique dont les systèmes totalitaires sont friands : gestuelle spécifique de reconnaissance (gestes de salutation, notamment), codes vestimentaires spécifiques (uniformes et/ou symboles), langage formaté (distorsions syntaxiques et sémantiques qui viennent contaminer la langue parlée) : ainsi, des figures de style et des métaphores vont être utilisées dans une fréquence plus élevée, notamment afin de séparer le monde en deux pôles, à savoir « nous » contre « les autres », notion largement travaillée par l’analyste de discours Ruth Wodak. C’est aussi pour cela que les discours d’extrême droite peuvent paraître aussi sécurisants et rassurants.
Quel est le lien entre fascisme et totalitarisme ?
Umberto Eco nous le rappelle, le mot « fascisme » est une synecdoque – figure de style qui consiste à donner à un mot ou une expression un sens plus large ou plus restreint que sa propre signification – mais également un syncrétisme : il est moins une idéologie monolithique que le collage d’idées politiques et philosophiques parfois contradictoires. Le terme fascisme est donc « fuzzy » (terme anglais utilisé tel quel par le sémiologue), c’est-à-dire sans contour net ni précis.
En fait, le langage totalitaire se structure petit à petit, dans ce que l’on appelle une période préfasciste (et que nous traversons en ce moment par ailleurs, comme le souligne l’historienne Ludivine Bantigny), et qui met en lien exercice du pouvoir politique et dispositions langagières afin de mettre en œuvre des stratégies de persuasion et de séduction des destinataires des discours, ce qui fait notamment écho aux travaux de Bradford Vivian.
Mais pour que cet ensemble fonctionne, il faut également une incarnation du discours par la figure du leader charismatique.
Le culte d’un leader charismatique
Benito Mussolini se faisait ainsi appeler « l’Homme de la Providence », en plus du Duce qui peut se traduire par « guide ». Le surnom d’Hitler était à peu près équivalent : « Mein Führer » peut se traduire par « mon guide ». Staline fut quant à lui « l’Homme de fer » et le « Petit Père du Peuple ». Plus récemment, Bolsonaro devient ainsi « O Mito », à comprendre « le Mythe », et Erdogan reste « el reïs » (le chef).
Derrière ces surnoms se cache la volonté de devenir l’interprète du « vrai peuple », d’une pensée que l’on rêverait commune, mais qui ne peut, par définition, qu’être diverse.
Le peuple, en tant qu’entité nationale, est une fiction ; c’est notamment ce que rappellent les travaux d’Anne-Marie Thiesse. Le leader totalitariste, qu’il soit d’extrême droite ou d’extrême gauche, se positionne comme celui étant le seul capable de connaitre ce qui trouble la classe « prolétaire » ou « populaire », c’est-à-dire celle qui aurait du accéder au même confort matériel et social que celui de la petite bourgeoisie, mais dont le mouvement d’ascension a été contraint et ralenti, voire stoppé par le contexte, créant ainsi une véritable frustration.
Ce même leader est capable de désigner le Mal de la société, pour y apporter la réponse ultime. Il a LA réponse puisque c’est LE héros. Et souvent, cette réponse se matérialise sous la forme d’un « intrus » qu’il convient d’éradiquer le plus efficacement possible, sous peine de voir s’éloigner « un Âge d’or » pourtant accessible.
Ces intrus sont souvent représentés comme opposants au traditionalisme. Dans un monde totalitaire, il ne peut y avoir d’avancées du savoir : la vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes. Bien sûr, les stratégies d’infantilisation des masses ne peuvent être remises en cause dans cet environnement où le décideur est tout-puissant. D’ailleurs, le refus de la démocratie parlementaire peut également se lire sous ce prisme.
La peur de la différence
La journaliste turque Ece Temelkuran nous rappelle l’un des items les plus caractéristiques de la pensée totalitaire : la mort provoque une indifférence. Elle relève ainsi une parole mainte fois entendue à propos des opposants à Erdogan : « qu’il repose en paix, il n’avait qu’à pas s’opposer à Erdogan ».
En ce sens, on voit encore à quel point le langage illustre, décrit ou renforce la structure sociale totalitaire en montrant un état de fait. Ici, c’est à travers un style proverbial qu’une certaine distance est prise, qui permet à la fois de montrer l’omniprésence de la mort et l’impuissance face au régime – et aussi que la mort, d’une certaine manière, semble apporter la seule libération possible, ce qui est rhétoriquement extrêmement tragique.
La mort d’autrui est ainsi justifiée et approuvée, d’autant qu’elle ne remet pas en cause le système dans lequel elle s’énonce. Le rapport à l’altérité se détermine autour de la notion d’appartenance au groupe, en excluant tous ceux qui n’en ont pas le profil ; un tropisme bien connu des travaux sur l’identité, notamment ceux, particulièrement brillants de Rogers Brubaker et Frederick Cooper.
Le fascisme a pour terreau le fantasme d’un groupe unique, incarné dans le discours, uni par des croyances mais aussi des caractéristiques physiques supposées identiques : de sexe, de genre, de comportements. En un mot : d’identité, qu’elle soit naturelle ou culturelle, ou bien évidemment nationale – puisque c’est là l’un des fantasmes majeurs du fascisme.
Les femmes sont ainsi relayées à une imagerie d’obéissance, de soumission et d’assignation à un rôle social traditionnel déterminé. De ce point de vue là, la fille de Trump ou d’Erdogan coche les mêmes cases de soumission idéale au patriarcat. L’identité religieuse est également un point de rassemblement (et de séparation). Pour Erdogan, il y a ainsi les « vrais musulmans », comme pour d’autres les « vrais chrétiens ». Peu importe les époques, se sont les mêmes schèmes sous-jacents qui se déclinent en fonction des cultures et des géographies. L’humiliation, la dépréciation et la stigmatisation se trouvent au centre de ce processus de désignation de l’altérité – avec pour conséquence ultime la violence.
Les distorsions linguistiques pour en finir avec la pensée critique
Dans un monde totalitaire, toute pensée critique devient intolérable. Elle est vécue comme une trahison, voire comme une agression contre laquelle il est urgent de se défendre et de riposter. Le phénomène est complexe car il touche au fondement même de l’éthos de vérité. Le fascisme s’engouffre ainsi dans la faille du relativisme à tout crin est un des items majeurs : puisque tout se vaut, rien ne se vaut.
Comme nous le rappelle Ece Temelkuran, la mutation qu’a subie la perception humaine et qui rend possible la fragmentation de la réalité s’est tellement bien passée que la question de la moralité est devenue dénuée de sens, voire d’intérêt. Les faits et la vérité sont devenus ennuyeux. Et comme nous le rappelle à juste titre Etienne Klein :
« la nuance […] c’est un peu emmerdant et les gens qui parlent sans nuance donnent l’impression d’avoir raison ».
Par ailleurs, les distorsions sémantiques et les réductions syntaxiques appauvrissent la langue afin de limiter un raisonnement trop complexe et/ou critique. L’usage banalisé des euphémismes (« dommages collatéraux », « poulets d’élevage », etc.) et des oxymores (« carbone vert », « écologie de production ») neutralisent notre pensée critique.
Comme le relève la sémiologue et notre co-autrice Elodie Mielczareck dans son ouvrage Anti Bullshit :
« Ces stratégies visent à lisser le discours, notamment pour favoriser le consensus et l’adhésion […] Les mots en eux-mêmes peuvent contaminer toute une langue.
De fait, alertait Victor Klemperer, « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ».
Il y a une telle obsession du consensus et une telle crainte du dissensus, que ce dissensus a fini par être littéralement privatisé, notamment par certaines chaînes d’information en continu.
La toile de la pensée totalitaire
Les exemples choisis renvoient volontairement à des régimes autoritaires passés (le nazisme, par exemple), ou actuels (en Turquie, notamment). Évidemment, la pensée totalitaire ne se réduit ni géographiquement à quelques continents éloignés du notre, ni temporellement à une époque éloignée de la notre.
Ces derniers mois ont montré comment les démocraties pouvaient, elles aussi, rapidement tomber dans la toile de la pensée totalitaire. L’impression de préfascisme décrite par Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, par exemple, s’est largement illustrée dans les discours de Donald Trump, de Jair Bolsonaro ou bien encore de Vladimir Poutine, qui peuvent rapidement passer du langage aux actes, comme l’actualité nous le montre de manière tragique, concernant l’Ukraine. De ce point de vue là, la citation de Gilles Deleuze sur le néo-fascisme nous semble pertinente :
« Le vieux fascisme aussi actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […] »
Elodie Laye Mielczareck, sémiologue a co-rédigé cet article![]()
Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université Rennes 2
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Krieg in Europa.
Par
blatt-christophe
Le 24/02/2022
Es gibt Krieg in Europa.
Die aktuelle Situation verändert den Kontinent und die Frage stellt sich für die Europäer: Wie konnte es zu dieser Entwicklung kommen?
Wie kann man diese Gewalt und dieses Unrecht beenden?
Denn der Krieg ist eine Niederlage für die Demokraten auf dem Kontinent.
Der folgende Artikel stellt die Frage nach der richtigen Politik, um einen Krieg zu verhindern.
Es gibt keine Alternative zum Frieden, aber es gibt keinen Frieden unter einer Geweltherrschaft.
Wie kann man darum aus dem Krieg zum Frieden finden? Darüber gilt es nachzudenken.
En Ukraine et ailleurs, comment les politiques de dissuasion peuvent provoquer la guerre
Thomas Lindemann, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay
La politique américano-européenne en Ukraine semble s’inspirer d’un calcul simple : si les bénéfices de la paix l’emportent sur ceux de la guerre, le Kremlin s’abstiendra de recourir à la force armée. Aussi les responsables otaniens menacent-ils régulièrement la Russie de tout un attirail de représailles qui seraient insupportables pour un pays au PIB semblable à celui des Pays-Bas, aux dépenses militaires comparables à celles de la France et qui, en outre, sait qu’un conflit ouvert avec l’Ukraine, dont la population, sauf à l’Est, lui est largement hostile, serait pour lui très coûteux.
A priori, cette approche mise en œuvre par les pays otaniens semble frappée au coin du bon sens.
Elle mérite pourtant d’être interrogée car elle peut aussi avoir un effet exactement inverse. Ce qui est tristement illustré par le lancement de l'opération militaire de Moscou durant la nuit de mercredi à jeudi.
Au cœur de la dissuasion : l’image donnée par chacune des parties
En affirmant qu’une invasion totale de l’Ukraine par la Russie est imminente, les responsables de l’OTAN ont dramatisé les manœuvres et concentrations militaires russes aux frontières de sa voisine. Ce faisant, ils ont cherché à rendre plus crédible leur menace dissuasive : l’idée était de convaincre Moscou de leur détermination absolue. Mais comment expliquer que, malgré tout, les dirigeants de Moscou aient devancé l’affrontement en reconnaissant les républiques séparatistes de Lougansk et de Donetsk ?
Un retour historique sur le rôle de la dissuasion dans les crises internationales peut être utile. Même s’il faut se méfier de toute analogie hâtivement établie, deux constantes politiques semblent relativement incontestables pour comprendre l’issue d’une crise.
Tout d’abord, les décideurs d’une entité étatique aspirent non seulement à assurer la sécurité et la survie de leur entité, mais aussi leur propre survie politique. La « profession politique » est une carrière comme une autre, et les dirigeants doivent jouer la partition de la souveraineté nationale pour conserver leur légitimité. À cet égard, la dramatisation du conflit ukrainien par Boris Johnson peut ainsi s’interpréter comme une performance d’« homme fort », dans un contexte interne où son sérieux de dirigeant est en question.
Des leaders politiques qui apparaissent passifs, voire dominés, devant une « puissance étrangère » auront une vie politique très courte comme le démontre l’expérience de l’administration Carter en 1979 dans la crise des otages avec l’Iran.
Cela conduit à un deuxième constat : si la dissuasion relève apparemment d’un calcul rationnel coût-avantage impeccable, elle comporte un inconvénient majeur : celui qui s’y conforme apparaît facilement « soumis », même humilié. En d’autres termes, les coûts de la dissuasion en termes psychologiques et de légitimité peuvent être considérables et inciter des dirigeants comme Slobodan Milosevic ou Saddam Hussein à accepter l’affrontement, malgré une infériorité évidente.
L’option de la dissuasion empathique : enseignements de 1914 et de 1962
Pourtant, il existe une alternative : celle de la dissuasion « empathique ».
Cette approche consiste à prendre en considération les coûts psychologiques de la dissuasion pour la partie qui en fait l’objet. Pour cela, il s’agit d’abord de privilégier le format privé dans son exercice. En effet, une menace proférée en tête à tête est plus facilement acceptée qu’une menace exprimée au vu et su devant l’audience interne. La crise de juillet 1914 et la crise de Cuba d’octobre 1962 en sont des illustrations.
En 1914, alors que le chancelier allemand Bethmann Hollweg cherchait encore activement, le 29 juillet, à arrêter l’escalade en poussant son allié austro-hongrois à accepter un compromis avec la Triple Entente, il changea radicalement d’attitude dans la soirée du 30 juillet et donna le feu vert à la mobilisation générale. Que s’était-il passé ?
Le 28 juillet, le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Lord Grey, avait menacé Bethmann Hollweg, lors d’une conversation privée, expliquant qu’en cas de conflit Londres soutiendrait la France et la Russie. La menace, qui n’avait pas fuité, avait porté ses fruits, et le chancelier avait donc tout fait pour éviter que la situation ne dégénère. Mais le 30, on apprit que la Russie avait ordonné une mobilisation partielle. Cette information, publique, avait placé le chancelier, réputé trop « mou », devant une immense pression non seulement militaire, mais réputationnelle. Il ne pouvait pas se permettre de céder. On connaît la suite…
48 ans plus tard, le monde a évité un autre affrontement cataclysmique. Probablement en partie parce que c’est en privé que le président Kennedy, au dernier jour de la crise cubaine, avait averti le numéro un soviétique Khrouchtchev de l’imminence d’une escalade militaire américaine. Khrouchtchev put reculer, mais sans perdre la face.
Un autre aspect de la dissuasion empathique concerne la reconnaissance de l’autre comme acteur autonome, notamment via la préservation de l’image de sa souveraineté, même quand celle-ci est largement fictive. Alors que l’ultimatum austro-hongrois à la Serbie de 23 juillet 1914 est l’un des exemples les plus flagrants d’un radical mépris de toute reconnaissance d’action autonome de l’autre – Vienne exigeait notamment la coopération de la police serbe avec les autorités austro-hongroises dans la recherche des « coupables » de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand –, le président Kennedy reconnut en fin de crise, sans engagement formel mais publiquement, la souveraineté de Cuba via un engagement de non-invasion.
Cette concession était importante pour que Khrouchtchev puisse sauver partiellement la face. Poussé par des considérations internes, car les élections parlementaires de mi-mandat approchaient, Kennedy garda secrète la concession du retrait de missiles américains de Turquie. Ce caractère secret de la décision du président américain aurait pu être fatal à la résolution de la crise. En effet, l’URSS voulait un accord public, qui aurait souligné que les deux « Grands » traitaient sur un pied d’égalité : les Soviétiques retiraient leurs missiles de Cuba, les Américains retiraient les leurs de Turquie. Néanmoins, Kennedy comprenait que l’invasion d’un allié « socialiste », le Cuba de Castro, serait inacceptable pour l’URSS, et mena sa gestion de crise sur cette base.
Tout indique que la politique de la dissuasion mise en œuvre par les décideurs américains dans la crise ukrainienne est à l’opposé d’une démarche empathique : les menaces sont publiques et personne ne semble se demander comment les leaders russes pourraient accepter que tous leurs voisins européens, et pis encore, les anciennes républiques soviétiques, intègrent l’OTAN.
Les politiques otaniennes auront surtout contribué à un processus qui a fait monter la tension à un point inédit. Le message du Kremlin semblerait le suivant, pour obtenir une finlandisation de l’Ukraine : si l’Ukraine doit intégrer l’OTAN, nous allons annexer par la force l’Est du pays. Si cette solution ne semble pas « raisonnable », elle paraît pourtant politiquement seule en mesure de permettre à la Russie de se mettre en scène comme grande puissance souveraine…
Cet article a été co-écrit avec Vincent Touze, docteur en sciences politiques, spécialiste de la crise de Cuba.![]()
Thomas Lindemann, Professor of International Relations & Political Science at L'École polytechnique, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
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En Ukraine, la Russie fait la guerre pour étendre sa sphère d'influence
Pierre-Yves Hénin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
En engageant les opérations militaires contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a montré qu’il ne renonçait pas à la guerre pour réaliser son objectif : la reconstitution d’une sphère d’influence russe dans l’espace de l’ancienne Union soviétique.
Pour bien comprendre la situation, il est nécessaire de revenir sur cet objet contesté des relations internationales qu’est la notion de sphère d’influence.
Tradition européenne et tradition étatsunienne
La période de tension qui a précédé l’ouverture des hostilités de ce jeudi 24 février a fait apparaître des dissensions entre alliés. Malgré un unanimisme de façade, auquel seule la Hongrie a dérogé, certains pays européens se sont longtemps démarqués de la fermeté affichée par l’administration Biden.
Les réserves européennes répondent bien sûr à des divergences d’intérêts, comme l’ont montré les hésitations affichées par l’Allemagne. Il nous semble pourtant que ces réticences tiennent, aussi, à des spécificités affectant les cultures politiques. L’Europe reste marquée par une tradition diplomatique se voulant réaliste qui ne se reconnaît pas dans une diplomatie étatsunienne qui donne officiellement la primauté aux principes moraux.
Dans son ouvrage de synthèse sur la diplomatie, l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger met en avant l’opposition entre ces deux traditions diplomatiques.
En 1919, à la Conférence de la Paix, le président Woodrow Wilson affirme que la diplomatie européenne, qui privilégiait la recherche de l’équilibre des forces, doit désormais se tourner vers une conception nouvelle, dérivée de l’idéalisme américain.
Selon lui, la diplomatie doit se fonder sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur la recherche de la sécurité collective. Largement reprise par le Pacte de la SDN, puis par la Charte de l’ONU, cette vision inspire le droit international contemporain. À ce titre, se trouve condamné un élément de l’ordre international traditionnel : l’instauration de sphères d’influence par les grands États.
Le retour, ou le maintien, de l’Ukraine dans une zone d’influence russe est fréquemment présenté comme étant l’objectif final de Vladimir Poutine. Cet objectif serait à l’origine directe de la crise qui se développe depuis décembre 2021.
L’illégitimité de cet objectif est couramment avancée pour dénoncer la politique russe, par exemple par le président polonais Andrzej Duda ou par le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg.
Ainsi mise en avant, la notion de sphère ou de zone d’influence, de même que les débats qu’elle a inspirés, mérite d’être mobilisée pour nourrir la réflexion sur le conflit et la crise ukrainienne.
À l’origine de la revendication russe : le prix de la défaite
Alors même que l’URSS n’avait pas été vaincue militairement, le prix de l’effondrement du système soviétique en 1991 a excédé, pour la Russie, le coût de la défaite de l’empire russe face à l’Allemagne, actée par le Traité de Brest-Litovsk d’avril 1918 ; il a aussi été supérieur aux concessions maximales que Staline était disposé à accepter à l’automne 1941, alors que l’invasion de l’Union par la Wehrmacht semblait inexorable, comme l’ont noté Georges-Henri Soutou dans son ouvrage sur La guerre de cinquante ans et Kissinger dans l’ouvrage précité.
La CEI, créée sur les décombres de l’URSS, avait pour fonction de structurer dans la durée la coopération entre les États issus de l’Union, mais cette organisation s’en est révélée incapable. Paradoxalement, c’est pour une grande part à cause de la mobilisation du nationalisme russe par Eltsine dans sa stratégie de prise de pouvoir que Gorbatchev a échoué à reconstruire sur une base fédérale et démocratique un ensemble post-soviétique dans lequel la Russie aurait tout naturellement retrouvé son rôle central. À défaut, la reconstruction de relations avec cet « étranger proche » pour rétablir une sphère d’influence devait susciter affrontements et conflits.
La perception révisionniste russe reprend largement à son compte le syndrome de l’encerclement, central dans la littérature diplomatique et militariste de l’Allemagne wilhelminienne. En 1914, le grand état-major de Berlin estimait nécessaire de briser l’encerclement du Reich par la Triple Entente avant que l’armée russe ne soit devenue trop puissante. De la même façon, Vladimir Poutine a affirmé à de multiples reprises, et spécialement dans son discours du 22 février dernier, que Moscou devait absolument réagir au processus d’élargissement de l’OTAN, poursuivi de 1999 à 2020, qui a abouti à ce que plusieurs pays de la frontière européenne de la Russie sont aujourd’hui alliés aux États-Unis, donc potentiellement hostiles en cas d’affrontement entre Washington et Moscou.
Les sphères d’influence : bref rappel historique
Le terme de sphère d’influence apparaît à la fin du XIXe siècle dans des accords entre puissances coloniales, notamment dans les accords germano-britanniques de 1886 et de 1890] répartissant entre les deux pays des zones d’influence en Afrique, qui sont suivis d’accords franco-allemands et franco-britanniques, puis russo-britanniques. Lord Curzon, l’un des premiers diplomates à analyser cette notion de « sphère d’influence », la considère comme une version atténuée du protectorat.
Associées à l’ordre colonial, les zones d’influence sont condamnées dans l’approche wilsonienne qui inspire la Conférence de la Paix en 1919 et le Pacte de la SDN. On trouve déjà à cette occasion une ambiguïté fondamentale de la conception américaine puisque le Pacte, dans son article 21, validait explicitement la doctrine Monroe, qui instituait pourtant de facto l’« hémisphère occidental » en sphère d’influence américaine.
Franklin D. Roosevelt (président de 1932 à sa mort en 1945) devait renouveler à diverses reprises cette condamnation avec, toutefois, la même ambiguïté, puisqu’il acceptait à Yalta une dérogation explicite : la Mandchourie était reconnue comme appartenant à la sphère d’influence soviétique. Néanmoins, sans que la Charte de l’ONU, adoptée en juin 1945, n’aborde explicitement la question, ses dispositions générales excluent la légitimité internationale des sphères d’influence.
Les déclarations de l’immédiat après-guerre devaient rapidement faire place aux exigences de la guerre froide, dont les zones d’influence respectives des États-Unis et de l’URSS constituaient un enjeu central. À nouveau, comme l’a remarqué Graham Allison, l’issue victorieuse de la Guerre froide a fourni l’occasion à divers responsables américains de proclamer que les zones d’influence devaient disparaitre du nouvel ordre international. La position américaine rejoignait ainsi les principes de souveraineté du droit international.
Le renouveau des zones d’influence
Avec la fin du « moment unipolaire » d’un ordre international à domination américaine, les sphères d’influence sont réapparues dans la réflexion comme dans la réalité des relations internationales.
Divers auteurs ont proposé de réévaluer ce concept, dont la connotation péjorative leur parait injustifiée. Renouant avec la notion de grands espaces – grossraume – développée Carl Schmitt, cette approche considère que les sphères d’influence permettent de construire un ordre international pluraliste, par opposition à un système universaliste – condamné de fait à être dominé par une puissance hégémonique, en l’espèce américaine.
Comme il fallait s’y attendre, cette approche s’est trouvée mobilisée en soutien de la politique de Vladimir Poutine, comme d’ailleurs de celle de Xi Jinping.
Dans le foisonnement d’études et d’articles que suscite la crise ukrainienne, ce débat théorique qui sous-tend les postures opposées des protagonistes reste insuffisamment mis en avant.(https://russiamatters.org/analysis/us-embrace-great-power-competition-also-means-contending-spheres-influence)
Des principes aux compromis
Certes, dans sa réponse aux propositions de Vladimir Poutine sur une nouvelle architecture de sécurité européenne, qui visaient à exclure toute éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN même à lointaine échéance, l’administration américaine est restée ferme sur le principe du droit pour l’Ukraine de contracter les alliances qu’elle souhaite.
Pourtant, comme l’a souligné en 2020 Graham Allison, les États-Unis devront finir par se résoudre à abandonner des aspirations inatteignables et « accepter que les zones d’influence restent un élément central de la géopolitique ». Les modalités de cette résignation restent problématiques.
La « finlandisation » de l’Ukraine est une solution régulièrement évoquée. Certains relèvent que cela n’avait pas entravé, durant la guerre froide, la capacité de la Finlande à mener sa vie démocratique et économique sans interférence du grand voisin soviétique.
Toutefois, au moment où la Finlande elle-même s’interroge sur une éventuelle adhésion à l’OTAN, on comprend la réticence que l’idée de finlandisation peut susciter en Ukraine. Le politiste britannique souligne ainsi Taras Kuzio souligne à cet égard :
« Une Ukraine neutre dans une “zone russe d’intérêts privilégiés” ne ressemblerait pas à l’Autriche ou à la Finlande pendant la guerre froide, mais plutôt à la Biélorussie du président Loukachenko. »
On mesure, dès lors, le risque d’un retour à la reconnaissance explicite de zones d’influence. Entré dans une nouvelle phase avec l’engagement d’opérations de guerre, le conflit en cours aboutira-t-il à la reconnaissance d’une sphère d’influence russe élargie et consolidée, au détriment de l’indépendance ukrainienne ? C’est tout l’enjeu des jours et semaines à venir…![]()
Pierre-Yves Hénin, Professeur émérite en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
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L’aide internationale, indispensable sur la durée en Ukraine… et ailleurs
Pierre Micheletti, Université Grenoble Alpes (UGA)
Alors que le sort de l’Ukraine est toujours incertain et que sa population subit la violence d’un conflit qu’elle n’a pas souhaité, s’exprime de toutes parts en Europe une large solidarité.
On ne peut que s’en réjouir. Mais aussitôt émergent les symptômes d’une compassion à géométrie variable.
Les « bons » réfugiés, et les « mauvais »
Les étrangers non européens présents en Ukraine ne se sont pas vu octroyer les mêmes facilités de prise en charge pour pouvoir quitter le pays en guerre. Des étudiants et travailleurs originaires d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient sont sommés d’attendre, sur place, des jours meilleurs. La levée de boucliers induite dans les opinions publiques par cette attitude de certains responsables européens des pays limitrophes à l’Ukraine semble avoir mis un terme à la discrimination initiale.
En France, quelques éditorialistes et responsables politiques se laissent aller à des commentaires choquants. Citons, par exemple, le député centriste Jean Louis Bourlanges, invité au micro d’une grande radio :
« (Du fait de la situation en Ukraine) « on aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »
Ou bien un journaliste sur une chaîne d’informations en continu :
« On ne parle pas ici de réfugiés syriens qui fuient les bombardements du régime syrien ; on parle d’Européens qui partent dans des voitures qui ressemblent à nos voitures et qui essaient juste de sauver leur vie. »
Parce que les Syriens, non ?
De tels propos – inacceptables – illustrent une forme de « double standard » décomplexé entre les « bons » déplacés forcés et ceux qui seraient « négligeables ».
Ils traduisent, dans la bouche de leurs auteurs, la réaffirmation d’un occidentalo-centrisme dans la lecture des affaires internationales auquel les organisations humanitaires doivent elles-mêmes être très vigilantes.
L’impact de la mobilisation pour l’Ukraine sur les autres crises humanitaires
Outre les questions éthiques soulevées par ces postures, un autre danger se profile : on pourrait assister à un brusque coup de frein sur les financements des crises majeures et prolongées (Syrie, RDC, RCA, Yémen, Bangladesh, Soudan du Sud…) pour réorienter les dons des principaux pays contributeurs vers la crise ukrainienne.
Si tel devait être le cas, les conséquences seraient très graves pour le sort des populations alors délaissées. D’autant plus que le conflit en Europe aura de lourdes conséquences sur les prix et sur les possibilités de transport du blé, l’Ukraine constituant le premier fournisseur du Programme alimentaire Mondial (420 000 tonnes de produits alimentaires en 2020).
En toile de fond se trouve ainsi à nouveau posée la question du mode de financement) de l’aide humanitaire internationale. Ce modèle repose pour les trois quarts de l’enveloppe annuelle (de 40 milliards de dollars) sur les contributions volontaires d’une vingtaine de pays membres de l’OCDE – essentiellement occidentaux – et pour un quart sur la générosité de donateurs individuels issus des mêmes pays.
La crise ukrainienne, par son ampleur, va encore accroître le différentiel annuel qui prévaut au niveau mondial entre les besoins estimés nécessaires par le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations unies (OCHA) et les recettes obtenues. Il est déjà chroniquement déficitaire : 40 % des sommes appelées ne sont pas obtenues.
Le système humanitaire international ne peut plus fonctionner efficacement avec une telle équation économique. Elle est soumise à la fois à une subjectivité compassionnelle que l’on sait éphémère, et aux logiques d’une générosité aléatoire. La mobilisation est intimement liée aux proximités culturelles, géographiques, économiques ou politiques des individus et des États donateurs avec les populations confrontées à des crises.
Les images choc du petit Aylan, dont le corps sans vie fut retrouvé sur une plage de Turquie après le naufrage de l’embarcation qui le transportait avec ses parents ayant fui la Syrie, ont été vite oubliées. Il aura fallu la sortie récente d’un film qui lui est consacré, et dont le tournage s’est fait à l’insu de la famille, pour qu’éclate une nouvelle polémique. Cet épisode a réactivé la mémoire de ce petit garçon et du drame dont sa mort a résulté.
Une crise chasse l’autre
Ainsi, pendant que l’attention se focalise brusquement sur le sort de la population ukrainienne, seuls 10 % des fonds appelés par l’ONU pour lutter contre la famine en Afghanistan ont été obtenus. Six mois après les images – diffusées en boucle sur toutes les télés du monde – des foules afghanes massées sur l’aéroport de Kaboul pour fuir l’arrivée des talibans au pouvoir, le gouvernement danois met en place les premières procédures d’expulsion de réfugiés issus de ce pays présents sur son sol.
Au Yémen, où perdure une situation dramatique, les financements de l’aide ont baissé de 40 % l’an dernier.
Trop empreinte d’une générosité émotionnelle, l’aide internationale ne peut se déployer de façon satisfaisante pour les populations fragilisées par des crises dont bon nombre s’étalent sur des années. La durée de séjour moyenne de séjour dans un camp de réfugiés est de plus de dix ans. Pour les organisations humanitaires, la plus grande des vigilances reste de mise. Partout dans le monde aujourd’hui, et peut-être en Ukraine demain…![]()
Pierre Micheletti, P résident d’Action Contre la Faim – France. Concepteur et responsable pédagogique du diplôme universitaire « Santé Solidarité Précarité » à la Faculté de Médecine., Université Grenoble Alpes (UGA)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
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Jusqu’où les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils aller dans leur soutien à l’Ukraine en guerre ?
Samantha Marro-Bernadou, Université de Bordeaux
Les pays occidentaux ont fourni à l’Ukraine un soutien assez conséquent dans de nombreux domaines dès le début des hostilités, mais, aux yeux des autorités de Kiev, ce soutien est insuffisant.
Comment expliquer cette auto-limitation des pays occidentaux, et notamment des États-Unis, membre fort de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et adversaire historique de la Russie ?
Les États-Unis envoient de l’aide en Ukraine…
Regardons d’abord dans quelle mesure Washington s’implique dans ce conflit aux côtés de Kiev.
Premièrement, il y a le volet économique et financier avec les sanctions, dont les premières remontent au 6 mars 2014. Dès le 21 février 2022, le gouvernement étatsunien en a mis en place de nouvelles, contre des personnalités importantes du régime russe, contre des entreprises d’État critiques, ou encore visant les exportations étatsuniennes de certaines technologies utiles à la Russie. Celle-ci a également été exclue de la plate-forme de communication bancaire internationale SWIFT.
Ensuite, il y a le volet militaire. Au 7 mars, environ 100 000 soldats étatsuniens étaient déployés en Europe, en complément du transfert de plus de 2 milliards de dollars d’aide. Le 16 mars, le secrétaire d’État Anthony Blinken a recouru pour la cinquième fois en moins de six mois à une autorisation exceptionnelle d’assistance pour l’Ukraine, atteignant des sommes considérables. Cette aide comprend la livraison d’équipements militaires et de la formation.
En parallèle, Washington participe au renforcement des capacités de défense de l’OTAN sur son flanc est, en y envoyant par exemple des avions de chasse. La Force de réaction de l’OTAN a également été activée pour la première fois de son existence par le général Tod D. Wolters, Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), dans un but de dissuasion et de défense. Le 24 mars, les chefs d’État de gouvernement des pays de l’OTAN se sont accordés sur la nécessité de déployer quatre nouveaux groupements tactiques multinationaux en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie.
Le volet militaire ne comprend toutefois pas l’envoi de troupes étatsuniennes sur le territoire ukrainien et le président Biden, commandant des forces armées, a été clair à ce sujet.
… mais pas de troupes
Un détour par le droit s’impose pour connaître le cadre juridique qui régit les interventions extérieures étatsuniennes.
Le droit international proscrit tout recours à la force (art. 2§4 de la Charte des Nations unies). Les interventions extérieures armées de tout État membre des Nations unies sont donc illicites, sauf dans le cas où il serait question de légitime défense (art. 51) ou si le Conseil de sécurité les autorisait (chapitre VII).
C’est dans l’esprit d’une légitime défense collective qu’a été rédigé l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, qui stipule qu’une attaque contre l’un des membres de l’Alliance sera considérée comme une attaque contre tous. Mais étant donné que l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN, une telle argumentation juridique n’est pas recevable pour justifier une entrée en guerre otanienne aux côtés des Ukrainiens.
On remarque donc que le cadre est assez restreint ; c’est pourquoi d’autres formes d’intervention sont privilégiées. Les États-Unis ont en ce sens développé dans leur droit national des outils qui permettent d’avoir un impact sur l’adversaire sans mobiliser de troupes sur le territoire de celui-ci, comme les sanctions.
Celles-ci sont mises en application par l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor. Il répond aux objectifs de la politique étrangère et de la sécurité nationale en se fondant sur divers actes législatifs, comme l’International Emergency Powers Act ou le National Emergencies Act. Ce dernier oblige par exemple le président à informer le Congrès tous les ans de la reconduction de l’état d’urgence déclaré pour justifier la prise de sanctions sous peine de le voir se clôturer. C’est ce qui a été fait pour la situation en Ukraine, avec la reconduction annuelle de l’état d’urgence déclaré le 6 mars 2014.
La fourniture d’équipements militaires est régie par le Foreign Assistance Act et par l’Arm Exports Control Act. Ils autorisent le président à livrer des équipements militaires dans une situation exceptionnelle d’urgence, pour un montant maximal de 100 millions de dollars sur une année fiscale.
La fourniture d’armements et l’entrée en guerre
Comment peut-on qualifier juridiquement cette aide militaire ? Est-elle considérée comme un simple soutien, ou implique-t-elle que Washington est partie au conflit et peut dès lors être attaqué ?
Si Moscou veut lancer une attaque licite contre Washington, la livraison d’armes ne suffit pas. La jurisprudence a en effet pu établir que pour qu’un État soit considéré comme impliqué dans un conflit, il doit « joue[r] un rôle dans l’organisation, la coordination ou la planification des actions militaires du groupe militaire », ce qui se situe un degré au-dessus de la fourniture d’armements. Si Moscou décidait néanmoins de cibler les convois de livraison d’armes comme l’a évoqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères le 12 mars, une telle attaque ne saurait être considérée comme un acte de légitime défense répondant à une agression armée, comme stipulé dans l’article 51 de la Charte. Et malgré les apparences, la quête de licéité, même de façade, reste importante pour Moscou.
C’est cette limite que les États-Unis ne souhaitent pas franchir, ce qu’ils risqueraient de faire s’ils mettaient en place une zone d’exclusion aérienne, comme le demande le président ukrainien Zelensky. En effet, pour imposer une telle zone, il faut être en mesure d’abattre un avion de combat ennemi, ce qui serait considéré comme un acte de guerre et donc comme une entrée dans le conflit.
Qu’en était-il lors des précédentes interventions extérieures étatsuniennes ? Si l’on prend l’exemple de l’intervention en Afghanistan en 2001, déclenchée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, elle s’est trouvée légitimée en droit international par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. En interne, elle s’est appuyée sur l’Authorization for Use of Military Force (AUMF), acte législatif par lequel le Congrès a autorisé le président, seulement quelques jours après les attentats, à recourir à la force contre les responsables des attentats.
Bien qu’une telle autorisation spéciale n’ait pas été édictée pour la guerre en Ukraine car l’envoi de troupes sur le territoire ukrainien n’est pas envisagé, le Congrès et le président ont pu user de l’arme légale pour permettre un soutien renforcé à l’Ukraine. En effet, avec la signature de l’Ukraine Supplemental Appropriations Act le 15 mars, 13,6 millions de dollars d’aide d’urgence – humanitaire et militaire – ont été alloués à l’Ukraine pour faire face à l’agression russe, et certains verrous du Foreign Assistance Act ont été débloqués, en particulier les seuils de valeur de l’aide et l’obligation de notification au Congrès dans un délai de 30 jours.
La promulgation de cette loi peut être rapprochée de la promulgation de l’AUMF, toutes deux étant des modifications de l’ordre juridique interne pour satisfaire un besoin opérationnel.
Le lawfare ou la mobilisation de l’outil juridique dans un conflit
La conception du droit comme un outil de la guerre fait aujourd’hui référence à la notion controversée de lawfare. Mot-valise composé de deux termes anglophones, law (droit) et warfare (guerre), le lawfare s’est diffusé suite à la communication d’un général étatsunien retraité, Charles J. Dunlap Jr, prononcée dans le contexte particulier post-attentats du 11 septembre 2001.
Selon Dunlap, un respect trop rigide du droit international lie les mains des États-Unis car il peut être identifié comme une vulnérabilité par les adversaires. Ces derniers pourront alors « instrumentaliser » le droit, donc recourir au lawfare, afin de mettre les États-Unis dans une situation délicate où ceux-ci se verraient obligés de renoncer à certains objectifs militaires au profit du respect des normes juridiques, ou de violer les injonctions du droit international au profit de gains opérationnels.
À l’origine conçue comme une étiquette négative, l’adoption de cette stratégie va ensuite être prônée par certains auteurs, notamment aux États-Unis. Washington pourrait-il mettre Moscou dans cette même situation délicate dans le cas de la guerre en Ukraine ?
Ce conflit est particulier en ce qu’il n’y a pas d’affrontements directs entre les États-Unis et la Russie. Le droit apparaît dès lors comme un outil à privilégier pour atteindre l’adversaire à distance. Le traité de l’Atlantique Nord vient protéger Washington en le laissant à l’écart des affrontements directs, alors que les actes législatifs internes et leurs amendements sont utilisés comme des armes contre Moscou, à défaut de pouvoir en utiliser des vraies.
Le 15 mars, le Sénat étatsunien a voté à l’unanimité une résolution stipulant que Vladimir Poutine est un criminel de guerre, dans laquelle il fait référence à la Cour pénale internationale. Cette référence est logique mais peut intriguer car les États-Unis ne sont pas partie au Statut de Rome et ont tout fait pour saper la crédibilité de la Cour. Toujours est-il que cette résolution fait écho à la procédure déjà entreprise par la CPI au sujet des crimes qui auraient été commis sur le territoire ukrainien depuis fin 2013. Suite aux conclusions de l’examen préliminaire démarré le 25 avril 2014, le Procureur a demandé l’autorisation d’ouvrir une enquête, et celle-ci a effectivement commencé le 2 mars 2022.
Outre les traités, du « droit mou » peut être adopté pour atteindre l’image de l’adversaire, comme des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce fut le cas le 1er mars avec l’adoption de la résolution « Agression contre l’Ukraine » par une grande majorité.
En revanche, l’adoption d’une résolution avec force obligatoire du Conseil de sécurité est inenvisageable, étant donné la présence parmi les cinq membres permanents de la Russie. Cela s’est confirmé quelques jours plus tôt, le 25 février, quand un projet de résolution proposé par les États-Unis et l’Albanie n’a pas été adopté du fait du veto russe.
Le droit peut donc être mobilisé dans un conflit, mais il ne reste qu’un outil supplémentaire dans la palette des outils à la disposition des États. Son influence ne doit pas être surestimée, surtout dans le cas de la guerre en Ukraine où le facteur nucléaire a un poids non négligeable.![]()
Samantha Marro-Bernadou, Doctorante en science politique - Institut de recherche Montesquieu, Université de Bordeaux
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Chroniques d’Ukraine : les ruines, l’insouciance et la banalisation de la guerre
Dans Chroniques d’Ukraine, le chercheur Romain Huët nous raconte comment la guerre change le quotidien d’une population. Sur le terrain durant les mois d’avril et mai 2022, il documente le conflit au plus près pour The Conversation.
Kharkiv, partie 2.
Il m’a fallu seulement cinq heures pour rejoindre Kharkiv depuis Kiev. En dépit de l’intensité des combats, les trains fonctionnent toujours. Face à la gare, je me repose du trajet en buvant un café. J’entends alors les premiers sons d’explosions à quelques kilomètres de là. Comme toutes les personnes qui se trouvent autour de moi, je feins de n’avoir rien entendu, comme si tout cet acier dans le ciel n’avait aucune existence. Il a fallu que quelques militaires nous somment de nous abriter dans la gare pour que ces explosions relativement lointaines aient quelque effet sur nous.
Kharkiv est située dans le Nord-Est, non loin de la frontière russe. La ville, peuplée avant le conflit de près d’un million et demi d’habitants, est agréable. De nombreux espaces verts s’étendent un peu partout et promettent à ses habitants quiétude et promenades familiales. Sur le plan architectural, on y reconnaît de nombreux styles différents : art nouveau, bâtiments néoclassiques que l’on doit à son fameux architecte Oleksiy Beketov. Je me promets d’y retourner quand la paix reviendra. Je suis en train de passer à côté d’une histoire riche et vivante.
Je marche en direction d’un groupe de volontaires qui m’accueillera pendant une dizaine de jours. La statue du poète Taras Chevtchenko, non loin de l’immense place de la Liberté, est recouverte de bâches et de sacs de sable. Elle est intacte. La poésie résiste encore à l’empire de la destruction.
Pour le reste, je découvre un centre-ville largement écroulé par les bombardements. Plusieurs bâtiments officiels ont littéralement été détruits dans les premières semaines de la guerre. Les Russes ont fait quelques incursions dans la ville sans être parvenus à en prendre le contrôle. Aujourd’hui, ils sont à quelques kilomètres d’ici. Les tirs de roquettes et autres bombes s’abattent toute la journée, en particulier sur les quartiers Est de la ville. L’armée ukrainienne riposte et s’emploie à contenir l’avancée des Russes. À en croire ce qu’ils m’en racontent, les Ukrainiens ont l’ascendant.
Sinistre vertige de la désolation : le silence des « nouvelles » ruines
J’observe ces destructions dont seule la guerre est capable : murs éventrés et brûlés, étages d’immeubles pulvérisés, toits écroulés, monticules désordonnés de bétons, gravats et bouts de verre partout sur le sol, etc. Dans les premiers moments de mon arrivée, ces destructions ne m’ont pas fait grand effet comme si mes voyages précédents en Syrie (2102-2018) m’avaient immunisé contre les dangers d’une sensibilité trop ouverte. C’est ainsi qu’on enjambe le réel pour lui faire face. Banaliser est une façon de domestiquer l’inquiétant.
Mais à mesure que je marche seul dans Kharkiv, dans des rues absolument vides, je ne suis pas pour autant d’une grande sérénité. Au loin, les tirs de roquettes sont réguliers. Les puissants bâtiments effondrés deviennent désaffectés : sinistre vertige de la désolation. Je voudrais faire parler ces « nouvelles » ruines, lire ce qu’elles ont à dire. Mais elles se tiennent en silence, un silence glaçant. Diane Scott, dans son passionnant essai sur les ruines, enseigne mon regard et m’aide à le mettre en mots. Ce qui était autrefois animé est désormais silencieux. Ces destructions offrent à voir un monde pulvérisé. Les ruines cultivent l’incrédulité à l’égard du monde ; aussi monumental qu’il puisse être, il est susceptible d’effondrement. Elles signalent un vacillement du présent. En Ukraine, on ne compte plus les villes qui ne sont perçues que depuis leur destruction prochaine.
Non loin, les tirs de roquettes rompent ce silence et rappellent que la ruine est « nouvelle ». Les sens sont captivés par ces signes menaçants. On s’en remet alors à soi. Face au hasard des circonstances d’être au mauvais endroit, au mauvais moment, on songe à sa sécurité. Dans un cas comme celui-ci, il n’y a pas beaucoup de règles de prudence à respecter : éviter les grands boulevards, repérer les parapets de béton, remparts dérisoires contre les déflagrations, et marcher vite.
Dans la vie précaire et menacée, un centre de volontaires
J’arrive au centre de volontariat. Le lieu est accueillant et inspire la confiance. Il est tenu par une vingtaine de jeunes volontaires âgés de 20 à 30 ans. Anciennement, il s’agissait d’un bar associatif. On s’y rendait pour boire un verre, y rencontrer ses amis et écouter un concert. La scène est encore là, le bar aussi. Il ne manque que ses clients habitués. La décoration est simple et sans cohérence. On perçoit qu’elle s’est faite par de nombreuses mains, au gré des bonnes volontés et inspirations de ses visiteurs. Cette pièce de vie fait une centaine de mètres carrés. Sur son côté, une porte ouvre sur une autre salle, plus étroite, où un billard occupe la plus grande partie de l’espace.
C’est le « centre d’appel » du groupe, c’est-à-dire un bureau où deux personnes s’affairent à répondre aux multiples demandes humanitaires provenant des habitants de la ville. C’est aussi la salle fumeur. Il y a également une grande cuisine équipée pour faire à manger pour de grands groupes. Deux cuisiniers volontaires l’occupent chaque jour. L’étage se compose un bureau d’une dizaine de mètres carrés, puis d’un étroit couloir où sont empilés les stocks de marchandises. Des cartons en piles branlantes occupent tout le mur du sol au plafond. Enfin, on y trouve une salle de bain en mauvais état mais fonctionnelle.
Le sous-sol fait office de dortoir. Une vingtaine de couchettes à même le sol et serrées les unes contre les autres meublent cet espace désordonné. La lumière orangée donne un aperçu incertain du lieu. Ce sont des combles souterrains aménagés dans l’urgence et améliorés au quotidien. Quelques chats y habitent. À les entendre gratter, sauter et filer, ils ont manifestement l’air de se plaire dans ce lieu peuplé de vies qui se reposent. C’est là où les volontaires dorment et où les jeunes couples se trouvent une intimité dans les temps de l’après-midi. Ce sous-sol est un monde caché : dépourvu de confort mais sécurisant. Le début de la guerre est encore trop récent pour réunir en un même lieu ces deux qualités. C’est là que j’ai été accueilli pendant une semaine.
Ce centre de volontariat a été constitué dès le commencement de la guerre par Bohdan, le gérant du bar. Au départ, il a accueilli en urgence les civils paniqués par les bombardements. Les premières semaines ont été violentes et les habitants impréparés à un tel contexte. Une soixantaine de personnes se sont réfugiées dans ce lieu.
Chroniques d'Ukraine :
- Un chercheur sur le terrain pour documenter la guerre
- L’art face à la guerre
- Volontaire pour entrer en guerre
- Peut-on tourner le dos à « sa » guerre ?
- Les ruines, l’insouciance et la banalisation de la guerre
Daria, à peine trente ans, s’occupe également du bar. Elle prend en charge le « call center ». Avec ses cheveux décoiffés et colorés d’un bleu incertain, elle transpire la bonne volonté. Son visage est fatigué mais ses yeux sont vifs comme si rien de ce qui passe autour d’elle ne lui échappe. Avant la guerre, elle était barmaid. Elle me raconte qu’elle aime la nuit, son ambiance, ses temps qui s’étirent, ses effusions. Elle me parle d’une jeunesse que l’on retrouve partout ailleurs. Celle de Daria a pris un tournant radical.
En 2015, elle s’est portée volontaire dans le Donbass. Elle apportait quelques aides matérielles. Son engagement était irrégulier, au gré des impulsions et de la sensibilité du moment. Elle n’ignorait pas la guerre et elle se doutait bien qu’elle pourrait arriver jusqu’ici :
« J’étais préparée. J’attendais la guerre. Du coup, c’était plus facile de me préparer. En fait, quand la guerre est arrivée, je savais que j’aurais un rôle. »
Néanmoins, les premiers jours ont été chaotiques : ambiance de fin de monde où la peur agitait tous les civils amassés dans cet espace exigu : « On passait notre temps à faire à manger, à soutenir psychologiquement les personnes les plus fragilisées et à attendre d’y voir plus clair sur la situation. »
Progressivement, la situation s’est normalisée. Ils ont mis en place une organisation de distribution alimentaire qu’ils vont livrer chaque jour dans les quartiers les plus exposés aux affrontements. Quotidiennement, ils apportent une centaine de sacs contenant farine, eau, boîtes de conserve, quelques fruits et légumes, produits de toilette et parfois de la viande. La composition des sacs varie en fonction de l’aide qui provient des pays voisins. Ils ne sont pas soutenus par une quelconque ONG internationale, mais ils ont bricolé leurs réseaux à partir de leurs connaissances personnelles. Une nouvelle fois, je constate cette aptitude au bricolage qui rend leur organisation vulnérable, tributaire des responsabilités que chacun endosse, de l’endurance dont ils sont capables.
Ivan : « je me suis habitué à la guerre »
Ivan, 27 ans, est l’un des vingt volontaires. Il s’occupe de l’intendance avec Daria. Je l’ai particulièrement pris en affection. Son visage est toujours allumé par un sourire tantôt malin, tantôt rieur. Il est collectionneur de tout ce qu’il trouve. En ce moment, son nouveau hobby est de collectionner les capsules de canettes. Régulièrement, je le vois chercher sur le sol en quête d’une nouvelle pièce qu’il ajoutera à sa collection. Il en a plus de 150. Il m’explique que sa petite amie, en échange d’un cadeau, le couvre de baisers. Alors, il collectionne et a toujours quelque chose à lui offrir.
Ivan est un peu l’homme à tout faire. Il conduit, répare, approvisionne le lieu des biens nécessaires, nettoie, aide aux nombreuses tâches domestiques. Sa présence généreuse détend l’atmosphère. Avant la guerre, il était barman et tout à fait satisfait de son travail fraîchement obtenu. Le Covid est venu défaire ses plans. Sans emploi pendant de longs mois, ou faisant quelques jobs temporaires, il venait de trouver une place comme vendeur de voitures à Kharkiv. Les commissions sur les ventes lui assuraient un revenu inespéré et il en était tout à fait satisfait. La guerre a ruiné ses plans.
Il m’assure qu’il s’est habitué à la guerre, qu'il n’est plus habité par la peur. Le son des explosions lui est familier et banal. Beaucoup de choses ont été écrites à ce sujet mais je ne crois pas inutile d’insister à nouveau sur ce fait. Dans les moments d’ennui, je me rends dans l’un des nombreux parcs de la ville. Je lis Romain Gary, j’écris, et j’observe le paysage.
Non loin de moi, de jeunes adolescents jouent au basket, d’autres au ping-pong. Il ne se passe pas dix minutes sans que l’on entende une explosion. Certaines sont lointaines, d’autres plus proches, à 2 kilomètres environ. Je ne quitte pas les yeux de la table de ping-pong. Aucune de ces explosions n’a abrégé leurs échanges. C’est comme s’ils ne se passait rien. Seul, un chien promené par son maître, non loin de là, paraît vaguement se soucier de ce bruit sourd. Il lève le museau au ciel, ne sachant trop que regarder, puis s’en retourne humer les bonnes odeurs du sol. Quant à moi, quand je n’observe pas mon environnement, je continue à lire et à écrire avec ce sentiment nouveau en moi : il faut des efforts pour empêcher la vie.
La guerre comme expérience de l’ennui
Ces moments de solitude m’incitent à questionner le rôle de l’observateur du quotidien de la guerre. En tant qu’ethnographe, mon travail ne vise pas à clarifier la situation militaire. Il est de restituer un quotidien, des paroles ordinaires, et les diverses façons d’aborder un monde cahotisé.
La tentation est grande de ne raconter que les « histoires remarquables ». D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de documenter la guerre, les hommes sont que trop portés par la vantardise. À les écouter, ils ne sont traversés par aucune peur à l’exception des moments où ils ont frôlé la mort et dont ils se plaisent à raconter dans les infinis détails les circonstances exactes de leur péril. Ces situations critiques n’entament par leur détermination inébranlable. Ils s’empressent de rejoindre l’épicentre du feu puis déguerpissent aussi vite qu’ils sont venus. C’est là leur vocation. Et si on se met à questionner leur soif d’aventure et d’adrénaline, ils reprennent une mine sérieuse et solennellement déclament leur tirade favorite sur le devoir d’information qui est supérieur à la vie. Curieusement, ils ne semblent agités par aucun désordre intérieur. Eux, sans que je sache véritablement de qui je parle, sont forts en histoires remarquables.
Mais qu’y a-t-il à raconter ? La guerre a une loi générale : l’amoindrissement général de la plupart des gestes du quotidien. Ce quotidien n’est pas seulement desséché. Il est empêché, sinon annulé. Il se réduit à accomplir les actes les plus nécessaires au maintien de la vie. On s’y ennuie largement. Des heures durant, on attend des ordres, une mission à accomplir, une chose à faire. Les combattants ne font pas exception. Des milliers d’entre eux ont la tâche de contrôler les circulations aux checkpoints, d’organiser la logistique, d’accomplir toutes sortes de formalités administratives laborieuses.
Par exemple, dans certains bureaux, on les voit s’agiter pour enregistrer le matériel, noter le numéro de série et l’identité du soldat qui en sera le bénéficiaire. On les voit aussi attendre des heures on ne sait quel ordre improbable. Seuls les soldats engagés dans les premières lignes sont pris par l’intensité de la guerre. Tous ces hommes sont indispensables. Aux actes de bravoure tant de fois rêvés s’oppose un quotidien radicalement empêché et précipité dans un huis clos avec un nombre étroit de camarades. Il existe quelques divertissements, quelques stratégies pour tuer l’ennui, quelques soirées où l’ivresse aide chacun à s’absorber tout entier dans l’oubli du présent. Mais cette vie n’a de signification que dans le contexte dans laquelle elle se déploie.
Des aventures surgissent occasionnellement. C’est d’ailleurs cette rupture imprévisible des temporalités, ce surgissement toujours possible d’un événement qui maintient chacun dans la concentration et le sérieux de la guerre. Les aventures, aussi occasionnelles qu’elles puissent être, excusent l’ennui. Les désastres que cause la guerre ne résident pas exclusivement dans le spectacle de l’horreur. À mesure que la guerre enveloppe ces existences, l’époque où la vie pouvait se concevoir autrement devient progressivement un lointain souvenir. Plus dure la guerre, plus se creuse le désastre subjectif.
Ivan est ce témoin non spectaculaire de la guerre. Il n’est pas de passage à Kharkiv. Il vit ici. Il ne cherche pas à m’impressionner. La guerre a fait effraction et le temps n’est pas encore venu de raconter ses innombrables exploits, tels des anciens combattants. Quand il me raconte la guerre, il oscille entre fatalisme et banalisation de la situation. Depuis le 24 février 2022, il a vu partir bon nombre de ses amis :
« Il ne me reste qu’un ou deux de mes amis ici. Un jour, un car est venu pour nous évacuer. J’avais la possibilité de grimper dedans et de partir. Je n’ai pas pu le faire, je voulais rester et aider. »
En règle générale, les motifs du volontariat ne sont pas davantage expliqués, comme s’il existait deux ultimes choix : partir ou résister. Les justifications de son engagement se passent d’élaboration.
Ivan ne bégaie pas. La décision de rester pour lutter semble s’enraciner dans le corps, les tripes, comme si le renoncement était un désaveu de soi. Ses yeux s’illuminent et son sourire détend malicieusement son visage lorsqu’il me raconte ses aventures pendant ces deux mois de guerre. Dans les tout premiers jours, il a essayé de rejoindre un centre de volontariat :
« Le type qui accueillait m’a redirigé dans un autre centre car celui-ci était bondé de monde. Je me dirige vers la nouvelle adresse. Et boum, une explosion effroyable m’a fait sursauter. Derrière moi, à 200 mètres de là, une bombe était tombée sur l’endroit où je venais de discuter avec le garde. »
Puis, il me raconta une seconde histoire. Alors qu’il marchait dans les rues désertes de Kharkiv, soudainement, des tirs ont retenti au coin de la rue. Une troupe d’une quinzaine de soldats russes pointaient le bout de leur nez à quelque 200 mètres de là. Dans ce bref instant confus, et animé par il ne sait quel instinct, il sauta dans un arbre voisin et grimpa pour se mettre à l’abri. Accroché sur les branches, il assista à un spectacle inouï à en voir la mine effarée qu’il prend à l’instant où il me parle :
« À ma gauche, il y avait l’armée ukrainienne et à ma droite l’armée russe. Les soldats étaient littéralement face à face. Entre les deux espaces de quelque 200 mètres, il y avait un véhicule blindé ukrainien, vidé de ses occupants. »
Médusé, Ivan assiste au spectacle de l’affrontement. Alors que le feu bat son plein, un des militaires ukrainiens ordonne à l’un de ses hommes de récupérer le véhicule blindé. Au prix que coûte un tel matériel, cela vaut bien la peine de risquer quelques vies :
« Et là, j’ai complètement halluciné. Les types se marraient presque. Et tu as un gars qui s’est mis à courir vers le véhicule, ignorant tous les tirs et en quelques secondes, le ramène du côté de la troupe. C’était incroyable leur légèreté à cet instant-là. »
C’était un moment grisant et déconcertant à la fois.
L’art de la retenue
À mesure que je fréquente ces volontaires, je constate la sobriété de leurs récits. Je suis aussi frappé par la retenue dans l’expression de leurs émotions. Elles ne débordent jamais. Ils semblent se tenir dans un autocontrôle permanent, si bien que leurs indignations sont feutrées. C’est l’art redoutable de la réserve.
Ce contrôle de soi n’est pas lié à ma présence. Il est une ambiance générale. Dans le groupe, les uns et les autres se témoignent une solide affection. Je les vois se toucher sans arrêt, se prendre dans les bras, mais ils ne racontent pas les problèmes de la guerre, comme si parler de ses doutes ou de son désarroi suffisait à nier le chaos.
La guerre a son lot de tragédies. Ils ne m’en racontent que quelques-unes, sans s’étendre davantage. La réserve est le rempart à la fébrilité, la manifestation d’une lassitude latente face à une situation qui traîne. Les jours se répètent. La monotonie ronge les quotidiens. Les fronts de Kharkiv ne bougent pas. J’ignore le genre de doutes qui pourraient bien les habiter ou simplement les traverser. Mais lorsque l’on a choisi de rester, cela donne curieusement un sens et une direction à sa vie et commande de poursuivre, comme si rester impliquait un choix qui surpasse tous les autres, une dette qu’ils avaient envers la guerre. La guerre est ce que les gens font. Ici, ils en font une résistance minuscule au sein d’une guerre de grande échelle.
Une journée type :
7h : réveil, café lyophilisé,
7h05 : première cigarette, deuxième, puis troisième. Presque deux paquets par jour.
8h : chargement des voitures.
8h10 : départ pour livrer les colis dans les quartiers exposés.
13h : Retour au QG. Déjeuner
15h : Nouvelles livraisons si les colis sont préparés.
20h : Couvre-feu.
20H-23h : billard, téléphones portables, films, quelques conversations, billard, téléphones portables, films, quelques conversations.
Demain et les jours suivants, avec Vitali, Mark et Alissia, j’irai livrer les colis dans les quartiers Est de la ville.![]()
Romain Huët, Maitre de conférences en sciences de la communication, Chercheur au PREFICS (Plurilinguismes, Représentations, Expressions Francophones, Information, Communication, Sociolinguistique), Université Rennes 2
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Krieg in der Ukraine?
Par
blatt-christophe
Le 13/02/2022
Krieg ist eine Niederlage ... für die Menschenrechte. Warum konnte diese Situation in der Ukraine, in Europa also, entstehen?
Wie ist es zu dieser Entwicklung gekommen und wie man kann hoffen einen dauerhaften Frieden in der Region zu gestalten?
Denn Krieg ist keine Lösung der Konflikte. Diese Konflikte brauchen eine politische Lösung und dazu braucht es eine nachhaltige, internationale Zusammenarbeit.
Wie kann man Frieden... gestalten?
Russie-Ukraine : la guerre est-elle inévitable ?
Christine Dugoin-Clément, IAE Paris – Sorbonne Business SchoolAu printemps 2021, la Fédération de Russie avait massé des troupes aux frontières ukrainiennes avant d’entamer une désescalade diplomatique qui ne s’était traduite que par un très léger retrait des hommes et du matériel déployés.
Cet hiver, Moscou a de nouveau entamé un vaste déploiement, qui s’accompagne de plusieurs exigences : la mise en œuvre des accords de Minsk II signés en 2015 ; et, surtout, l’engagement de l’OTAN de ne jamais intégrer l’Ukraine et de réduire sa présence dans les pays d’Europe orientale ayant rejoint l’Alliance depuis la fin de la guerre froide.
Malgré les tentatives de négociations entamées à Genève entre la Russie et les États-Unis, où l’Europe et l’Ukraine elle-même n’ont que peu voix au chapitre, les tensions ne cessent de monter entre Joe Biden et Vladimir Poutine. Si bien qu’une offensive de la Russie, si ses exigences ne sont pas satisfaites, apparaît à ce stade comme une possibilité alors même qu’elle aurait pour tous des conséquences désastreuses.
Un conflit qui ne s’est jamais éteint
À chaque poussée russe, les pays d’Europe semblent redécouvrir la situation sécuritaire de l’Ukraine. Celle-ci n’a pourtant pas connu de réelle paix durable depuis 2014. Le conflit dans le Donbass est considéré comme étant de moyenne intensité. Sur la durée, malgré un cessez-le-feu plus ou moins bien respecté, il n’a jamais cessé, connaissant des évolutions cycliques, comme en témoignent les violations du cessez-le-feu rapportées par l’OSCE.
En dépit des nombreux efforts déployés par les membres du format Normandie ou directement par les États, aucune solution n’a pu être trouvée. À cela, plusieurs raisons, dont la plus importante réside dans le refus de la Russie de venir à la table des négociations au titre d’acteur principal.
Depuis 2014, Moscou affirme en effet ne pas être partie prenante du conflit du Donbass et n’avoir à ce titre aucune légitimité dans les négociations consacrées spécifiquement au sort de la région – celles-ci, affirme-t-elle, doivent se tenir entre les autorités de Kiev d’une part, et les séparatistes à la tête des « Républiques populaires » autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LNR) d’autre part.
Le Kremlin campe fermement sur cette position, tandis que l’Ukraine et les Occidentaux l’accusent régulièrement d’offrir un large soutien militaire à ces territoires.
La nouveauté Biden et les JO de Pékin
L’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, il y a un an, a donné des espoirs aux Ukrainiens, notamment parce qu’il avait, en 2014, en sa qualité de vice-président de Barack Obama, soutenu la « Révolution de la Dignité » qui s’était soldée par la fuite du président Viktor Ianoukovitch et l’avènement d’un pouvoir pro-occidental à Kiev. La Russie, de son côté, a cherché à plusieurs reprises à tester sur le dossier ukrainien la capacité de réaction du nouveau président américain.
Si les bruits de bottes se font de plus en plus forts, l’agenda rappelle de sinistres souvenirs. Les Jeux olympiques de Pékin se dérouleront du 4 au 21 février. Or, les JO ont souvent été pour la Russie une occasion de lancer des opérations militaires. En 2008, c’est alors que les JO de Pékin (déjà) se déroulaient du 8 août au 24 août que la Géorgie fut amputée de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par une invasion russe. Et en 2014, c’est pendant les JO de Sotchi (du 7 au 23 février) que la Crimée a été annexée par Moscou.
Comparaison n’est pas raison, mais des parallèles peuvent néanmoins été établis, surtout en période d’intenses tensions. D’autant plus qu’attendre le début des Jeux de Pékin pour passer à l’action permettrait à la Russie de se présenter auprès de sa population comme un acteur patient, ayant tout tenté pour ne pas arriver à cette décision ultime, mais y ayant quasiment été forcé par l’agressivité et le manque d’honnêteté occidental. En effet, Moscou pourra mettre en avant le fait que ses demandes de « garanties de sécurité mutuelle » n’auront pas été prises en compte par un Occident décrit comme inconscient ; de plus, ce délai aura laissé au Kremlin le temps de préparer ses stratégies offensives tant cinétiques que cyber et informationnelles.
Quel déploiement cinétique et quelles conséquences ?
Des attaques cyber ont déjà été conduites contre l’Ukraine. Elles pourraient n’être qu’une première vague permettant de désorganiser le pays, et facilitant d’autant un déploiement cinétique russe. Quant au volet informationnel, il est déjà largement déployé via différents canaux, afin de justifier les actions qui pourraient être menées dans les semaines à venir.
L’intensité des bruits de bottes force à s’interroger sur la nature et les conséquences qu’aurait une opération militaire russe. Une chose est certaine : le scénario le plus favorable pour la Russie serait de se retrouver dans une position de réponse et non de primo attaquant. Il faudrait pour cela une attaque ou un faux pas des Ukrainiens. Ces derniers, aux prises directes avec Moscou depuis des années, le savent mieux que quiconque. Dans ce contexte, la création d’une « false flag attack » ne peut être exclue : si la Russie se retrouvait à réagir à une opération ukrainienne (même simulée), ce serait une aubaine pour son discours politique et diplomatique. Cela permettrait la mise en œuvre d’une réponse sous forme d’une invasion.
Dans cette hypothèse, Moscou pourrait, comme elle l’a déjà fait par le passé, se prévaloir de la pratique du fait accompli et ne pas rétrocéder les zones occupées. Une autre option en matière de dommage sur les populations et de perturbations en cas d’incursion serait que les prisonniers de droit commun soient libérés et armés, comme cela a été rapporté dans d’autres conflits. Ce type d’actions aurait un effet dévastateur sur les populations locales, et engendrerait une désorganisation des forces qui se verraient obligées d’intervenir sur plusieurs théâtres, surtout dans un contexte de guerre.
Comment une éventuelle incursion se déroulerait-elle ? Les options sont multiples. Un passage par le Donbass vers Kiev ne semble pas très probable, car l’armée russe se retrouverait immédiatement aux prises avec les forces ukrainiennes déjà présentes sur cette zone depuis 2014. Néanmoins, des tirs depuis le territoire russe de missiles de longue portée, renforcés par des tirs d’artillerie visant les structures de commandement ukrainiennes (Command and control) mais aussi les points stratégiques, pourraient tout à fait être envisagés. Une fois ces structures détruites, les communications et capacités de mouvement des troupes ukrainiennes seront gravement endommagées et la pénétration russe en territoire ennemi serait largement facilitée.
Deux autres voies seraient envisageables. L’utilisation de forces aériennes depuis la Biélorussie pourrait également être envisagée séparément pour frayer un passage aux forces russes ou conjointement pour prendre Kyiv en étau.
Enfin, le déploiement militaire russe opéré dans le Sud sur les territoires annexés de la Crimée fournit une autre opportunité tant de prise en étau que d’entrée en Ukraine.
Reste à savoir ce que la Russie souhaiterait ensuite. Occuper un territoire refusant la présence russe aurait un coût particulièrement élevé pour Moscou. Attendre que l’Ukraine plie sous la force russe pour proposer des négociations particulièrement avantageuses pour la Russie, incluant le mise en place d’un pouvoir prorusse faisant de l’Ukraine un État inféodé serait en revanche tout à fait envisageable. La partition de l’Ukraine, qui aboutirait à terme au rattachement à la Russie d’autres parties de son territoire, serait également une option.
Au-delà de la catastrophe que ces différentes configurations représenteraient pour l’Ukraine, elles permettraient à Moscou de négocier à son avantage des traités de sécurité avec l’OTAN, ce qui créerait sans doute la plus grande inquiétude chez les membres de l’Alliance les plus proches géographiquement de la Russie.
Une population résignée mais combative
De son côté l’Ukraine garde la tête froide au milieu de l’agitation européenne. Il n’y a dans cette approche aucune naïveté, mais le souhait de ne pas nourrir un engrenage déjà dangereux.
De manière générale, les Ukrainiens semblent résignés quant aux intentions russes, et ne pas s’attendre à un soutien massif de la part des Européens et des Américains, et ce malgré la mise en alerte des troupes américaines en Europe. À ce titre, ils ont rappelé que toute incursion devait être prise en compte et non divisée, comme l’a fait Joe Biden, entre mineure et majeure.
Outre les militaires d’active, l’Ukraine compte nombre de vétérans et de volontaires qui sont prêts à prendre les armes pour se défendre. Tout en espérant que la situation n’ira pas jusqu’à un point de non-retour et que la rationalité l’emportera sur l’irrationalité du déclenchement d’une guerre. Quelle que soit l’évolution dans les jours et semaines à venir, la tension est plus que palpable et mérite que la communauté internationale y consacre toute son attention, tout en veillant à garder la tête froide.![]()
Christine Dugoin-Clément, Analyste en géopolitique, membre associé au Laboratoire de Recherche IAE Paris - Sorbonne Business School, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chaire « normes et risques », IAE Paris – Sorbonne Business School
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Probleme lösen? Algorithmus!
Par
blatt-christophe
Le 12/12/2021
Wir wollen Probleme definieren und wir wollen Lösunge finden. Damit stellt sich die Frage: Wie kann ich ein bestimmtes Problem lösen? Welche Schritte, welche Prozeduren sind notwendig, um in einer gegebenen Situation Lösungen zu erarbeiten?
Ein Algorithmus ist eine Definition von Schritten, um Lösungen methodisch zu erarbeiten.
Qu’est-ce qu’un algorithme ?
Jean Cardinal, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Le mot « algorithme » est utilisé couramment dans la presse pour désigner le fonctionnement opaque des moteurs de recherche et des réseaux sociaux.
Mais de quoi parlons-nous exactement ? Qu’est-ce qu’un algorithme ? Cette notion a traversé l’histoire, depuis Euclide jusqu’aux algorithmes des GAFAM. Les algorithmes peuvent-ils résoudre n’importe quel problème ? Quelles garanties a-t-on sur leur comportement ? Quels sont leurs impacts sociétaux ?
Au IXe siècle, en Perse
L’étymologie fait remonter l’histoire des algorithmes au savant persan Muhammad Ibn Mūsā al-Khuwārizmī, qui aux alentours de l’an 800 a publié les premiers manuels de résolution d’équations. Ses méthodes, à l’origine de l’algèbre, concernent typiquement des problèmes de calcul pratiques : des questions d’héritage ou de mesure.
Ses ouvrages sont traduits en latin au cours du XIIe siècle et popularisés par des personnalités telles que le mathématicien italien Leonardo Fibonacci. C’est son nom, latinisé en « algoritmi » ou « algorismi », qui est à l’origine du terme « algorithme ». Près d’un millénaire avant lui, Euclide avait décrit dans les Éléments une méthode pour calculer le plus grand diviseur commun de deux nombres.
Au XXe siècle, la notion d’algorithme construit des branches des mathématiques
Il faut pourtant attendre le début du XXe siècle pour que la notion d’algorithme soit formalisée. Dans son célèbre discours au deuxième congrès international des mathématiciens à Paris en 1900, le mathématicien allemand David Hilbert propose 23 problèmes ouverts, 23 défis à relever pour la communauté mathématique, dont les énoncés auront une influence considérable sur le développement des mathématiques dans les décennies suivantes. Le dixième problème porte sur l’existence d’une « méthode par laquelle, au moyen d’un nombre fini d’opérations, on pourra déterminer l’existence d’une solution en nombres entiers à une équation polynomiale à coefficients entiers » (les équations « Diophantiennes »). C’est bien de l’existence d’un algorithme qu’il s’agit.
C’est par les travaux fondateurs d’Alan Turing et d’Alonzo Church, entre autres, que les algorithmes deviennent des objets mathématiques à part entière. Dans son article de 1936, Alan Turing donne sa définition de la « calculabilité » d’une fonction : il doit exister une machine qui donne sa valeur en un nombre fini d’étapes élémentaires, guidées par un système de transitions et le contenu d’un ruban, qui joue le rôle de mémoire. C’est la célèbre « machine de Turing ».
Alan Turing comprend le lien entre la calculabilité d’une fonction et le caractère démontrable d’une assertion mathématique dans un système d’axiomes. L’informatique théorique devient une branche des mathématiques.
On circonscrit la puissance des algorithmes, et certains problèmes sont démontrés indécidables : aucun algorithme n’existe pour les résoudre. En 1970, Julia Robinson et Youri Matiiassevitch résolvent finalement le dixième problème de Hilbert : la résolution des équations diophantiennes est un problème indécidable !
Au cours des années 1970, on établit des hiérarchies de problèmes en fonction du temps et de l’espace qu’un algorithme requiert pour les résoudre : c’est la théorie de la complexité.
Comment se présente un algorithme ?
Les algorithmes sont souvent comparés à des recettes de cuisine : une suite d’instructions précises permettant d’obtenir un résultat en un nombre fini d’étapes.
Cette image est juste, mais occulte sans doute un aspect fondamental, le fait qu’un algorithme reçoit des données à traiter (nombres, texte, relations), et certaines instructions sont conditionnelles : les étapes suivies dépendent de ces données, et les exécutions peuvent suivre un cours difficilement prévisible. On peut donner ces instructions sous différentes formes bien définies (organigramme, langage de description), ou même, avec les précautions de rigueur, en langage naturel.
Nous avons tous appris l’algorithme de multiplication de deux nombres à l’école primaire, sans l’aide d’un formalisme avancé. Les algorithmes sont en principe destinés à être mis en œuvre sous forme de programme, dans un langage de programmation compréhensible par un ordinateur. Mais l’algorithme existe indépendamment de cette traduction.
Pour cerner la portée des algorithmes dans nos vies modernes, il faut distinguer leurs familles
Pour mieux comprendre les enjeux et les défis actuels autour des algorithmes, il est important de cerner leur portée et les propriétés que nous sommes à même de garantir sur leurs résultats et leurs comportements. Une typologie des algorithmes est indispensable à cette compréhension.
On peut d’abord distinguer une famille d’algorithmes tellement omniprésents dans notre quotidien qu’ils y sont presque devenus invisibles. Il s’agit d’algorithmes exacts pour des tâches parfaitement bien définies, dont le résultat est facilement vérifiable : multiplier deux nombres, trier une liste de noms par ordre alphabétique, stocker et retrouver efficacement une information, effectuer la conversion d’un signal analogique vers un signal numérique, interpréter un programme.
Il s’agit là des algorithmes fondamentaux étudiés depuis les balbutiements des sciences informatiques. Ils ne font pas moins pour autant l’objet de recherches actuelles, tant des mystères subsistent autour de la complexité de certaines opérations fondamentales. La complexité exacte du problème de multiplication de deux nombres entiers, par exemple, est d’un point de vue théorique encore ouverte : nous sommes actuellement incapables de démontrer que la multiplication prend nécessairement plus de temps que l’addition ! Le meilleur algorithme de multiplication connu n’a été publié que très récemment.
Les algorithmes d’optimisation constituent une deuxième famille importante. Ils résolvent des problèmes dans lesquels on cherche à identifier des paramètres ou une configuration qui maximise ou minimise une valeur, appelée « fonction objectif ». Les applications concrètes consistent par exemple en la recherche d’un chemin le plus court entre deux points, l’ordonnancement des phases d’un projet pour en minimiser la durée, le choix des emplacements d’antennes pour couvrir à moindre coût une zone donnée, ou celui des paramètres des routeurs d’un réseau pour en minimiser la latence.
Les objectifs des algorithmes de ces deux familles sont quantifiables et leurs résultats sont mathématiquement garantis. Les méthodes formelles permettent de vérifier rigoureusement les propriétés d’un algorithme. Les algorithmes d’optimisation linéaire sont bien compris.
Une troisième famille d’algorithmes, plus spécialisés, est celle des algorithmes cryptographiques, destinés à garantir la sécurité des communications et transactions. Cette sécurité repose souvent sur des hypothèses liées à la complexité de problèmes algorithmiques. Le célèbre algorithme RSA (du nom de ses inventeurs : Ronald Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman), par exemple, fait reposer la sécurité des transactions commerciales électroniques sur l’hypothèse qu’il n’existe pas d’algorithme efficace pour décomposer un nombre en ses facteurs premiers.
Certaines procédures issues des recherches en intelligence artificielle, en revanche, ne se soumettent pas facilement à une analyse rigoureuse.
Les algorithmes changent de nature avec l’intelligence artificielle
Parmi ceux-ci, les algorithmes de classification cherchent à placer les données reçues en entrée dans une catégorie correspondant à une réalité extérieure. Un algorithme de reconnaissance d’animaux, par exemple, recevra en entrée une image sous forme d’un tableau de pixels, et devra déterminer si cette image représente plutôt un chat ou un dauphin. Cette tâche n’est pas formellement bien définie : on peut probablement trouver une image ambiguë pour laquelle les réponses fournies par des humains pourraient être différentes. Le caractère correct de ces algorithmes dépend d’une réalité extérieure, qui n’est pas formalisée, et leur exactitude, ou précision, ne peut être établie qu’expérimentalement.
De la même manière, les algorithmes de prédiction cherchent à anticiper l’évolution de certaines quantités mesurées dans le monde physique, ou des comportements dans une population. Ils sont utilisés par exemple en finance pour prédire l’évolution des marchés, ou en marketing, pour présenter aux visiteurs d’un site web les produits ou publicités les plus susceptibles d’attirer leur attention. La pertinence des résultats est ici encore validée empiriquement, et non mathématiquement. À tel point qu’en 2006, la société Netflix a lancé un concours pour améliorer les performances de son algorithme de prédiction d’évaluations de films, avec un prix d’un million de dollars à la clé.
Le développement des ces algorithmes fait massivement appel à des modèles probabilistes, mais aussi à des structures difficilement analysables rigoureusement. C’est le cas en particulier pour les algorithmes de réseaux de neurones artificiels utilisés dans ce qu’on appelle désormais l’« apprentissage profond », en référence au nombre de couches utilisées dans ces réseaux. Ces réseaux encodent implicitement la mémoire des données fournies lors d’une phase d’apprentissage, et permettent de classifier de nouvelles données en entrée.
Que pouvons-nous exiger des algorithmes ?
L’omniprésence des algorithmes fait légitimement l’objet de craintes. Quelles sont les garanties que nous pouvons exiger ?
Un premier type de garantie porte sur l’efficacité. Combien de temps doit-on attendre pour avoir une réponse ? De quelle quantité de mémoire doit-on disposer ? Ces questions sont bien étudiées et ont des formulations et des réponses rigoureuses, mais partielles. Les lacunes dans notre compréhension de la complexité algorithmique laissent en particulier ouverte la possibilité d’attaques inédites mettant en péril la cryptographie basée sur l’algorithme RSA.
La question traditionnelle des performances est intimement liée aux questions de consommation de ressources, qui ont des impacts écologiques. On peut donner à cette question un cadre plus large, et s’interroger sur les ressources consommées par les logiciels, les serveurs. Dans le domaine des algorithmes cryptographiques, certains mécanismes au cœur du fonctionnement des cryptomonnaies, en particulier le principe de la « preuve de travail », ont un impact énergétique dramatique.
Lorsque les objectifs sont facilement vérifiables, comme dans le cas d’un algorithme de tri, ou quantifiés explicitement, comme dans le cas d’un algorithme d’optimisation, il existe une mesure objective de la qualité de la solution. Dans le cas des algorithmes d’optimisation, cependant, le choix de la fonction objectif, la quantité que l’on optimise, peut avoir un impact humain considérable.
Des questions d’éthique
Les questions d’équité et de transparence des algorithmes de classification et de prédiction deviennent pressantes. Dans un ouvrage devenu classique, Cathy O’Neil alerte sur les dérives des systèmes de prise de décision dans les domaines de la justice, de l’action policière, des assurances, de l’évaluation des enseignants, entre autres.
L’algorithme de Gale-Shapley, utilisé par la plate-forme Parcoursup satisfait des propriétés d’optimalité, mais garantit également qu’un comportement stratégique de la part des postulants est impossible.
Les méthodes d’apprentissage supervisé pour la classification consistent classiquement en une collection d’exemples, de paires « entrée-sortie », dont on espère qu’ils peuvent être généralisés, de façon qu’une nouvelle donnée en entrée puisse être associée à une réponse en sortie qui fasse sens. En ne fournissant que des exemples connus lors de ces phases d’apprentissage, on inculque au système tous les biais présents de facto dans les exemples dont on dispose, et l’on apprend ainsi à la machine à les reproduire. C’est le thème du documentaire Coded Bias, relatant l’expérience d’une étudiante du MIT avec les algorithmes de reconnaissance faciale.
Le caractère parfois inexplicable des résultats termine d’expliquer le glissement sémantique récent du mot algorithme : de simple méthode de calcul, l’algorithme est perçu comme une boîte noire omnipotente, dont le fonctionnement interne est inaccessible, et dont les réponses finissent par se substituer à la réalité. Cette perception s’explique notamment par la résurgence des méthodes de réseaux de neurones, dont la complexité défie toute analyse formelle. Les succès expérimentaux dans les tâches confiées aux réseaux profonds sont indéniables et fascinants. Mais certaines expériences mettent en évidence leur fragilité : des chercheurs ont montré qu’en modifiant de manière imperceptible quelques pixels bien choisis d’une image, on peut changer du tout au tout la réponse fournie. En l’absence d’explicitation de la réponse (« c’est un chat, car il a des oreilles pointues et des moustaches »), les questions de confiance et de responsabilités se posent.
La communauté de recherche en intelligence artificielle et en apprentissage automatique s’est emparée des questions d’équité et d’explicabilité : le développement de méthodes d’apprentissage incluant des critères d’équité (fairness in AI) est en plein essor, tandis que le domaine de l’intelligence artificielle « explicable » (explainable AI) traite de la justification des résultats et de la confiance.
Al-Khuwārizmī aurait sûrement été surpris de la postérité de son patronyme !![]()
Jean Cardinal, Professeur, Département d'informatique, Faculté des Sciences, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Aber dieser Ansatz schafft neue Probleme.
Entsteht die Lösung des Problems durch die dabei genutzte Methode?
Werden mögliche Lösungen etwa durch die benutzte Methode verdeckt?
Oder ist die Erarbeitung des Werkzeugs, des Algorithmus, das zentrale Problem, um Lösungen zu erarbeiten?
Allgemeinbildung und " Culture G ".
Par
blatt-christophe
Le 08/12/2021
Was ist... Allgemeinbildung? Was muss ich wissen?
Wenn ich alles wissen würde, würde ich alles wissen?
Ist Bildung ein Katalog von Wissen oder ist Bildung Neugier und die Freunde am Dazulernen, am Lernen, am Studium, um etwas zu verstehen? Das ist eine... gute Frage.
À quoi sert la culture générale en 2021 ?
Cécile Dutriaux, IAE Paris – Sorbonne Business School
À l’heure d’Internet, des réseaux sociaux et de l’accessibilité de tout pour tous en un simple « clic », il devient légitime – quoiqu’un peu effrayant pour un intellectuel – de se demander à quoi peut bien servir, de nos jours, la culture générale. Qu’est donc devenue cette notion, jadis si centrale dans l’éducation, dans la formation des jeunes esprits ? « L’homme sans culture est un arbre sans fruit », disait poétiquement Rivarol. « La culture, ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de la nature », déclarait philosophiquement Malraux. Mais plus récemment, cela s’est un peu gâté. Entre le constat fataliste de Bernard Pivot affirmant que « Commercialement, la culture est pénalisante » ou, plus provocant, un ancien chef d’État (en fonction au moment des faits) dénonçant « Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d’interroger les concurrents d’un concours d’attaché d’administration sur la Princesse de Clèves », le moins que l’on puisse dire, c’est que la culture générale est chahutée..
Alors cette fameuse « culture générale », que devons-nous en penser ? Est-elle toujours un bastion que certains qualifieraient d’élitiste et que l’on chercherait (ou pas) à conquérir ? Ou, au contraire, se serait-elle dissoute dans un populisme rampant ? Ou encore, aurait-elle muté vers de nouvelles formes moins lettrées et plus adaptées à un environnement devenu, au quotidien, plus pragmatique ?
Qu’est-ce que la culture générale ?
La culture générale devrait pouvoir, globalement, se définir comme un ensemble de connaissances culturelles, sans domaine de spécialisation précis. Mais, en France, cette définition n’est pas tout à fait exacte. En réalité, la culture n’est « générale » que par le nom qu’elle porte, tant des pans de connaissances entiers ne sont pas – ou peu – reconnus par cette expression qui se veut pourtant explicitement englobante. En effet, l’univers du savoir qu’elle recouvre se limite souvent quasi exclusivement à des domaines dits « littéraires », à savoir la philosophie, la littérature, l’histoire, les arts et la religion et concerne peu les domaines scientifiques, qu’il s’agisse de sciences dites « exactes » ou naturelles, mais aussi de savoirs techniques, ou plus éloignés encore, d’autres domaines telles l’économie ou la santé.
Et à cette discrimination des « types » de savoirs, on peut également ajouter une autre restriction importante : celle du degré de « consensus intellectuel » accordé – ou non – aux références et qui font que celles-ci appartiennent – ou non – à la fameuse Culture générale, et ce, à un moment donné et pour une population géographiquement circonscrite. Par exemple, reconnaître les premières mesures de la Sarabande d’ Haendel, savoir déclamer la « Tirade des nez » de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand ou encore connaître, dans l’ordre, les Présidents de la IIIe république française, tout cela fait partie sans nul doute possible de la liste. En revanche, reconnaître une chanson de l’Astre de l’Orient, Oum Kalthoum, reproduire le schéma d’un moteur à quatre temps ou encore énumérer la liste des scores de l’Équipe de France de football à la Coupe de monde 2018, en fait-il partie ? Rien n’est moins sûr…
Quelle finalité pour la culture générale ?
Si l’on considère qu’il s’agit d’une simple accumulation, depuis la prime enfance, de données diverses et variées sans autre but que celui d’additionner des références pour avoir les « codes » bien-pensants d’un milieu élitiste, c’est, en grande partie, désavouer son but originel. En effet, si l’on reprend l’idéal de « l’honnête homme », tel qu’il a été défini au XVIIe siècle, la notion de « culture générale » s’entendait plutôt comme un « premier pas » dans une logique de dépassement de soi. C’est l’équilibre qu’incarne l’aimable, le tempéré et cultivé Philinthe dans Le Misanthrope de Molière : ni inculte (horreur !), ni pédant (horreur aussi !).
Certes, dans un premier temps, se cultiver consistait à acquérir de multiples savoirs, mais surtout, dans l’objectif de les confronter. Et ainsi permettre à l’homme cultivé de passer au-delà de sa notion de nature pour atteindre une nouvelle dimension de son être. Aujourd’hui, cette notion est fortement battue en brèche, bafouée, déviée de ses buts initiaux, voire combattue. Au mieux, on apprend des « bouts » de culture, que l’on replace si nécessaire (examens, soirées jeux entre amis). Au pire, on se détourne de la « culture générale » pour revendiquer uniquement une culture identitaire.
Devant la dérive contemporaine du rapport à la culture non comme moyen mais comme finalité, comment ne pas approuver les réticences de plus en plus nombreuses des prestigieux établissements d’enseignement supérieur et autres concours d’État vis-à-vis de l’exigence de culture générale au moment des épreuves d’entrée ? Que dire des rapports du concours de l’ENA qui, avec un peu plus d’insistance chaque année, déplorent le manque de culture et surtout d’originalité des candidats ? Ce qui était censé faire la différence entre les élèves fait désormais leur ressemblance : mêmes références, mêmes citations, même chemin unique de pensée… Régurgité à partir de fiches toutes préparées par thème, sans la moindre once de pensée individuelle mais avec tous les passages obligés de… culture générale ! Cela pose donc directement la question du conformisme. Et, par ailleurs, comment imaginer et manager une société toujours en mouvement avec des références… toujours à l’arrêt ? Et non seulement à l’arrêt, mais bien également représentatives du mode de pensée de la classe dirigeante.
C’est ainsi que, dès 2013, l’IEP de Paris – dit Sciences Po – a « résolu le problème » de la culture générale, en choisissant purement et simplement de supprimer l’épreuve de la dissertation de culture G de son concours d’entrée, jugeant celle-ci discriminatoire, en s’appuyant sur le raisonnement, maintes fois prouvé depuis, qu’elle était, en grande partie, le fait d’un héritage culturel. D’autres grandes écoles ont suivi la même voie : IEP de province, ENS Lyon, etc.
Vers une culture générale populaire ?
Et pourtant, les Français aiment la culture générale. Ils le disent. Ils le revendiquent parfois. Plaisir personnel, plaisir d’échanger, mais aussi marqueur d’un milieu et donc du « groupe de référence » auquel nous nous identifions, la culture générale connaît, depuis quelques années déjà – mais toujours avec le même succès – un tournant populaire notamment via la télévision et les nombreuses émissions de quiz ouvent même en prime time : citons seulement « Le grand quiz des animateurs » (TF1) « Tout le monde joue – avec… l’Histoire/la France/le Brevet » (France 2). Et, plus récemment, la nouvelle série de ce que l’on pourrait appeler des magazines divertissants, « La fabuleuse histoire de… » proposée là aussi en soirée, avec un grand succès.
Dernier argument de cette popularisation : le choix inattendu de Sylvie Tellier, présidente du comité Miss France, de mettre en place, en 2013, un test de culture générale pour les candidates. Certaines des questions peuvent, certes, prêter à sourire : « Qu’a-t-on célébré en France le 11 novembre dernier ? », « Quel est l’accent du deuxième “e” sur le mot fenetre ? », « À quel animal l’adjectif hippique se rapporte-t-il ? », mais le besoin de reconnaissance, exprimé par cette nouvelle « épreuve » qui apparaît si décalée par rapport à son objet initial montre toujours ce besoin si naturel d’entrer dans une histoire commune.
Ainsi, en 2021, que ce soit en famille, entre amis, à l’école ou dans le monde du travail, la culture générale apparaît toujours et plus que jamais comme un pont essentiel contre les ravages de l’hyperspécialisation. Que ce soit en médecine ou en éducation, ces tendances sont aujourd’hui à la fois très présentes dans la réalité et très contestées dans ce qu’elles promettent pour le futur. Car si elles offrent, à l’instant X, une solution efficace, elles ne permettent pas d’embrasser une vision d’ensemble, ni d’entremêler des connaissances qui n’ont a priori pas de lien entre elles, ce qui fait pourtant tout le sel de la personnalité et le terreau de la créativité.
En puisant ses racines dans des domaines multiples – qui gagneraient certainement à être élargis à des formes de connaissances nouvelles – la culture générale permet d’envisager une approche systémique, c’est-à-dire au-delà de son propre univers, seule façon pour tenter de comprendre, humainement, un monde devenu extrêmement complexe et technique.![]()
Cécile Dutriaux, Doctorante, chaire EPPP, IAE Paris – Sorbonne Business School
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
EMC: Qu'est-ce que l'enseignement moral et civique ?
Par
blatt-christophe
Le 13/10/2021
Rechtsstaat und Demokratie brauchen den mündigen Bürger.
-- Demokratie ist ein Prozess der Zusammenarbeit und diese Zusammenarbeit kann man, muss man, darf man ... lernen.
Qu'est-ce que l'enseignement moral et civique ?
Pierre Kahn, Université de Caen Normandie
C’est à la suite d’un cours d’enseignement moral et civique (EMC) sur la liberté d’expression, où il avait travaillé avec ses élèves à partir de caricatures, dont celles de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo, que Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie en région parisienne, a été sauvagement assassiné le 16 octobre 2020, près de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine. Ce tragique événement a ainsi focalisé l’attention des médias sur la nature de cet enseignement : en quoi consiste-t-il ? Depuis quand existe-t-il ? Quelles sont ses finalités ? Expose-t-il particulièrement les enseignants ? Ceux-ci sont-ils suffisamment formés pour l’assurer ?
Il faut d’abord noter que l’enseignement moral et civique s’inscrit une tradition ancienne, et même originaire, dans la mesure où la préoccupation d’une « instruction morale et civique » (c’était alors l’intitulé officiel d’un tel enseignement) existe depuis les commencements de l’école républicaine.
Portée par Jules Ferry, la loi du 28 mars 1882 – outre l’obligation d’instruction qu’elle impose pour tous les enfants jusqu’à 13 ans – a rendu laïque l’école primaire en remplaçant « l’instruction morale et religieuse » (qui existait depuis la loi Guizot de 1833) par « l’instruction morale et civique » : le « civique » remplaçait le religieux, la formation du citoyen républicain celle du croyant. « Le premier devoir d’une république est de faire des républicains ; et l’on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique » déclarait en 1903 Ferdinand Buisson, grande figure de l’école de la République, au congrès du parti radical-socialiste.
Les nouveautés de la rentrée 2015
À travers des dénominations différentes, qui sont certes loin d’être sans signification, ce type d’enseignement (qui n’a été du temps de Jules Ferry instauré que pour l’école primaire, mais fut à partir de la Libération, en 1945, étendu à tous les niveaux de la scolarité) n’a depuis lors pratiquement jamais cessé d’exister.
Intitulé « instruction morale et civique » ou « éducation morale et civique », conservant ou supprimant la référence à la morale, éventuellement transformé en « initiation à la vie économique et sociale » (pour les collèges en 1977) ou encore « éducation civique, juridique et sociale » (pour les lycées, en 1999), il est devenu « enseignement moral et civique », du cours préparatoire aux classes terminales des lycées, par la volonté de Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale du premier gouvernement issu de l’élection de François Hollande en 2012.
Revenir à l’inspiration première du projet républicain, puiser notamment à la source de la pensée de Ferdinand Buisson, redonner souffle et vie à cet enseignement, telle était d’ailleurs l’intention explicite de Vincent Peillon. Mais si le ministre voulait ainsi lui redonner souffle et vie, c’est que sa légitimité avait perdu de son évidence auprès des familles comme des enseignants.
De ce point de vue, l’EMC, qui a été inscrit dans les programmes à partir de la rentrée 2015, représente une nouveauté dans le paysage scolaire de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Nouveau, il l’est d’abord par son intitulé : la référence dans les programmes à la « morale » avait été abandonnée depuis les années 1960 (en 1961 au collège, en 1965 dans les lycées et en 1969 à l’école primaire, son lieu d’élection pourtant, d’où elle avait disparu avec l’éducation civique elle-même).
Si l’éducation civique est revenue assez vite dans les programmes, en 1985, la morale n’a pas bénéficié de ce retour avant 2008 pour l’école primaire (programmes Darcos) et, surtout, avant que Peillon ne la promeuve à nouveau en 2012. La première nouveauté de l’EMC est donc celle-ci : l’éducation civique n’est pas que civique. La morale elle-même, nommément désignée comme telle, devient, ou redevient, un objet d’enseignement ; elle s’intègre de façon constitutive à un enseignement qui doit donc pleinement assumer sa dimension normative.
À lire aussi : La laïcité, un principe au fondement de l’école de la République
Cela signifie par exemple qu’une leçon d’EMC sur les droits de l’homme ne peut se réduire à transmettre un certain nombre de connaissances (historiques, juridiques, philosophiques…) sur ces droits. Elle doit essayer d’en faire comprendre la valeur et de susciter chez les élèves une adhésion. C’est aussi bien entendu le cas d’une leçon sur la liberté d’expression, et l’on comprend dès lors que des enseignants peuvent, dans leurs cours d’EMC, s’exposer (et parfois s’autocensurer), lorsqu’ils sont amenés à les assurer devant des élèves qui s’identifient, pour des motifs religieux ou idéologiques, à des valeurs opposées.
L’EMC face au pluralisme des valeurs ?
Cela renvoie au problème majeur auquel se heurte l’EMC aujourd’hui : comment rendre compatible la transmission de valeurs communes avec le pluralisme moral, religieux et philosophique qu’une société démocratique reconnaît comme légitime ? L’univers moral contemporain est devenu pluriel, et donc problématique. Comme l’écrit le philosophe Paul Ricœur « nous ne vivons pas dans un consensus global de valeurs qui seraient comme des étoiles fixes ». De ce point de vue, la différence est considérable entre l’enseignement moral et civique (EMC) actuel et l’instruction morale et civique de l’école républicaine des origines.
Dans sa fameuse « lettre aux instituteurs » de 1883, Jules Ferry pouvait parier sur la possibilité d’enseigner une morale commune indépendante des religions (mais non contraires à elles), parce que l’homogénéité morale et culturelle alors existante rendait ce pari raisonnable. C’est cette homogénéité qui semble aujourd’hui faire défaut et qui place l’enseignement moral et civique dans une situation délicate, quand sa légitimité n’est plus nécessairement reconnue par l’ensemble des élèves et des familles.
Comment, dans ces conditions, asseoir davantage cette légitimité ? Deux conditions semblent minimalement requises. La première condition est d’éviter que l’EMC soit le lieu d’une transmission trop dogmatique. Éviter, autrement dit, la reconstitution des « catéchismes républicains » qui fleurissaient dans la deuxième moitié du XIXe siècle. L’EMC est né de la volonté de Vincent Peillon de promouvoir ce qu’il a d’abord appelé la « morale laïque », qui ne prétendait à rien moins, disait-il, qu’à enseigner « le bien et le mal, le juste et l’injuste ».
Tel qu’il était ainsi formulé, ce projet n’était guère de nature à prendre en compte la pluralité des valeurs. Remplacer la référence à la « morale laïque » par « enseignement moral et civique », c’est-à-dire par un intitulé moins lourdement chargé de moralisme, ne pouvait que davantage favoriser cette prise en compte.
L’EMC n’a une chance d’être éducatif que s’il permet de définir en classe un espace de discussion au sein duquel les élèves sont amenés à pouvoir justifier de façon raisonnée et argumentée leurs préférences morales et civiques et s’il leur permet ainsi, pour parler encore comme Paul Ricœur, de pouvoir s’orienter dans un univers problématique.
D’où l’importance, pour l’enseignement moral et civique, de passer par la médiation de savoirs (historiques, littéraires, scientifiques…) : un « enseignement » moral et civique est autre chose qu’une simple « éducation » morale et civique. D’où également l’importance, pour un tel enseignement d’avoir pour ressort pédagogique des dispositifs rendant effectif et profitable cet espace de discussion (institution de conseils, débats réglés, discussion à visée philosophique, jeux de rôles…). Cela suppose bien entendu une formation spécifique des enseignants, et peut-être est-ce là une des faiblesses dont souffre encore aujourd’hui l’EMC.
La deuxième condition à laquelle l’EMC doit s’astreindre, c’est de se penser comme un enseignement pour tous. On ne doit pas le comprendre comme une sorte d’enseignement « de combat », spécialement dirigé contre des idéologies intégristes. Ce n’est pas un enseignement spécialement destiné aux zones urbaines ghettoïsées ni à ce qu’un succès de librairie, en 2012, a appelé « les territoires perdus de la République ».
La transmission des « valeurs de la République » sur laquelle le ministère de l’Éducation nationale a insisté après les attentats de 2015 n’a pas toujours réussi, compte tenu des circonstances mêmes qui ont motivé cette insistance, à éviter l’ambiguïté. Apprendre à réfléchir de façon raisonnée, critique et instruite sur les croyances et préjugés, qui sont si souvent propres à l’enfance, est une finalité éducative d’ordre général. C’est cette finalité d’ordre général qui justifie la présence de l’EMC dans les programmes nationaux.![]()
Pierre Kahn, Professeur des universités émérite, Université de Caen Normandie
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Grundgesetz!
Par
blatt-christophe
Le 13/09/2021
Demokratie braucht Freiheit. Freiheit braucht Regeln. Diese Regeln müssen Ausdruck von allgemeinen, universellen Werten sein. Und diese Werte sind das Fundament einer internationalen Zusammenarbeit. Das Grundgesetz der Bundesrepublik Deutschland definiert diese Werte.
Demokratie braucht Bürger. Demokratie braucht... Demokraten.
Le 11 Septembre a bouleversé nos mémoires.
Par
blatt-christophe
Le 11/09/2021
Der 11. September 2001 verändert die Welt. Eine neue Weltordnung ist dabei zu entstehen.
-- Was müssen wir lernen? -- Und wie können wir die Situation politisch gestalten?
Aber zuerst: Welche Folgen hat der 11. September für die jungen Menschen heute?
Comment le 11 Septembre a bouleversé nos mémoires
Deux décennies ont passé, mais les souvenirs du 11 septembre 2001 semblent toujours aussi vivaces dans les esprits de ceux qui ont assisté, de près ou de loin, à ces terribles attentats. Directeur de l’unité de recherche « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » à l’Université Caen Normandie, Francis Eustache nous explique pourquoi, et revient sur ce que les recherches des vingt dernières années nous ont appris sur les processus de mémorisation.
The Conversation : En quoi le 11 Septembre a-t-il marqué un tournant dans la recherche sur le traumatisme et la mémoire ?
Francis Eustache : L’impact du 11 Septembre a été majeur, dans nos sociétés, mais aussi dans le monde de la recherche. Après ces attentats, de nombreux travaux ont été menés pour comprendre non seulement la mémoire traumatique, mais aussi la façon dont la mémoire évolue au cours du temps.
Ces travaux ont contribué à modifier de notre perception de la mémoire, en particulier dans ses aspects malléables, dynamiques. Ils ont aussi permis de mieux comprendre les relations entre mémoire individuelle et mémoire collective. Après ces attentats, la notion de trouble de stress post-traumatique a également diffusé beaucoup plus largement dans le grand public.
On peut en effet distinguer plusieurs grandes étapes dans la compréhension de ce syndrome, décrit dès le milieu du XIXe siècle chez les victimes de grandes catastrophes ferroviaires : les deux guerres mondiales, la guerre du Vietnam, la prise de conscience au niveau sociétal de l’impact des violences faites aux femmes et aux enfants dans les années 1970… Mais jusqu’au 11 Septembre, ces informations circulaient surtout dans certains milieux spécialisés. Après cette date, le grand public a pris conscience que le psychotraumatisme entraînait différents symptômes et en particulier des troubles de la mémoire.
TC : Par leur ampleur, par la profusion des images, par le suivi quasi minute par minute du déroulé des événements, ces attentats ont marqué durablement les esprits, bien au-delà des personnes qui ont vécu un psychotraumatisme. Chacun a l’impression de se souvenir très précisément de ce qu’il faisait au moment de l’attaque. Comment cela s’explique-t-il ?
FE : Ce phénomène s’appelle « souvenir flash » (« flash bulb memory » en anglais) : cette expression désigne un souvenir détaillé et vivace qui fixe précisément les circonstances dans lesquelles nous sommes informés de la survenue d’un événement collectif inattendu, surprenant et empreint d’émotion. Une autre dimension importante intervenant dans la formation du souvenir flash est que nous percevons immédiatement que l’information reçue va avoir d’importantes conséquences, pour nous-mêmes et pour la société (quand bien même nous n’en appréhendons pas la portée exacte). En revanche, nous ne participons pas directement à l’événement qui survient ; nous sommes spectateurs à distance, sans possibilité d’action efficace.
Typiquement, après le 11 Septembre, les connaissances sur le souvenir flash ont fait l’objet d’un renouvellement majeur. Avant cette date, le débat était de savoir si le souvenir flash appartenait à une catégorie spéciale de souvenir, plus précis, moins susceptible de s’altérer dans le temps, qui aurait été produite par des mécanismes particuliers. Selon certains, il se serait agi d’un souvenir permanent et indélébile.
Or, les recherches post-11 Septembre (en particulier celles de l’équipe de William Hirst, à la New School de New York, avec qui nous avons aussi collaboré) ont montré que ce n’est pas le cas. En réalité, le souvenir flash est un souvenir comme les autres, qui lui aussi se modifie au fil du temps. Il est juste en quelque sorte « augmenté », plus vivace, par rapport à d’autres souvenirs autobiographiques.
TC : C’est-à-dire ?
FE : Quand on mémorise un souvenir, on encode également son contexte : on sait où l’on est, qui nous donne l’information, le moment où se passe la scène, ce que l’on est en train de faire. À mesure que le temps passe, le souvenir évolue, devient moins précis. Dans le cas du souvenir flash, étant donné qu’il s’agit d’un souvenir qui se forme dans un contexte émotionnel intense, ledit contexte est très fortement mémorisé, y compris en cas d’une activité aussi banale que d’éplucher des légumes dans sa cuisine.
On en vient donc naturellement et inconsciemment à se dire « si je me souviens tellement précisément qu’à ce moment je faisais quelque chose d’aussi trivial, le reste aussi doit être vrai ». On est tellement sûr de se souvenir du contexte qu’on est également certain du contenu du souvenir. Mais ce n’est pas vrai : comme les autres souvenirs, le souvenir flash a pu évoluer avec le temps. Ce qui peut mener à de faux souvenirs dont on ne veut pas démordre…
TC : Comment s’en est-on aperçu ?
FE : Pour déterminer si le souvenir flash avait une spécificité ou s’il s’agissait d’un souvenir autobiographique « normal », les scientifiques ont étudié quatre paramètres : sa précision (qui fait référence à la véracité des détails mémorisés), sa vivacité (qui correspond à la richesse de l’expérience phénoménologique associée au rappel du souvenir), la confiance en sa recollection (qui concerne le sentiment de certitude qu’ont les individus en leur remémoration), et sa stabilité dans le temps.
William Hirst et ses collaborateurs ont par exemple interrogé 3 246 Américains vivant dans sept villes des États-Unis sur leurs souvenirs des attentats du 11 septembre 2001. Leurs résultats indiquent que le taux d’oubli des détails associés au souvenir flash était important la première année (30 %) puis diminuait les deux années suivantes (entre 5 et 10 %) avant de devenir négligeable jusqu’à la dixième année. Cette évolution suit la même courbe que celle d’un souvenir classique.
Nous avons nous-mêmes analysé les mots utilisés par 206 personnes à qui nous avons demandé d’évoquer leurs souvenirs du 11 septembre 2001 une semaine, un an, deux ans et dix ans après les attentats. Nos travaux, publiés cette année, révèlent que dans les premiers temps, le registre émotionnel prédomine, ainsi que la précision temporelle. Les gens décrivent avec exactitude le déroulé des événements, les horaires. Puis au bout de quelque temps, assez rapidement, cette précision s’estompe, et les témoignages se focalisent sur les références spatiales. En outre, l’évolution du souvenir flash de l’attentat est très influencée par la façon dont l’événement est rapporté par les médias.
Tous ces résultats indiquent que le souvenir flash, comme les autres souvenirs, se transforme au fil du temps. C’est un souvenir puissant au plan émotionnel, mais ce n’est pas un souvenir indélébile. Cela peut parfois être difficile à entendre, mais c’est aujourd’hui clairement démontré.
TC : Cette conclusion concerne le souvenir flash, mais n’a rien à voir avec le souvenir traumatique, tel que celui qui peut survenir chez certaines victimes d’attentats…
FE : Effectivement, souvenir flash et souvenir traumatique sont deux représentations mnésiques très différentes. D’ailleurs, le « souvenir traumatique » n’est pas un souvenir à proprement parler.
Contrairement au souvenir flash, dans le cas d’une situation potentiellement traumatique, l’individu se trouve directement confronté avec l’événement. Il perçoit un risque immédiat pour son intégrité physique (ou pour l’intégrité physique de quelqu’un situé à proximité, avec qui il est en empathie), mais sans pouvoir agir avec efficacité. Dans ce cas, l’encodage du souvenir se fait très différemment, sans renforcement contextuel. Le souvenir traumatique présente un profil presque inverse du souvenir flash, de ce point de vue.
Cependant, il existe entre les deux une forme de continuum, en ce sens que l’on monte en intensité émotionnelle. Chez certaines personnes, dans ce « no man’s land » entre souvenir flash et souvenir traumatique se trouve un point de rupture émotionnelle au-delà duquel peut se produire un basculement.
TC : Cela signifie-t-il que l’on peut développer un trouble de stress post-traumatique, même si l’on ne s’est pas trouvé à proximité des tours jumelles le 11 septembre 2001 ? Simplement en étant exposé aux images de l’attentat, par exemple ?
FE : Oui, même si ce n’est bien sûr pas la règle. C’est aujourd’hui un fait bien documenté, et cela a malheureusement été confirmé lors des attentats qui sont survenus par la suite.
Quant à savoir quel est le rôle joué par les images à proprement parler, c’est une question complexe. Bien entendu, chez l’être humain le canal visuel est très prégnant, c’est un vecteur important pour la fabrication des mémoires en général. Quand on évoque un souvenir, ce sont souvent d’abord les images qui reviennent en mémoire. Néanmoins, un point est probablement plus important qu’une éventuelle hiérarchie des sensorialités : c’est le fait que ce qui est perçu soit décontextualisé, encore une fois. Cette absence de contexte mime la situation traumatique.
C’est un point intéressant que l’on a observé dans le cas des attentats du 13 novembre 2015 à Paris : les images qui ont tourné en boucle sur les chaînes d’information en continu, souvent hors de tout contexte (bandeaux défilants mentionnant des informations sans lien avec les images, son coupé dans les lieux publics privant les spectateurs de commentaires, etc.), ont contribué au développement de troubles de stress post-traumatique chez certaines personnes. Ces chaînes n’existaient pas au moment des attentats du 11 Septembre 2001, mais les images en boucles sur toutes les télévisions du monde ont pu avoir le même effet.
TC : À nouveau, on voit que le collectif influence la mémoire individuelle…
FE : C’est un point important : les études menées sur le 11 Septembre ont contribué à établir les liens entre la mémoire des individus et la mémoire collective. Celle-ci se construit de diverses façons, via la narration des médias, la création de mémoriaux, l’organisation de commémorations, l’éducation…
À partir de cette date tragique, on a également réalisé l’importance de la mémoire communicative. Notre mémoire ne se construit pas uniquement dans notre intimité subjective, mais aussi via nos échanges : quand nous enregistrons un souvenir, nous le faisons dans un cadre social, et il en est de même quand nous l’évoquons avec les autres, que nous en parlons. Dès 1926, le sociologue Maurice Halbwachs avait pressenti l’importance de ce qu’il nommait « les cadres sociaux de la mémoire ».
Le trouble de stress post-traumatique survient justement en raison de ce manque de cadre social. La personne qui en souffre mémorise des éléments disparates, très sensoriels et fortement émotionnels, de la scène vécue sans assemblage par le contexte qui permettrait de les unifier et de les faire évoluer dans le temps comme d’autres souvenirs.
Dans le trouble de stress post-traumatique, ces éléments disparates peuvent se transformer en images intrusives qui envahissent la conscience de la personne qui en est victime ; elle les vit comme de nouveaux événements surgissant dans son présent.
TC : Les relations sociales jouent aussi un rôle important dans la prise en charge des blessés psychiques…
FE : Tout à fait. Il y a bien entendu les cellules d’urgence médico-psychologiques, des dispositifs précoces faisant intervenir psychologues, psychiatres, soignants spécifiquement formés pour prendre en charge les blessés psychiques immédiatement après l’événement traumatisant. Mais par la suite, le soutien social est également primordial.
Les blessés psychiques sont très sensibles à l’entourage de leurs proches et de la société. Même ceux qui ne le montrent pas, et donnent l’impression de vouloir s’isoler. Dans cette situation, il est essentiel de maintenir le contact. Et surtout, il faut avoir conscience que les échelles de temps peuvent être très longues. Trop souvent, les proches aimeraient que les personnes traumatisées passent rapidement « à autre chose », qu’elles reprennent leurs activités. Mais c’est souvent difficile.
Nous avons évoqué le traumatisme du 11 Septembre et, plus largement, celui des attentats. Il s’agit, le plus souvent, d’un événement unique dans la vie de l’individu. Mais les situations sont très différentes d’une personne à l’autre. Je pense en particulier aux personnes endeuillées qui ont perdu un proche ou encore à celles qui conservent des séquelles physiques. Le traumatisme peut aussi entraîner d’autres complications, comme une dépression.
Toutefois, nous avons aujourd’hui une meilleure connaissance du traumatisme. Les recherches qui sont menées, y compris au plan thérapeutique, modifient notre regard et les pratiques. Aujourd’hui, des thérapies innovantes sont proposées, qui prennent en compte non seulement la personne souffrant de trouble de stress post-traumatique, mais également son environnement familial.![]()
Francis Eustache, Directeur de l'unité Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine, Inserm, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Université de Caen Normandie, Inserm
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was ist ... Bildung?
Par
blatt-christophe
Le 25/03/2021
Wissenschaft braucht die Zusammenarbeit, den Austausch zwischen den Disziplinen. Sozialwissenschaften und Naturwissenschaften brauchen Kultur.
Kultur ohne Anfrage an die Natur ist leer.
Was ist Bildung? Hat Alexander von Humboldt die richtigen Ideen?
À l’école, faire dialoguer les disciplines scientifiques, c’est important !
Cet article est publié dans le cadre du Forum national « Activons les sciences en classe ! » organisé en ligne par la Fondation La main à la pâte le 27 mars 2021, dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez toutes les informations sur cet événement sur le site activons-les-sciences.fr.
L’interdisciplinarité est présentée depuis plusieurs années comme moteur essentiel de créativité, comme une approche qui permet de sortir du carcan de sa discipline pour relever les défis du monde contemporain. Différentes initiatives témoignent d’une telle volonté de faire du lien entre différentes disciplines au service de la formation pour accompagner les jeunes dans la pratique d’une pensée complexe. On peut citer par exemple l’ouverture d’une licence « sciences et humanité » à l’Université d’Aix-Marseille qui associe une expertise disciplinaire approfondie dans différentes disciplines, un rapport critique aux savoirs et le développement d’un esprit de synthèse.
Mais qu’en est-il à l’école ? L’école française est organisée autour d’enseignements qui se structurent progressivement en disciplines scolaires. Cette structuration est nécessaire pour circonscrire des domaines et organiser les connaissances. Elle permet de répartir le travail (entre enseignants notamment) et programmer la manière dont vont se succéder les contenus à enseigner.
Cependant, cette organisation classique de l’enseignement rend difficiles des approches liées aux grands enjeux actuels qui nécessitent de dépasser aujourd’hui un enseignement thématique cloisonné : développement durable, changement climatique, préservation de la biodiversité, diffusion de l’informatique et des technologies numériques, intelligence artificielle, soulignés notamment dans un rapport des Académies des sciences et des technologies sur l’enseignement des sciences.
Nouvelles approches
Depuis plusieurs années, le décloisonnement des disciplines scolaires est encouragé en France comme à l’étranger. Au Québec, depuis près de 20 ans, c’est vu comme un moyen d’aborder, avec les élèves, des situations ancrées dans leur réalité, susceptibles de stimuler leurs intérêts. Yves Lenoir insiste ainsi sur le rôle de l’école pour accompagner les élèves à porter un autre regard sur les questions complexes qu’ils rencontrent dans leur vie, à partir de démarches à caractère scientifique qui impliquent le raisonnement, la recherche systématique et explicite de solutions objectives, la communication, l’esprit critique, etc.
En France, une expérimentation a été lancée au collège en 2006, à l’initiative de La main à la pâte. Il s’agissait d’encourager l’émergence d’approches intégratives de l’enseignement des sciences et technologie et de faciliter un travail collectif entre plusieurs enseignants chacun spécialiste de sa discipline (Physique-chimie, technologie et SVT). Nous avons étudié systématiquement les organisations pédagogiques proposées par les enseignants qui ont participé à cette expérimentation. Nous avons ainsi relevé que l’enjeu principal pour ces enseignants résidait dans leur volonté de motiver leurs élèves aussi bien envers les sciences et la technologie, que pour l’école en général.
Autre élément remarquable, la majorité des équipes enseignantes a choisi de développer des projets en lien avec des questions d’éducation au développement durable, souvent associées à des problématiques locales (mobilité écoresponsable dans ma ville ; composteur et espaces verts du collège, abris à oiseaux et à insectes en partenariat avec la communauté de commune ; la vigne, le vin et le patrimoine local, etc).
C’est lors de la réforme de 2016 que les programmes scolaires ont été restructurés, mettant en avant un continuum des apprentissages et, en particulier, le rapprochement de la classe de 6e avec celles de CM1 et CM2 constituant ainsi le cycle 3. Les programmes scolaires évoluent par le regroupement des notions de différentes disciplines scientifiques et technologiques avec un seul intitulé « sciences et technologie ». Le recours à des approches interdisciplinaires est aussi renforcé, en cycle 4 (à partir de la classe de 5e), par la création d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). Par ailleurs, au sein de la Fondation La main à la pâte, un réseau de collèges pilotes s’est développé pour favoriser le travail en équipe et impulser des approches créatives et expérimentales de l’enseignement des sciences et technologie.
Oser l’interdisciplinarité
Cependant, s’aventurer aux frontières de sa discipline d’enseignement ne s’improvise pas. Les enseignants de l’école primaire, dont l’essence même du métier est fondée sur la polyvalence, ne sont pas à l’aise avec des approches interdisciplinaires. Même si des évolutions de la formation sont en cours, la formation initiale des professeurs des écoles a tendance à s’appuyer sur des contenus disciplinaires différenciés, empruntés à l’enseignement secondaire, et donnant une place très réduite à aux sciences et technologie.
De leur côté, les enseignants du secondaire trouvent leur légitimité dans les savoirs acquis pendant leurs études universitaires et leur professionnalité se construit avant tout dans l’enseignement de ces savoirs. La mise en œuvre d’approches interdisciplinaires implique une collaboration entre plusieurs enseignants de disciplines différentes. Ces enseignants n’ont pas les mêmes références, n’utilisent pas les mêmes mots et ne se comprennent pas toujours. Ils sont pourtant poussés vers des modalités de travail collectif, voire même collaboratif.
Cette approche est déstabilisante pour des enseignants qui ont l’habitude d’agir seuls dans leur classe, avec leurs élèves. C’est probablement d’autant plus critique en France où les enseignants exercent leur métier de manière solitaire, avec un tiers des enseignants qui déclarent ne jamais participer à des réunions d’équipe contre moins de 2 % dans la majorité des autres pays de l’OCDE. Développer des pratiques interdisciplinaires à l’école pose ainsi des questions structurelles, sur l’organisation du travail d’équipe.
Mais nous souhaitons souligner aussi que la mise en œuvre d’approches interdisciplinaires engage chacun dans un travail intellectuel complexe. Il est nécessaire d’acquérir une connaissance fine de sa discipline, et une connaissance étendue dans des disciplines différentes. Il est indispensable de développer un esprit de synthèse, d’interroger les savoirs dans leur portée épistémologique, afin de reconstruire un sens à partir de connaissances qui ont été circonscrites pour être définies plus précisément. Enfin, il est nécessaire d’avoir recours à un esprit d’analyse systémique pour concevoir les problèmes dans leur globalité, de penser une réelle démarche de problématisation questionnant les enjeux actuels au travers de démarches scientifiques collaboratives.
Il y a ainsi des défis majeurs de formation et de recherche sur les approches interdisciplinaires qui sont encore trop peu explorés bien qu’ils paraissent urgents dans le contexte actuel. Pour comprendre les problèmes complexes posés par la crise sanitaire que nous traversons, nous sommes amenés à faire la synthèse d’informations scientifiques glanées parmi un flux d’informations plus ou moins fondées.
Les discours scientifiques sont parfois mis à mal au profit de systèmes de croyances aux apparences plus rassurants. Plus que jamais, il semble essentiel de permettre aux enseignants de prendre toute la mesure des enjeux d’une éducation scientifique et technologique citoyenne allant au-delà des cadres disciplinaires traditionnels.![]()
Alice Delserieys, Maîtresse de conférences en didactique des sciences, Aix-Marseille Université (AMU) et Patrice Bonnet, Professeur agrégé de Sciences de la Vie et de la Terre, Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Oskar Maria Graf: Ein Schriftsteller gegen die Gewaltherrschaft.
Par
blatt-christophe
Le 22/02/2021
Wir sollten diesen Menschen nicht vergessen.
Die Arbeit am Aufbau einer gerechten, sozialen, demokratischen Weltordnung dauert an.
Soziale Mobilität? Deutsch lernen!
Par
blatt-christophe
Le 12/02/2021
Die soziale Mobilität beschreibt die Möglichkeit von Menschen in einer Gesellschaft eine andere Position, als die von den Eltern bestimmte, einnehmen zu können.
Kann die Tochter oder der Sohn von einem Arbeiter eine wichtige Stellung erreichen?
Können die Kinder durch Arbeit und Ausbildung einen besseren Verdienst als ihre Eltern erarbeiten?
Was zählt am Ende für den sozialen Aufstieg: Intelligenz, Arbeit und Fähigkeit, Kompetenzen oder ... das Elternhaus?
Die Frage nach der "Sozialen Mobilität" ist aber auch gleichzeitig die Frage nach der Natur einer Gesellschaft und die Soziologie hat ein weites Arbeitsfeld. 
Was bedeutet denn "Sozialer Aufstieg", wie kann man "Erfolg im Leben, Erfolg im Beruf" definieren? Reicht eine Definition nach dem Jahreseinkommen aus?
Die "Soziale Mobilität" steht in einem engen Zusammenhang mit der Möbilität der Menschen im Raum und damit entstehen Folgen für die Raumordnung.
Eine Gesellschaft ist ein soziales System, das sich in der Zeit ständig entwickeln muss.
Wie wollen wir morgen leben? Welche Ziele wollen wir in unserer Gesellschaft verfolgen?
Wie kann man "soziale Gerechtigkeit" definieren? Und was bedeutet das für das Problem der "Sozialen Mobilität"?
Démocratiser les grandes écoles : pourquoi ça coince ?
Marie Duru-Bellat, Sciences Po
Alors que les élites françaises, économiques et politiques, sont volontiers critiquées pour la base très étroite de leur recrutement – 84 % d’anciens des grandes écoles parmi les dirigeants des entreprises du CAC 40, par exemple –, les grandes écoles sont l’objet, notamment depuis une vingtaine d’années, de diverses Chartes ou dispositifs qui visent à en élargir le recrutement.
Car aujourd’hui, les deux tiers de leurs étudiants (et même presque 80 % dans les 10 % des écoles les plus sélectives) sont d’origine sociale très favorisée (cadres, chefs d’entreprise, professions libérales et intellectuelles). Ceci correspond, si on se cale sur les élèves de troisième, à des chances d’accéder à une grande école 9 à 10 fois supérieures, pour ces élèves, par rapport à ceux de milieu défavorisé.
Ces constats interrogent : ces élites sont bien monolithiques et on peut s’interroger sur la pertinence de la formation en grande école pour nombre de ces positions de pouvoir… Mais après tout, si l’on était certain qu’accéder à une grande école ne fait que refléter le mérite, il n’y aurait là rien de choquant, dans une société qui rejette l’hérédité des positions sociales au profit d’une sélection des plus méritants, tâche qu’est censée assurer l’institution scolaire.
Alors que le caractère très typé socialement des diplômés des grandes écoles fait soupçonner une entorse au jeu méritocratique, le rapport très fourni de l’Institut des Politiques Publiques, documente les facteurs qui viennent le contrarier, à savoir, outre l’origine sociale, le genre et l’origine géographique. Et ce alors que les diverses actions mises en place depuis les années 2000 n’empêchent pas une grande stabilité !
Une ségrégation sociale massive
Concernant l’impact très fort de l’origine sociale, les auteurs notent que les inégalités sociales de réussite en amont n’expliquent pas tout, environ 50 % si on se cale sur le niveau en fin de troisième. Cela dit, les scolarités jusqu’en troisième sont de moins en moins sélectives, et les filières où l’on accède au lycée le sont, elles, de plus en plus.
Depuis 30 ans, la réelle démocratisation de l’accès au bac s’est accompagnée d’une diversification des bacs, avec notamment le bac professionnel. Cette évolution s’est faite à telle enseigne que les chances d’accéder à un bac général – porte d’accès incontournable pour une grande école – n’ont pas augmenté ces dernières années pour les enfants des milieux les plus défavorisés. Ils sont aspirés par la filière professionnelle, tandis que les probabilités d’obtenir un bac scientifique varient presque de 1 à 10 selon les milieux.
Ces inégalités sociales de réussite sont très précoces : les chances d’obtenir un bac général ou technologique sont elles-mêmes extrêmement inégales selon le niveau scolaire à l’entrée en sixième, lui-même lié au niveau à l’entrée à l’école élémentaire.
On ne saurait donc espérer démocratiser l’accès au sommet de l’élite scolaire – par des bourses au mérite distribuées à 18 ans par exemple – si dès le cours préparatoire des inégalités sociales de réussite s’accumulent, que l’école ne parvient pas à contrer.
Des facteurs culturels et matériels
Cependant, la réussite scolaire ne fait pas tout. Alors que globalement, les filles réussissent mieux leurs études secondaires, et représentent 55 % des effectifs de niveau bac + 3 à bac+5, elles ne comptent que pour seulement 42 % des effectifs des grandes écoles et 37 % des plus sélectives.
Mais là aussi, on ne peut se contenter d’une approche globale calée sur le niveau en fin de troisième. En effet, au lycée, les choix d’options et de filières, qui anticipent les orientations dans le supérieur et la vie professionnelle, sont sexués. À ce stade, les filles n’évitent pas tant les maths que la physique et veillent à rester relativement polyvalentes, ce qui facilitera leur accès aux écoles de commerce ou à Sciences Po.
De fait, leur sous-représentation concerne avant tout les écoles d’ingénieurs (26 %), alors que des filières comme Sciences Po Paris ou, à un degré moindre, les écoles de commerce, sont largement féminisées.
Ici intervient d’une part le poids des stéréotypes qui connotent comme masculines ou féminines les disciplines scolaires, et qui, notamment parce qu’ils marquent inconsciemment les attentes des enseignants, canalisent très tôt le sentiment d’efficacité et les projets des élèves. D’autre part, il faut compter avec l’anticipation d’un monde du travail loin d’être mixte, où il semble plus ou moins facile de se projeter, selon son genre, dans telle ou telle profession. Seules des évolutions sociales de longue haleine peuvent ici atténuer ces freins.
À lire aussi : Pourquoi l’égalité entre les sexes n’efface-t-elle pas les ségrégations dans les filières scientifiques ?
Les grandes écoles sont également très parisiennes : 30 % des étudiants de grande école ont passé leur bac à Paris ou en Île-de-France (contre 19 % des bacheliers), un chiffre qui monte à 41 % dans les 10 écoles les plus sélectives. Ces inégalités sont clairement contraires à l’idéal méritocratique : peu expliquées (20 %) par les inégalités de réussite en 3e, c’est avant tout l’inégale distribution sur le territoire des classes préparatoires et des écoles qui doit être incriminée, tant on sait que l’« offre » éducative locale impacte les choix des lycéens.
Si on ne choisit pas la région où l’on grandit, certaines familles bien informées essaient de choisir le lycée optimal et y parviennent. La moitié des effectifs des écoles les plus sélectives proviennent de seulement 8 % des lycées.
Il faudrait alors, si on ne veut pas supprimer les possibilités de choix d’un lycée, contrôler plus strictement le profil des lycéens mutants, et favoriser une implantation d’établissements dans les villes moyennes. C’est ce qui a été fait par les classes préparatoires privées (et aussi les classes préparatoires ouvertes aux bacheliers technologiques), mais ce sont surtout les élèves des classes moyennes qui en ont profité.
Les inégalités géographiques traduisent aussi le fait que la mobilité a un coût pour les familles. Si les questions de logement sont essentielles, le fait que ce soit pour les écoles de commerce que les inégalités scolaires soient le moins à même d’expliquer leur sélectivité sociale rappelle que le coût des études joue un rôle non négligeable.
D’où la nécessité de bourses, dans un contexte où les possibilités de financer en partie ses études par un job d’étudiant sont quasiment exclues en classe préparatoire aux grandes écoles et dans celles-ci mêmes.
Intervenir tôt et jouer sur les structures
Au total, il est clair que les mesures intervenant au niveau du lycée restent bien trop tardives puisqu’une bonne part de la carrière scolaire des élèves est déjà jouée, de même que l’image, par les élèves, de leurs propres compétences.
On ne peut pas non plus se contenter d’agir au niveau des personnes, notamment sur les motivations ou l’information, car les carrières se jouent dans un contexte tout aussi décisif, qui rend certaines autocensures relativement rationnelles :
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une offre de formation locale,
-
des études inégalement coûteuses,
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un marché du travail sexué,
-
un accès à l’élite accaparé par les sortants des grandes écoles.
Jouer sur ces éléments structurels est capital, même si on peut envisager des voies plus radicales : supprimer cette voie si française (qui polarise les stratégies des parents bien en amont du bac), et diversifier les voies d’accès à l’élite, en tout cas rendre moins inégales les perspectives professionnelles des différentes filières du supérieur.
Tant que l’accès aux grandes écoles se fera sur la base d’une sélection scolaire biaisée dès les petites classes, tant que l’accès aux positions les plus enviables mettra en compétition des jeunes dotés par leurs familles d’atouts inégaux, aussi longtemps donc que les familles seront inégales à maints égards, les politiques publiques de démocratisation ont peu de chances d’aboutir, sans compter qu’on ne s’attend pas à ce que ceux qui parviennent actuellement à accaparer les grandes écoles et leurs débouchés militent pour ces changements…![]()
Marie Duru-Bellat, Professeure des universités émérite en sociologie, Observatoire sociologique du changement, Sciences Po
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Gedenktag 27. Januar.
Par
blatt-christophe
Le 27/01/2021
27. Januar 2021
" Gedenktag in Deutschland
(...)
Der Gedenktag wurde am 3. Januar 1996 durch Proklamation des Bundespräsidenten Roman Herzog eingeführt und auf den 27. Januar festgelegt.[4] Am 27. Januar 1945 befreiten Soldaten der Roten Armee die Überlebenden des KZ Auschwitz-Birkenau, des größten Vernichtungslagers des NS-Regimes.
In seiner Proklamation führte Herzog aus:
„Die Erinnerung darf nicht enden; sie muss auch künftige Generationen zur Wachsamkeit mahnen. Es ist deshalb wichtig, nun eine Form des Erinnerns zu finden, die in die Zukunft wirkt. Sie soll Trauer über Leid und Verlust ausdrücken, dem Gedenken an die Opfer gewidmet sein und jeder Gefahr der Wiederholung entgegenwirken.“
In der Bundesrepublik wird an diesem Tag an öffentlichen Gebäuden Trauerbeflaggung gesetzt. In vielen Veranstaltungen wie Lesungen, Theateraufführungen oder Gottesdiensten wird bundesweit die Erinnerung an die Verbrechen der Nationalsozialisten wachgehalten. Zudem dient der Gedenktag, um auf aktuelle Tendenzen von Antisemitismus, Fremdenfeindlichkeit und Menschenfeindlichkeit aufmerksam zu machen.

Im Bundestag findet eine Gedenkstunde zum Tag des Gedenkens an die Opfer des Nationalsozialismus statt. "
https://de.wikipedia.org/wiki/Tag_des_Gedenkens_an_die_Opfer_des_Nationalsozialismus
Tag des Gedenkens an die Opfer des Nationalsozialismus im Deutschen Bundestag
2015: Rede des Bundespräsidenten Joachim GAUCK:
150127-gedenken-holocaust-2015-rede-bundesprasident-gauck.pdf (69.07 Ko)
Weitere Informationen:
https://www.bpb.de/politik/hintergrund-aktuell/303868/gedenktag
https://www.bundestag.de/dokumente/textarchiv/2021/kw04-opfer-nationalsozialismus-816352
https://www.coe.int/de/web/portal/27-january-holocaust-remembrance-day
Es gibt... interssante Videos: ARTE.
Par
blatt-christophe
Le 24/11/2020
VIDEOs mit YouTube?
Es gibt eine Menge von Unsinn im Internet und bei YouTube findet man davon mehr als genug. Und gleichzeitig gibt es interessante Informationen.
Hier findet man eine Auswahl.
FAKE News: Holt-up.
Par
blatt-christophe
Le 19/11/2020
Film und Fernshen sind execellente Mittel, um Propaganda zu transportieren.
Das Werbefernsehen zeigt uns jeden Tag wie man Menschen durch Bild und Ton, durch den Einsatz von Montagetechniken manipulieren kann. Medienkritik und die Analyse der benutzten Techniken ist darum wichtig.
Eine wissenschaftliche Arbeitweise braucht also zunächst die Frage nach den Quellen:
-- Woher kommen die Informationen, die die gemachten Aussagen begründen sollen?
-- Wie werden diese Information übermittelt?
-- Was sind die Ziele der Darstellung?
-- Handelt es ich um Information oder Propaganda?
Information will Diskussion und und Gespräche auslösen, Propaganda produziert Gefühle, Hass, Emotionen und unbestreitbare Überzeugungen.
Propaganda ist darum ... Unsinn. 
und Propaganda ist gefährlich für die Demokratie.
« Hold-up » : les huit personnages clés qui font une bonne théorie du complot
Mathieu Alemany Oliver, TBS Business School
Le 11 novembre dernier était mis en ligne le documentaire Hold-up : retour sur un chaos, pamphlet de près de 2h40 rendu possible en grande partie grâce au financement participatif. En pleine crise sanitaire liée à la Covid-19 et à un moment de l’année critique (et donc émotionnellement fort) à la fois pour les commerçants et les familles avec l’approche des fêtes de fin d’année, Hold-up dénonce la mauvaise gestion de la pandémie par le gouvernement ainsi que les incohérences, les mensonges et manipulations de la communauté scientifique, des médias, des géants du numérique (« big tech ») ou encore des laboratoires pharmaceutiques (ou « big pharma »).
En filigrane, c’est la possibilité d’un nouvel ordre mondial imminent (cher aux complotistes) – dans lequel les élites élimineraient une partie de l’humanité – qui est susurrée à l’oreille des spectateurs. Les auteurs détournent notamment pour cela la notion de great reset qui correspond à l’engagement du Forum économique mondial à rebâtir un système économique plus juste, plus durable et plus résistant. Cette « grande réinitialisation » devait être le thème principal de l’édition 2021 prévue comme tous les ans à Davos en Suisse.
En psychologie, la croyance en une théorie du complot tend aujourd’hui à être comprise comme le résultat de mécanismes cognitifs commun à tous. Alors que nous avons tous besoin de comprendre notre environnement (besoin épistémique), de s’y insérer sereinement (besoin existentiel) et de le partager (besoin social), la théorie du complot nous promet de répondre à ces besoins de manière simple et efficace. Par une simplification du réel, elle nous permet de rapidement comprendre comment fonctionne le monde, provoquant ainsi un sentiment de contrôle, tout en rencontrant d’autres complotistes et formant ainsi un cercle social valorisant.
Récemment, de nouvelles recherches ont commencé à s’intéresser à la structure narrative des récits complotistes en s’inspirant des travaux du linguiste et sémioticien d’origine lituanienne Algirdas Julien Greimas. Des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et Berkeley (UCB) suggèrent ainsi que les théories du complot se caractérisent par un nombre relativement faible d’acteurs, une multitude de sujets interconnectés rendant la structure narrative moins rigide et plus fragile, mais plus facilement adaptable à toute nouvelle histoire.
Dans la continuité de cette recherche, mes travaux sur les théories du complot liées au monde affaires mettent en avant l’existence d’une structure narrative commune aux récits complotistes étudiés, dans laquelle se retrouve toujours les mêmes huit personnages et des possibilités d’actions qui leur sont propres. Le film Hold-up et sa théorie du great reset ne dérogent pas à la règle.
Un mélange de vrai et de faux
Les théories du complot, comme les productions littéraires et cinématographiques ordinaires, proposent une diégèse, c’est-à-dire un univers fictif permettant de mieux situer l’action, de croire en l’authenticité des personnages, d’expliquer ou encore de justifier leurs pensées, leurs personnalités ainsi que leurs actions et interactions. Cet univers doit être le plus crédible possible car il détermine par la suite la crédibilité des acteurs et leurs arguments.
Hold-up, comme de nombreuses théories du complot, fait plonger le spectateur dans le décor d’une société inégalitaire, binaire (bien/mal, dominant/dominé, etc.), sous contrôle, dans laquelle l’idée de contrat social est désuète. Cet univers laisse entrevoir l’avènement proche d’un état de nature hobbesien où nous ne nous devons rien, où c’est la guerre de tous contre tous (d’ailleurs, le titre lui-même mentionne « le chaos »). Cet univers est d’autant plus crédible pour les spectateurs qu’il peut aisément prendre l’apparence du marché, empreint de l’idéologie néolibérale où priment l’individualisme et la compétition.
Pour que l’univers proposé dans Hold-up soit crédible rapidement, les réalisateurs commencent en outre leur propos par l’intervention d’« experts » (catégorie qui ne cesse pourtant d’être délégitimée et accusée tout au long du film de jouer le jeu des bénéficiaires du complot). On voit ainsi un enseignant-chercheur de renom, Michael Levitt, prix Nobel de chimie, apparaître dès les premières minutes.
On y voit également une mention selon laquelle « 5 232 habitants de la Terre » ont participé à ce film, soit des personnes lambda, comme nous. En faisant cela, les réalisateurs nous donnent symboliquement la possibilité d’entrer dans l’univers qu’ils s’apprêtent à présenter puisqu’il devient socialement plus acceptable. Le spectateur se retrouve par la suite et pendant environ deux heures face à un flot d’informations dans lequel le faux est mélangé au vrai pour que le faux semble un peu plus vrai.
Dans une ère post-vérité où les appels à l’émotion et aux croyances personnelles semblent avoir plus d’influence que les faits objectifs, l’espace du plausible créé par l’imbrication du vrai et du faux crée une mécanique complotiste parfaitement huilée et contribue à installer l’univers fictif du récit.
« Quand est-ce que les gens vont ouvrir les yeux ? »
Le flot d’informations en continu (et pendant deux heures) peut ensuite amener le spectateur à se retrouver en situation de surcharge cognitive pendant laquelle il n’est plus en capacité de traiter l’information correctement. Dans le même temps, la charge affective contenue dans les informations données devient de plus en plus importante et donc désagréable.
In fine, le spectateur peut donc se retrouver dans l’incapacité de réfléchir raisonnablement tout en ressentant le besoin d’évacuer la surcharge affective. C’est alors que la théorie du complot liée au great reset est proposée pour relier entre elles et comprendre toutes les informations reçues, tout en permettant de se libérer en partie de la composante affective (telle que la colère, le dégoût, la tristesse) en la rejetant sur des acteurs identifiés (par exemple le Forum économique mondial et les élites de manière plus générale dans le cas du film Hold-up).
Le spectateur est alors prêt à entrer dans le récit et à jouer le rôle d’un des personnages récurrents des théories du complot. Ces personnages sont au nombre de huit :
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Le bénéficiaire, à la source du complot et celui à qui profite en priorité le crime. Comme souvent, il s’agit d’une entité abstraite tel un ordre mondial, ou « un gouvernement mondial » comme dans Hold-up. L’objectif reste généralement le maintien des élites, de « ceux qui ont des privilèges » en contrôlant toujours plus la population (par exemple en intégrant des composants électroniques dans le cerveau comme serait en train d’y travailler le patron de Tesla Elon Musk – toujours selon le film Hold-up).
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Le volontaire, complice principal du « bénéficiaire ». Ce personnage participe directement et volontairement à la bonne conduite de l’agenda du « bénéficiaire ». Dans Hold-up, on y retrouve entre autres les gouvernements et scientifiques corrompus, les laboratoires pharmaceutiques, l’Institut Berggruen et ses membres, les Gafam et les « libertariens » qui les dirigent, à savoir des individus « qui ne doivent rien à personne ». On est donc tout à fait en harmonie avec l’univers fictif décrit plus haut.
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L’épargné, complice passif du « bénéficiaire ». Ce personnage est au courant des actions des « volontaires » et « bénéficiaires », mais choisit d’accepter et se taire car c’est dans son intérêt (il est donc épargné par les « volontaires » et « bénéficiaires »). Il peut par exemple s’agir d’une partie de la population préférant consommer des objets connectés par plaisir tout en sachant qu’ils contribuent à l’accumulation de données personnelles et au contrôle de la population.
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Le prisonnier, complice forcé du « bénéficiaire ». Ce personnage est au courant du complot et souhaiterait le dénoncer ou le combattre mais est dans l’obligation de se taire et de travailler au service des « volontaires » et « bénéficiaires ». Bien que ce ne soit pas très clair dans Hold-up, la position d’Anthony Fauci, immunologue nommé à la cellule de crise du gouvernement américain pendant la pandémie, pourrait être celle du « prisonnier » en agissant contre sa volonté.
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L’ignorant, soit celui qui n’est pas au courant du complot et qui souvent participe à l’agenda du « bénéficiaire » à son insu. Ce personnage représente la vaste majorité de la population et c’est essentiellement pour lui que le film Hold-up est réalisé. D’ailleurs, comme leur dit Nathalie Derivaux, la sage-femme, à la fin du film : « Quand est-ce que les gens vont ouvrir les yeux et réagir ? ».
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La cible, à l’origine de la dénonciation du complot et visée par les « bénéficiaires » et « volontaires ». Son objectif est d’éclairer les « ignorants » et protéger les « collatéraux ». Les réalisateurs, producteurs, intervenants du film Hold-up, ou encore les complotistes qui partagent et tentent de convaincre leur entourage sont des « cibles ».
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Le collatéral, qui soutient la « cible » tout en évitant d’être identifié comme « cible ». Ce personnage peut par exemple être le spectateur qui finit par croire en la théorie proposée par la cible dans Hold-up, sans pour autant en faire la promotion.
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L’innocent, qui est au courant du complot mais préfère ne pas prendre part à l’affrontement en s’isolant et restant en marge de la société. C’est le personnage le moins présent dans les récits complotistes.
Ces huit personnages habitent l’univers fictif mis en scène dans les récits complotistes. Ils ont des fonctions structurantes précises au sein du récit, avec des champs d’actions prédéterminés qui peuvent par la suite directement influencer le comportement des complotistes dans leur vie quotidienne.
Par exemple, dans le cadre des théories complotistes liées au compteur électrique Linky, plusieurs personnes ne voulant pas le compteur Linky chez elles et identifiées comme des « collatérales » se sont fait aider par des membres de collectifs anti-Linky, c’est-à-dire des « cibles », pour empêcher leur installation.
L’UE face à la loi du marché
Alors que Google et Facebook investissent des sommes considérables pour lutter contre les fake news comme l’impose l’Union européenne, l’audience du film Hold-up, qui se chiffre en millions de vues en quelques jours, interroge. Ce succès révèle en effet que les algorithmes des réseaux sociaux suivent toujours la logique de marché et continuent d’afficher ce qui est susceptible de plaire à l’utilisateur (et donc d’être cliqué). Dès lors, en créant des « bulles de filtre », Internet et les réseaux sociaux continuent de jouer un rôle décisif dans le succès des théories du complot.
Là où, sans Internet, une personne aux idées complotistes aurait pu se retrouver seule pendant un moment avant de trouver une personne qui partage ses idées, les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de trouver des centaines de personnes en quelques minutes qui penseront comme nous. Au lieu d’être mises à l’épreuve, nos façons de penser sont alors renforcées.
Un élément clé de cette lutte contre les fake news réside dans la pédagogie pour permettre aux citoyens de reconnaître ces logiques narratives qui expliquent le succès des théories du complot. Une tâche qui reste toutefois particulièrement ardue, notamment parce que ces efforts de pédagogie proviennent le plus souvent d’institutions remises en causes – et donc en perte de légitimité. Mais aussi parce que, comme le stipule la loi de Brandolini (ou principe d’asymétrie des baratins), l’énergie nécessaire pour déconstruire « le baratin » reste toujours supérieure à celle mobilisée pour la produire…![]()
Mathieu Alemany Oliver, Professeur en comportement du consommateur et marketing, TBS Business School
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.