Weltliteratur
KI: Künstliche Intelligenz und die Vielfalt von Sprachen und Akzenten.
Par
blatt-christophe
Le 16/01/2023
Wir sprechen. Und wir sprechen nicht alle gleich. Und selbst unsere "Muttersprache", unsere "erste" Sprache, die Sprache die wir als unsere Heimatsprache verstehen, selbst diese Sprache zeigt unsere Herkunft und Geschichte.
Wir haben einen... Akzent oder nicht?
Was nun, wenn man die individuelle Sprachform nicht länger besitzen soll? Wenn die Einheitssprache, die Standardsprache, die Normsprache also alle anderen Varianten ausradiert? Wenn der Computer und die KI eine neue, gleichförmige Sprachnorm erst vorstellt, dann allen Sprechern aufzwingt?
Was ist Sprache? Was ein Akzent? was verstehen Und sich noch verstehen können?
Quand les IA s’attaquent à nos accents
Grégory Miras, Université de Lorraine
Juin 2022, l’entreprise SANAS annonce avoir récolté 32 millions de dollars pour la création d’une technologie basée sur l’intelligence artificielle dont l’objectif est de supprimer les accents. Septembre 2022, la plate-forme voit le jour non sans créer intérêt, curiosité et émoi tant dans le monde anglophone que francophone.
De tels logiciels nous plongent dans une dystopie contemporaine où la technologie vient faire disparaître les différences, les marqueurs de l’identité et les cultures des individus. Cette idée n’est pourtant pas nouvelle : le film « Sorry to bother you » sorti en 2018 abordait déjà la question de l’accent des populations africaines-américaines dans une satire sur les centres d’appel.
Alors comment peut-on réellement supprimer un accent ? Entre utopie et dystopie, pourquoi développer une intelligence artificielle capable de « supprimer » les accents peut-il être un problème plus qu’une solution ? Que supprime-t-on de plus qu’une marque sonore en neutralisant un accent ?
Comment l’intelligence artificielle peut faire taire un accent
L’accent peut être défini comme un faisceau d’indices souvent oraux (les voyelles, les consonnes, l’intonation, etc.) qui participe à l’élaboration plus ou moins consciente d’hypothèses sur l’origine géographique, sociale ou langagière des individus. Cet accent peut être dit, entre autres, « régional » ou « étranger » en renvoyant à des imaginaires différents. La pertinence de l’identification d’un accent réside dans le fait qu’un certain nombre de caractéristiques sonores semblent homogènes chez des locuteurs d’une langue, d’une zone géographique ou d’un groupe social, comme le souligne Philippe Boula de Mareüil.
Ces technologies issues de start-up constituent souvent une boite noire et peu d’informations concrètes sur les outils employés pour « supprimer » l’accent sont disponibles. Toutefois, les moyens sont multiples et ils visent principalement à transformer en partie la structure de l’onde sonore afin de rapprocher certains indices acoustiques vers une norme perceptivement déterminée. On pourra ainsi jouer sur le timbre de certaines voyelles, la réalisation de consonnes ou encore transformer des paramètres comme le rythme, l’intonation ou l’accentuation en fonction de cibles perceptives attendues. Dans le même temps, on maintiendra un maximum de paramètres vocaux permettant d’identifier la voix du locuteur initial à l’image du voice cloning pouvant conduire à des arnaques au deepfake vocal. Ces technologies permettent de dissocier ce qui est de l’ordre de la parole de ce qui tient à la voix.
Le traitement automatique et en temps réel de la parole pose des difficultés technologiques dont la principale réside dans la qualité du signal sonore à traiter. Néanmoins, il existe différentes solutions en s’appuyant sur le deep learning et les réseaux de neurones, ainsi que les grands corpus de parole, qui permettent de mieux gérer les incertitudes dans le signal.
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Dans le cas des langues étrangères, Sylvain Detey, Lionel Fontan et Thomas Pellegrini repèrent quelques enjeux inhérents au développement de ces technologies, à savoir quelle norme retenir pour mener une comparaison avec ce qui est attendu, ou encore le rôle que peuvent avoir les corpus dans la détermination de ces objectifs – sans qu’il se dégage pour le moment de réponses particulièrement prometteuses.
Le mythe de l’accent neutre
Cependant, l’identification d’un accent ne se limite pas aux seuls indices acoustiques. Donald L. Rubin a pu démontrer que des auditeurs peuvent recréer l’impression d’un accent perçu simplement en associant aux voix des visages aux origines supposées différentes. De la même manière, en l’absence de ces autres indices, les locuteurs ne sont pas si bons dans leur capacité à reconnaître des accents qu’ils n’entendent pas régulièrement ou qu’ils se représentent de manière stéréotypée, par exemple l’idée selon laquelle il y aurait beaucoup de consonnes en allemand.
Vouloir supprimer les accents pour contrer les effets sociaux d’une discrimination sur l’accent revient à poser la question de ce qu’est un accent « neutre ». Or, toutes les variations de prononciation impliquent des représentations. Médéric Gasquet-Cyrus, « spécialiste du marseillais » selon les médias, rappelle que même l’accent dit « parisien » est un accent. En français, l’accent que l’on qualifie de « standard » a évolué en s’appuyant sur des groupes sociologiquement dominants : haute bourgeoisie parisienne, médias (radio, TV), classes moyennes favorisées par exemple.
Depuis plusieurs années, des chercheurs et chercheuses regroupées dans un collectif tentent de déterminer les contours d’un français de référence en s’appuyant sur les similitudes qui existent entre tous les parlers de la francophonie. Le projet « Phonologie du français contemporain » a ainsi permis de mettre à disposition du grand public des accents à entendre.
Il faut également noter que la valeur que l’on attribue à un accent (fort, doux, romantique, dur) dépend largement des individus, des époques et des groupes sociaux. Toutefois, Iván Fónagy, philologue hongrois, a mis en évidence que les individus ont tendance à attribuer les mêmes propriétés à des sons dans son ouvrage La vive voix : Essais de psychophonétique : le /r/ un son bagarreur, le /i/ comme petit, le /u/ (la graphie « ou ») comme opulent, etc.
Supprimer ou garder, l’œuf ou la poule ?
En sociologie, Wayne Brekhus pose la question de la nécessité de porter un regard sur l’invisible et de traiter en même temps le marqué et le non marqué – l’accent et ce que l’on considère être un non-accent. Cela amène à revoir les rapports de pouvoir qui existent entre les individus et la manière dont on homogénéise le marqué : celui ou celle qui a (selon les autres) un accent.
Aussi, nous sommes amenés à questionner comment les technologies émergentes peuvent nous rendre plus « acteur » ou « actrice » qu’« automate », selon Catherine Pascale, en participant à la création d’un cadre éco-éthique. Supprimer un accent, c’est valoriser un type d’accent dominant tout en négligeant le fait que d’autres co-facteurs participeront à la perception de cet accent tout autant que l’émergence de discriminations sur la langue. Supprimer l’accent ne supprime pas les discriminations. Au contraire, l’accent fait entendre l’identité participant ainsi à des phénomènes d’humanisation, d’adhésion au groupe voire d’empathie : l’accent est bien altéritaire.
Si l’évolution des technologies par l’intelligence artificielle et le deep learning proposent à la société des potentialités encore inexplorées, elles peuvent également conduire à une dystopie où la déshumanisation conduit à reléguer au second plan le rôle politique et social, pourtant majeur, sur le vivre ensemble et la diversité dont fait écho la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle.
Plutôt que de les cacher, il semble nécessaire de sensibiliser les recruteurs à la manière dont les accents peuvent participer à la satisfaction client et que les politiques se saisissent de cette question. Si l’Assemblée nationale avait fait un pas fort en votant, en 2020, un texte interdisant les discriminations à l’accent, La Provence rappelle que le Sénat ne semble pas s’en saisir puisqu’il n’apparaît toujours pas à son ordre du jour, deux ans plus tard.![]()
Grégory Miras, Professeur des Universités en didactique des langues, Université de Lorraine
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was ist... ZEIT?
Par
blatt-christophe
Le 11/12/2022
Was ist ZEIT?
Dieser Artikel analysiert diese alte, uralte und immer neue Frage:
Théophile : « Pourquoi le temps ne va que vers le futur et jamais vers le passé ? »
Michel Tytgat, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Tu touches là à une question vieille comme le monde et qui reste dans une large mesure un mystère, riche en paradoxes et en controverses. « Qu’est-ce que donc le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Si quelqu’un pose la question et que je veux l’expliquer, je ne sais plus ». Dans sa quête du temps, Augustin d’Hippone (Algérie) ira bien sûr plus loin, mais le dilemme qu’il soulève au IVe siècle reste d’actualité.
Sauf à souffrir d’une des multiples formes de pertes de mémoire, nous pouvons plus ou moins bien nous souvenir du passé, mais, et c’est regrettable, nous ne pouvons plus agir dessus. Aussi, si nous pouvons avoir une vague idée de notre futur immédiat, de ce que nous ferons dans une heure, voire lors de nos prochaines vacances, l’avenir reste indécis.
Quelle est donc l’origine de cette « flèche du temps », comme l’a appelée l’astrophysicien Eddington ? Pour lui, un des paradoxes de la physique est que la flèche du temps est absente des lois fondamentales de la Nature. Pour rester dans un cadre simple, considérons les lois de Newton ou lois de la mécanique classique. Elles permettent de déterminer le mouvement d’objets simples lorsqu’ils sont soumis à des forces, par exemple la gravité. Ces lois sont réversibles. Cela veut dire que si on filmait le mouvement d’une particule sous l’action d’une force, il nous serait impossible de dire si le film nous est projeté à l’endroit ou à l’envers. Et il en ainsi pour toutes les lois fondamentales connues et vérifiées, et ce y compris en mécanique quantique. Le temps peut s’écouler dans un sens ou dans un autre, peu importe.
Très bien, mais c’est clairement en contradiction avec notre expérience quotidienne ! Si une bouteille de jus de fruits en verre m’échappe des mains et tombe – en suivant pour le coup les lois de Newton – elle a toutes les chances de voler en éclats en touchant le sol. Si une personne devait filmer ce moment embarrassant, elle n’aurait aucun problème à faire la différence entre une projection de ce film à l’endroit ou à l’envers car personne n’a jamais vu des débris de verre et des gouttes de jus se regrouper pour spontanément reconstituer la bouteille. C’est regrettable, mais c’est comme ça.
Or, dans une large mesure, notre bouteille de jus est soumise aux mêmes lois que les objets simples. La grande différence est que lorsqu’elle casse (et que son jus se répand), elle se décompose en une myriade d’objets simples (débris de verre et gouttes). C’est là une clé de l’irréversibilité.
Alors que notre bouteille est un objet ordonné et structuré, dont la chute est simple et déterminée, ses débris sont grandement désordonnés et ont de multiples manières de se répandre dans l’espace : il y a une seule bouteille mais d’innombrables versions de la bouteille cassée. Alors que chacun des débris est soumis à des lois déterminées et réversibles, tenter de suivre leur évolution un à un deviendrait rapidement impraticable. En outre, si tant est que nous ayons cette capacité, la moindre altération provoquée par un élément extérieur – une goutte s’évaporant, un petit coup de balai sur les morceaux de verre – rendrait la tâche réellement impossible. Le futur est hautement contingent : une chose peut se produire… ou pas.
Cette évolution vers le désordre est une des lois de la nature. Mais ce n’est pas une loi fondamentale. C’est ce qu’on appelle une loi émergente. Elle existe parce qu’il y a une nouvelle distinction à faire dans le comportement de la matière lorsque l’on passe d’un petit à un grand nombre de constituants. En principe, rien n’empêcherait que notre bouteille ne puisse se reconstituer. En pratique, c’est infaisable car il faudrait pour ce faire maîtriser un grand nombre de paramètres et ce avec une très précision infinie. Dès lors, cela devient hautement improbable. Cette nouvelle loi, valable lorsqu’il y a un grand nombre de constituants, est caractérisée par une nouvelle quantité physique qu’on appelle l’entropie.
La flèche du temps, phénomène macroscopique et émergent, est associée à la tendance qu’a l’entropie d’augmenter, cette tendance naturelle qu’à l’ordre à évoluer vers le désordre.
Dès lors, une question clé est de savoir comment l’ordre peut exister s’il ne s’agit de l’état le plus probable ? Dans le cas de la bouteille, la réponse est claire. C’est un produit manufacturé qui a nécessité de l’énergie sous des formes diverses et variées pour devenir un objet structuré (la bouteille et son jus). Reste que son destin est de se dégrader à plus ou moins court terme et il en est ainsi pour toute chose ordonnée, à commencer par les corps vivants et, voyons large, l’Univers dans son ensemble.
Dès lors, l’origine de la flèche du temps de l’Univers (pour rappel, notre Univers est en expansion et aurait un âge d’environ 13,6 milliards d’années) revient à se demander pourquoi il est apparu « ordonné ». Les anciens ne s’y trompaient pas. Cosmos est issu du grec κόσμος, kósmos, « bon ordre, ordre de l’Univers ». La science propose une réponse partielle qui repose sur l’hypothèse de l’inflation, une expansion rapide qui aurait eu lieu au tout début de l’Univers. Son lien avec l’émergence de la flèche du temps reste matière à débat et touche à la nature même du temps en Relativité générale, mais ceci est une autre histoire.
Si toi aussi tu as une question, demande à tes parents d’envoyer un mail à : tcjunior@theconversation.fr. Nous trouverons un·e scientifique pour te répondre.![]()
Michel Tytgat, Physicien, Directeur de Recherches FNRS, Professeur ULB, Université Libre de Bruxelles (ULB)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was ist... Totalitarismus?
Par
blatt-christophe
Le 01/10/2022
Nationalismus bedeutet ... KRIEG. Und Dikataturen wollen Krieg, denn Krieg und Gewalt halten Dikaturen an der Macht.
Wir können wir die Diktatur erkennen?
Gewaltherrschaft zeigt sich auch in der Sprache. Es ist die Propaganda, die aus Individuuen, aus Menschen Feinde macht und die damit jedes Unrecht legitimieren will.
Dieser Artikel zeigt die Elemente, die Diktaturen nutzen, um Krieg, Unrecht und Gewalt vorzubereiten.
À quoi reconnait-on un discours totalitaire ou fasciste ?
Le jeudi 24 février, lorsque Poutine déclare à l’aube vouloir « protéger les personnes victimes de génocide de la part de Kiev » et « arriver à une dénazification de l’Ukraine », il réitère un leitmotiv bien connu et récurrent depuis 2014. Paradoxalement ici, dénoncer le « nazisme » revient à en utiliser la rhétorique binaire – les « néonazis ukrainiens » représentant le Mal absolu, une vermine à éliminer. Mais cette guerre n’est pas qu’une guerre de mots, elle est aussi une guerre d’images, que les Ukrainiens comptent bien gagner. Le compte officiel de l’État ukrainien reprenait ainsi cette caricature, comme réponse à la déclaration russe.
En lien avec ce contexte, est-il possible d’établir une liste des items caractéristiques de la pensée et des discours totalitaires ? Quels sont les traits pertinents et distinctifs du fascisme ? De nombreux penseurs ont tenté de répondre à cette question. Le linguiste Victor Klemperer a ainsi étudié de près la langue du troisième Reich, l’écrivain George Orwell a proposé la notion fertile de « novlangue », enfin le sémiologue Umberto Eco, dans son ouvrage Reconnaître le fascisme partage sa biographie et une liste de traits caractéristiques.
Ces éléments nous permettent d’élaborer plusieurs points. D’une part, il ressort que la pensée totalitaire se définit par principe comme l’exclusion de la diversité des pensées. D’après le CNRTL, l’adjectif « totalitaire » s’applique au domaine politique comme ce qui fonctionne sur :
« le mode du parti unique interdisant toute opposition organisée ou personnelle, accaparant tous les pouvoirs, confisquant toutes les activités de la société et soumettant toutes les activités individuelles à l’autorité de l’État ».
Plus subtilement, la philosophie sous-jacente est celle « qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. » Il y a bel et bien concordance sémantique entre la représentation politique que nous avons du totalitarisme et la racine du mot qui renvoie à une pensée « totale/
totalisante », excluant par principe la diversité des pensées.
Le rôle de la personnalité
Dans sa dernière conférence, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik propose une lecture de la résistance à la doxa totalitaire.
Selon lui, la pensée paresseuse et le « psittacisme » (récitation et répétition du perroquet) sont délicieux et sécurisants, ils apportent des bénéfices affectifs. À l’inverse le travail d’élaboration de la pensée critique a des effets moins euphorisants et ne réveille pas notre sentiment d’appartenance.
C’est pour cela qu’il existe une véritable déclinaison sémiologique dont les systèmes totalitaires sont friands : gestuelle spécifique de reconnaissance (gestes de salutation, notamment), codes vestimentaires spécifiques (uniformes et/ou symboles), langage formaté (distorsions syntaxiques et sémantiques qui viennent contaminer la langue parlée) : ainsi, des figures de style et des métaphores vont être utilisées dans une fréquence plus élevée, notamment afin de séparer le monde en deux pôles, à savoir « nous » contre « les autres », notion largement travaillée par l’analyste de discours Ruth Wodak. C’est aussi pour cela que les discours d’extrême droite peuvent paraître aussi sécurisants et rassurants.
Quel est le lien entre fascisme et totalitarisme ?
Umberto Eco nous le rappelle, le mot « fascisme » est une synecdoque – figure de style qui consiste à donner à un mot ou une expression un sens plus large ou plus restreint que sa propre signification – mais également un syncrétisme : il est moins une idéologie monolithique que le collage d’idées politiques et philosophiques parfois contradictoires. Le terme fascisme est donc « fuzzy » (terme anglais utilisé tel quel par le sémiologue), c’est-à-dire sans contour net ni précis.
En fait, le langage totalitaire se structure petit à petit, dans ce que l’on appelle une période préfasciste (et que nous traversons en ce moment par ailleurs, comme le souligne l’historienne Ludivine Bantigny), et qui met en lien exercice du pouvoir politique et dispositions langagières afin de mettre en œuvre des stratégies de persuasion et de séduction des destinataires des discours, ce qui fait notamment écho aux travaux de Bradford Vivian.
Mais pour que cet ensemble fonctionne, il faut également une incarnation du discours par la figure du leader charismatique.
Le culte d’un leader charismatique
Benito Mussolini se faisait ainsi appeler « l’Homme de la Providence », en plus du Duce qui peut se traduire par « guide ». Le surnom d’Hitler était à peu près équivalent : « Mein Führer » peut se traduire par « mon guide ». Staline fut quant à lui « l’Homme de fer » et le « Petit Père du Peuple ». Plus récemment, Bolsonaro devient ainsi « O Mito », à comprendre « le Mythe », et Erdogan reste « el reïs » (le chef).
Derrière ces surnoms se cache la volonté de devenir l’interprète du « vrai peuple », d’une pensée que l’on rêverait commune, mais qui ne peut, par définition, qu’être diverse.
Le peuple, en tant qu’entité nationale, est une fiction ; c’est notamment ce que rappellent les travaux d’Anne-Marie Thiesse. Le leader totalitariste, qu’il soit d’extrême droite ou d’extrême gauche, se positionne comme celui étant le seul capable de connaitre ce qui trouble la classe « prolétaire » ou « populaire », c’est-à-dire celle qui aurait du accéder au même confort matériel et social que celui de la petite bourgeoisie, mais dont le mouvement d’ascension a été contraint et ralenti, voire stoppé par le contexte, créant ainsi une véritable frustration.
Ce même leader est capable de désigner le Mal de la société, pour y apporter la réponse ultime. Il a LA réponse puisque c’est LE héros. Et souvent, cette réponse se matérialise sous la forme d’un « intrus » qu’il convient d’éradiquer le plus efficacement possible, sous peine de voir s’éloigner « un Âge d’or » pourtant accessible.
Ces intrus sont souvent représentés comme opposants au traditionalisme. Dans un monde totalitaire, il ne peut y avoir d’avancées du savoir : la vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes. Bien sûr, les stratégies d’infantilisation des masses ne peuvent être remises en cause dans cet environnement où le décideur est tout-puissant. D’ailleurs, le refus de la démocratie parlementaire peut également se lire sous ce prisme.
La peur de la différence
La journaliste turque Ece Temelkuran nous rappelle l’un des items les plus caractéristiques de la pensée totalitaire : la mort provoque une indifférence. Elle relève ainsi une parole mainte fois entendue à propos des opposants à Erdogan : « qu’il repose en paix, il n’avait qu’à pas s’opposer à Erdogan ».
En ce sens, on voit encore à quel point le langage illustre, décrit ou renforce la structure sociale totalitaire en montrant un état de fait. Ici, c’est à travers un style proverbial qu’une certaine distance est prise, qui permet à la fois de montrer l’omniprésence de la mort et l’impuissance face au régime – et aussi que la mort, d’une certaine manière, semble apporter la seule libération possible, ce qui est rhétoriquement extrêmement tragique.
La mort d’autrui est ainsi justifiée et approuvée, d’autant qu’elle ne remet pas en cause le système dans lequel elle s’énonce. Le rapport à l’altérité se détermine autour de la notion d’appartenance au groupe, en excluant tous ceux qui n’en ont pas le profil ; un tropisme bien connu des travaux sur l’identité, notamment ceux, particulièrement brillants de Rogers Brubaker et Frederick Cooper.
Le fascisme a pour terreau le fantasme d’un groupe unique, incarné dans le discours, uni par des croyances mais aussi des caractéristiques physiques supposées identiques : de sexe, de genre, de comportements. En un mot : d’identité, qu’elle soit naturelle ou culturelle, ou bien évidemment nationale – puisque c’est là l’un des fantasmes majeurs du fascisme.
Les femmes sont ainsi relayées à une imagerie d’obéissance, de soumission et d’assignation à un rôle social traditionnel déterminé. De ce point de vue là, la fille de Trump ou d’Erdogan coche les mêmes cases de soumission idéale au patriarcat. L’identité religieuse est également un point de rassemblement (et de séparation). Pour Erdogan, il y a ainsi les « vrais musulmans », comme pour d’autres les « vrais chrétiens ». Peu importe les époques, se sont les mêmes schèmes sous-jacents qui se déclinent en fonction des cultures et des géographies. L’humiliation, la dépréciation et la stigmatisation se trouvent au centre de ce processus de désignation de l’altérité – avec pour conséquence ultime la violence.
Les distorsions linguistiques pour en finir avec la pensée critique
Dans un monde totalitaire, toute pensée critique devient intolérable. Elle est vécue comme une trahison, voire comme une agression contre laquelle il est urgent de se défendre et de riposter. Le phénomène est complexe car il touche au fondement même de l’éthos de vérité. Le fascisme s’engouffre ainsi dans la faille du relativisme à tout crin est un des items majeurs : puisque tout se vaut, rien ne se vaut.
Comme nous le rappelle Ece Temelkuran, la mutation qu’a subie la perception humaine et qui rend possible la fragmentation de la réalité s’est tellement bien passée que la question de la moralité est devenue dénuée de sens, voire d’intérêt. Les faits et la vérité sont devenus ennuyeux. Et comme nous le rappelle à juste titre Etienne Klein :
« la nuance […] c’est un peu emmerdant et les gens qui parlent sans nuance donnent l’impression d’avoir raison ».
Par ailleurs, les distorsions sémantiques et les réductions syntaxiques appauvrissent la langue afin de limiter un raisonnement trop complexe et/ou critique. L’usage banalisé des euphémismes (« dommages collatéraux », « poulets d’élevage », etc.) et des oxymores (« carbone vert », « écologie de production ») neutralisent notre pensée critique.
Comme le relève la sémiologue et notre co-autrice Elodie Mielczareck dans son ouvrage Anti Bullshit :
« Ces stratégies visent à lisser le discours, notamment pour favoriser le consensus et l’adhésion […] Les mots en eux-mêmes peuvent contaminer toute une langue.
De fait, alertait Victor Klemperer, « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ».
Il y a une telle obsession du consensus et une telle crainte du dissensus, que ce dissensus a fini par être littéralement privatisé, notamment par certaines chaînes d’information en continu.
La toile de la pensée totalitaire
Les exemples choisis renvoient volontairement à des régimes autoritaires passés (le nazisme, par exemple), ou actuels (en Turquie, notamment). Évidemment, la pensée totalitaire ne se réduit ni géographiquement à quelques continents éloignés du notre, ni temporellement à une époque éloignée de la notre.
Ces derniers mois ont montré comment les démocraties pouvaient, elles aussi, rapidement tomber dans la toile de la pensée totalitaire. L’impression de préfascisme décrite par Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, par exemple, s’est largement illustrée dans les discours de Donald Trump, de Jair Bolsonaro ou bien encore de Vladimir Poutine, qui peuvent rapidement passer du langage aux actes, comme l’actualité nous le montre de manière tragique, concernant l’Ukraine. De ce point de vue là, la citation de Gilles Deleuze sur le néo-fascisme nous semble pertinente :
« Le vieux fascisme aussi actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […] »
Elodie Laye Mielczareck, sémiologue a co-rédigé cet article![]()
Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université Rennes 2
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Sprachen lernen!
Par
blatt-christophe
Le 14/06/2022
Wir lernen Sprachen, wenn wir eine Sprache lernen wollen.
Pourquoi autoriser le mélange des langues à l’école ?
Grégory Miras, Université de Rouen NormandieDepuis la fin des années 1960, les travaux qui portent sur l’acquisition des langues, tant chez l’enfant que chez l’adulte, s’intéressent à la manière dont les humains sont capables de développer une ou plusieurs langues initiales (la langue « maternelle » qui se conjugue souvent au pluriel) puis d’autres langues additionnelles (les langues « étrangères »).
Ces travaux ont mis en évidence le caractère complexe de ces processus, dont le phénomène d’attrition – le fait de perdre totalement ou partiellement sa compétence dans une langue (parfois sa langue « maternelle ») sous l’effet d’un manque d’actualisation de cette dernière, par la pratique par exemple.
Rappelons que, loin de la vision monolingue française, la grande majorité des humains sur terre est plurilingue. Une situation régulièrement soulignée à l’occasion de la journée européenne des langues.
Si les premiers travaux sur le plurilinguisme ont longtemps considéré le cerveau comme modulaire – c’est-à-dire que le cerveau classerait les langues indépendamment les unes des autres – les avancées en neurocognition tout autant que celles portant sur l’acquisition d’une troisième langue ont ouvert la porte à une compréhension plus complexe de la production du discours.
Pratiques pédagogiques
La manière de considérer le recours à plusieurs langues a évolué au fur et à mesure des avancées scientifiques du domaine. Dans un premier temps, il a été question de considérer les compétences plurilingues comme la capacité à mobilier plusieurs langues de manière superposée et cumulative donc indépendante. Ensuite, cette même compétence a été considérée sous l’angle d’un entrelacement temporaire entre deux ou plusieurs langues – « certains mots transparents ou des faux amis en français se glissent quand je parle en anglais ». Enfin, des travaux plus récents décrivent une approche transversale des langues du répertoire des individus qui transcendent les frontières entre les langues.
Les fondements du « translanguaging » s’inscrivent dans l’école britannique, pour ne pas dire galloise (Trawsieithu), avec les travaux de Cen Williams, dans les années 1980. À ce moment-là, l’objectif pédagogique était de valoriser, à l’école, les langues locales confrontées à l’anglais britannique comme langue d’enseignement. Pour ce faire, la mobilisation et la valorisation des deux langues, pour des objectifs conjoints en production et en perception, étaient légitimées.
Des pratiques de ce type peuvent être identifiées dans d’autres espaces. Ainsi, en Argentine la lecture-compréhension, où les apprenants lisent un texte en langue étrangère et en produisent une synthèse en espagnol, est bien institutionnalisée.
Dans les années 2000, l’école américaine du « translanguaging », incarnée par Ofelia García, élargit ce principe pédagogique vers une compréhension des processus cognitifs transversaux de la maîtrise des langues. Dans son contexte, il s’agissait de réfléchir à l’accompagnement des enfants hispanophones dans le sud des États-Unis d’Amérique où l’anglais américain, comme langue d’enseignement, est un facteur d’échec scolaire. Il s’agit ainsi de reconnaître que les individus ne segmentent pas les langues de leur répertoire mais qu’ils développent des pratiques sociales transversales spécifiques en fonction des contextes de production du discours.
Dans un dispositif pédagogique, les apprenants peuvent lire des ressources dans les langues qu’ils maîtrisent, puis collaborent de manière plurilingue dans la production d’une synthèse dans la langue et la norme visées (le français académique, par exemple) puis terminent par la rédaction d’un texte synthétique dans l’une de leurs langues initiales. Ce principe dépasse le simple fait de « mélanger » des langues comme le font des sketches humoristiques sur l’apprentissage des langues ou des publicités pour des cours d’anglais.
Il est à noter que le terme de « translanguaging » a été traduit et prend des acceptions très différentes dans la recherche francophone comme le précise Guillaume Gentil, professeur en linguistique appliquée à Carleton University. Les principes définis par le « translanguaging » peuvent également apparaître dans d’autres concepts contemporains et francophones comme « la compétence plurilingue » théorisée par Coste, Moore et Zarate et reprise dans le Cadre Européen Commun de Références en Langues (CECRL).
Vers un activisme translingue
Au-delà de la simple description de pratiques pédagogiques ou de processus cognitifs, le « translanguaging » convoque un activisme translingue selon Alastair Pennycook, professeur à l’université de technologie de Sydney. En effet, reconnaître l’existence de cette conception transversale des compétences langagières conduit à des transformations sociétales ayant des répercussions sur les politiques linguistiques.
Le chercheur s’intéresse notamment aux pays où l’anglais a minoré la pratique des langues régionales endogènes et aux formes de libéralisme linguistique (le globish, par exemple).
Cette vision impacte également les politiques éducatives en langues et le cloisonnement des langues étrangères dans les « salles de classe ». Il est question d’ouvrir ces dernières au monde en favorisant une approche par tâches permettant de mieux reconnaître la réalité des pratiques (trans)langagières effectives.
Cependant, il est important de noter que les travaux qui vont dans ce sens suggèrent de reconnaître l’intérêt de valoriser les usages complexes des individus quand il s’agit de « manipuler » plusieurs langues pour réaliser une tâche. Cette reconnaissance ne conduit pas au fait de penser que tout doit se mélanger et l’on pourra attendre des individus qu’ils soient capables, au terme de ce processus translingue, de réaliser une production selon les attendus sociaux, dans la langue étudiée (une dissertation académique, une lettre de motivation, un texte poétique, etc.).
Pour ce faire, Marie-Françoise Narcy-Combes, professeure émérite en didactique des langues, et ses co-auteurs proposent dix principes fondamentaux dont les principaux sont les suivants.
Pour l’apprenant, il s’agit de l’accueillir comme un être unique, complexe et multi-facettes qui ramène avec lui ses connaissances, ses aptitudes et ses expériences culturelles et émotionnelles. Cela conduit à valoriser (et avoir recours) à toutes les langues qu’il parle. Il n’y a pas de « sous-langue » dans un dispositif pédagogique. Cela aura d’autant plus de sens si l’enseignant fait en sorte que l’apprenant soit amené à communiquer dans la langue visée avec des personnes d’autres pays. L’investissement de l’enfant sera d’autant plus important que le travail se fait en faveur du développement de sa créativité, en favorisant un cadre d’apprentissage stimulant.
Pour l’enseignant, il est toujours plus efficace d’être bienveillant et encourageant en proposant des objectifs d’apprentissage clairs et réalistes pour s’assurer que les apprenants les comprennent. Il est pertinent de mettre en place des tâches en lien avec le monde social en dehors de l’école et d’adapter les étapes de travail en fonction des besoins qui émergent au fil de la réalisation de l’exercice.
L’enseignant ne peut avoir toutes les solutions. Il est donc primordial d’encourager la collaboration entre pairs et les interactions sociales (notamment pour l’évaluation par des membres extérieurs au dispositif) mais aussi d’identifier tous les outils facilement disponibles qui permettront aux apprenants de devenir acteurs dans la langue étudiée. Alors comparons nos langues !![]()
Grégory Miras, Maitre de conférences en didactique des langues et prononciation, Université de Rouen Normandie
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
IA: Künstliche Intelligenz?!?
Par
blatt-christophe
Le 19/05/2022
L'intelligence artificielle dans nos vies, au travail: s'adapter ou périr?
Nadia Naffi, Concordia University
À l’ère de la quatrième révolution industrielle, entreprises et travailleurs courent le même risque d’extinction. Pour y faire face, ils doivent faire preuve d’initiative et savoir s’adapter.
À la suite de mes recherches sur le passage de l’état de témoin passif à celui d’agent de changement, j’avance qu'une formation permettant de développer nos connaissances et notre savoir-faire est nécessaire à l’adaptation à l’âge de l’intelligence artificielle (IA).
Mais elle ne suffira pas. Un milieu empathique et empreint de soutien ainsi qu’un apprentissage de soi sont également cruciaux.
La révolution de l’IA est là
La révolution de l’IA est amorcée. La technologie évolue à une vitesse remarquable. La question n’est plus de savoir si l’on s’en sert ou non, mais plutôt comment mieux collaborer avec elle.
Les technologies ambiantes, telles que Siri, Alexa ou Cortana, s’intègrent sans heurt dans nos interactions. Et ce n’est qu’un début.
L’IA émotionnelle apprend aux robots à éprouver de l’empathie. Les articles sur Google AI révèlent la manière dont l’IA aide les gens à résoudre divers problèmes. Les experts s’empressent de prédire comment nous vivrons avec l’IA dans un avenir rapproché, comment il interagira dans le domaine de la santé.
On observe à Montréal une convergence de l’expertise en matière d’IA. Ainsi, le Centre hospitalier de l’Université de Montréal a fondé l’École de l’intelligence artificielle en santé. Quant à Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle mené par Yoshua Bengio – plus grand spécialiste mondial de l’apprentissage machine et lauréat du prix Turing –, il accélérera le développement de l’IA au Québec.
En France, le gouvernement veut faire du pays « la première terre d’accueil des centres de données en Europe », et les intervenants de l’AI France Summit discutent des « potentialités de l’écosystème France en matière d’intelligence artificielle ». L’Agenda de l’intelligence artificielle prévoit par ailleurs nombre d’événements.
Une tâche qui dépasse l’humain
Les technologies de rupture progressent, la démographie évolue, le pouvoir des consommateurs et l’économie à la demande augmentent, les marchés de talents mondiaux sont en plein essor. L’avenir du travail s’en trouve façonné dans tous les domaines, notamment l’éducation, la cybersécurité, le transport, les soins de santé, la musique et l’agriculture.
Les travailleurs « humains+ » sont ceux qui œuvrent aux côtés des machines pour parvenir à une intelligence collaborative. Ils consolident leurs connaissances, leurs compétences et leurs expériences individuelles au moyen d’un ensemble de capacités technologiques pour améliorer leur rendement.
Enseigner l’adaptabilité
Le 12 février 2019, à l’occasion du CIO Montreal Summit, j’ai abordé la manière de composer avec les technologies de rupture et la diversité, facteurs qui transforment le milieu de travail. Après la table ronde, une participante m’a posé une question clé : comment enseigner l’adaptabilité, soit la capacité de s’accommoder à de nouvelles conditions et de s’épanouir dans de nouveaux environnements, aux dinosaures humains?
« S’adapter ou périr » demeure un mantra du monde des affaires. L'adaptabilité des employés constitue pour eux la clé d’un avenir où nombre des tâches ne peuvent encore être imaginées.
Les employés de la prochaine génération devront être formés comme des humains+ avant d’entrer sur le marché du travail, et la main-d’œuvre actuelle devra se soumettre à une mise à niveau et à un renouvellement continus de ses compétences.
Or, on a peu fait pour repenser la formation et le perfectionnement nécessaires au milieu de travail de l’avenir. Certes, comme la créativité, une autre compétence générale recherchée, l’adaptabilité se révèle plus complexe qu’il n’y paraît.
Elle va au-delà des connaissances et du savoir-faire. Elle exige un changement d’attitude qui ne se produit qu’en révisant nos construits, en tenant compte de nouvelles perspectives et en comprenant que les technologies s’ajoutent à nos propres capacités plutôt que de les remplacer.
Humain contre machine
Beaucoup associent l’IA aux récits de science-fiction, comme la série de films Terminator, où le principal objectif de la technologie est de contrôler, voire d’exterminer la race humaine.
D’autres sont influencés par les mises en garde répétées d’experts du monde entier contre l’IA et la domination technologique. Ainsi, le fondateur de Tesla, Elon Musk, a déclaré à plusieurs reprises que l’IA est plus dangereuse que les armes nucléaires et peut devenir un dictateur immortel. Quant à James Barrat, il s’emploie à mettre en lumière la course à l’intelligence qui se dessine selon lui non pas entre géants de la technologie, mais entre humains et machines.
La technologie a éliminé des emplois dans le passé et en éliminera d’autres dans un avenir rapproché. Les emplois de demain exigeront de la main-d’œuvre actuelle qu’elle s’engage à pratiquer un apprentissage continu.
Par ailleurs, les problèmes éthiques de l’IA n’ont pas encore été résolus, et l’établissement d’un code en la matière s’avère complexe.
Depuis la présentation de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, en novembre 2017, jusqu'à son adoption, en décembre 2018, 1 130 citoyens et 28 organismes signataires se sont engagés à favoriser le développement et la mise en œuvre socialement responsables d’une IA qui sert la société et lui profite.
Une évolution empathique
Les dinosaures humains peuvent-ils s’adapter? Je dirais qu’ils le peuvent, mais qu’ils auront besoin du soutien empathique de tout un village.
Les entreprises qui veulent voir leur main-d’œuvre prête pour l’avenir du travail doivent adopter une approche proactive et aider leurs employés à trouver leur place dans le milieu de travail de demain. Surtout, elles doivent comprendre d’où vient la résistance au changement afin d’y remédier.
Simultanément, les entreprises doivent mettre à profit les capacités de leur main-d’œuvre qui ne sont pas propres à un contexte particulier et en faire usage de manière efficace. Avant tout, elles doivent trouver des moyens de préserver les emplois de leurs travailleurs. La peur d’être remplacés peut en effet rendre les dinosaures humains encore moins disposés à changer.
La dynamique d’équipe devrait fonctionner de manière empathique pour faciliter les collaborations entre humains ainsi qu’entre humains et machines, et appuyer chacun dans son processus d’adaptation.
À l’échelle individuelle, nous devons développer notre capacité mentale et émotionnelle ainsi que nos connaissances et compétences pour embrasser notre identité et notre attitude d’humain+. Enfin, nous devons vouloir nous adapter, ce qui exige de changer la manière dont nous voyons le monde. Une fois que nous avons défini et analysé l’essence de notre résistance au changement, nous pouvons élaborer des stratégies qui nous permettront de faire face aux incertitudes et d’expérimenter activement de nouvelles possibilités.
Grâce à cette expérimentation, nous pourrons repenser notre collaboration avec les technologies de rupture et modifier notre conception du milieu de travail de demain.
Le premier World Summit AI Americas, qui a lieu à Montréal le 10 et 11 avril 2019, rassemblera des sommités de l’intelligence artificielle. Outre les fascinantes discussions prévues sur le concept d’AI4Good, les solutions appliquées pour les entreprises, les ateliers pratiques et l’élaboration de plans de mise en œuvre de l’IA au cours de l’année à venir, j’encourage vivement les influenceurs qui seront présents à discuter de l’adaptation de la main-d’œuvre ainsi que de stratégies concrètes pour l’appuyer et la faciliter.![]()
Nadia Naffi, Assistant Professor in the Department of Education (Educational Technology), Concordia University
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PASCH: Eine Initiative für ... Zusammenarbeit.
Par
blatt-christophe
Le 05/10/2021
Die CC-Lizenzen im Überblick
Par
blatt-christophe
Le 19/08/2021
Die CC-Lizenzen im Überblick – Welche Lizenz für welche Zwecke?
Zur passenden Lizenz mit vier einfachen Fragen und einer Infografik
Gute Nachricht! Alles ist...in guter Schokolade!
Par
blatt-christophe
Le 06/04/2021
Diese COVID-Zeiten sind reich an schlechten Nachrichten und deshalb macht es Spaß, wenn man auch einmal eine gute Nachricht findet.
Was? Schokolade ist gut für die Gesundheit? Na Prima!
Dann brauchen wir nur noch... Nachhaltige Entwicklung, gerechte Preise
... und gute Arbeitsbedingungen für die Landarbeiter, die diesen wunderbaren Kakao herstellen.
Une brève histoire du chocolat et de ses surprenantes vertus pour la santé
Liam Corr, University of Huddersfield
Le chocolat sous toutes ses formes est un plaisir, que comme beaucoup, je m’octroie presque quotidiennement. Mais le chocolat tel qu’on le déguste aujourd’hui est très différent de celui qui était disponible en Europe, en provenance d’Amérique du Sud, vers le XVIe siècle.
Pour le peuple aztèque, le cacao était consommé sous forme de boisson et revêtait une grande importance culturelle et médicinale. Il était presque considéré comme une panacée qui pouvait guérir diverses affections, notamment la fièvre, la diarrhée, la fatigue, l’angine et la carie dentaire.
La croyance aztèque selon laquelle le cacao était un élixir divin était probablement due à l’idée qu’il était un cadeau de Quetzalcoatl, le dieu aztèque du vent et de la sagesse. C’est peut-être la raison pour laquelle le botaniste suédois Carl Linnaeus a nommé la plante Theobroma cacao, d’après les mots grecs anciens « theos » signifiant dieu et « broma » signifiant nourriture – « nourriture des dieux ».
Il est cependant plus probable que la raison de tout bénéfice potentiel soit due à la forte concentration de polyphénols trouvés dans le cacao naturel – connus sous le nom de flavanols de cacao. Les polyphénols sont des composés antioxydants présents dans les fruits et légumes qui protègent l’organisme contre les radicaux libres, dont un excès a été lié à diverses maladies. Ainsi, même si le cacao n’est pas la panacée, les recherches montrent qu’il est plus qu’un simple plaisir coupable.
Un passé riche
Le responsable présumé de l’intégration du cacao en Europe est Hernan Cortes, un conquistador espagnol (soldat et explorateur) de retour du « Nouveau Monde ».
En 1518, Cortes et ses hommes arrivèrent dans ce qui est aujourd’hui le Mexique et se sont dirigés vers la capitale aztèque de Tenochtitlan. Pendant leur séjour au Mexique, les Espagnols ont dégusté une boisson amère appelée « chikolatl ». Cette boisson contenait des fèves de cacao torréfiées qui étaient écrasées, puis bouillies dans de l’eau avec des épices et du piment.
La première exposition à la boisson n’a pas été une réussite pour les Espagnols, qui l’ont jugée trop amère et presque désagréable. Mais ayant vu Montezuma II, roi des Aztèques, consommer la boisson environ 50 fois par jour, Cortes s’est intéressé au potentiel du cacao et a cherché à le ramener en Espagne après sa conquête.
Une fois en Europe, les fèves de cacao ont été broyées et mélangées à du miel et du sucre, devenant ainsi une boisson populaire parmi l’élite. Finalement, au XIXe siècle, la première tablette de chocolat a été fabriquée par Joseph Fry and Sons, créant ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de chocolat.
De la fève à la tablette
Alors que les fèves de cacao sous leur forme naturelle contiennent une grande quantité de composés antioxydants, les processus impliqués dans la transformation des fèves en barres chocolatées réduisent la teneur en flavanol du cacao, diminuant ainsi les propriétés antioxydantes du cacao.
En effet, la recherche montre que la poudre de cacao naturelle contient presque dix fois plus de flavanols que le cacao qui a subi ce processus.
Quant aux tablettes de chocolat, le chocolat noir contient presque toujours une plus grande concentration de flavanols que le chocolat au lait. Par exemple, une portion de 25 g de chocolat noir à fort pourcentage (plus de 75 %) peut contenir plus de 80 mg de flavanols de cacao, contre environ 10 mg ou moins par 25 g pour une barre de chocolat au lait.
Les vertus du chocolat pour la santé
Des recherches ont montré que le chocolat noir et les produits à base de cacao contenant au moins 200 mg de flavanols de cacao peuvent améliorer l’élasticité des vaisseaux sanguins, ce qui favorise la circulation sanguine. Et la consommation régulière de flavanols de cacao – même à des doses de 80 mg par jour – améliore la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater ou à s’étendre, ce qui aide le corps à réguler la pression sanguine et le flux sanguin vers les organes.
On pense que cela est dû au fait que les flavanols de cacao augmentent la concentration d’oxyde nitrique bioactif. Il s’agit d’une molécule impliquée dans l’élargissement des vaisseaux sanguins qui a également des propriétés anti-inflammatoires et réduit la formation de caillots sanguins, ce qui peut avoir des effets bénéfiques sur la pression sanguine.
Les flavanols de cacao peuvent également augmenter le flux sanguin vers le cerveau, ce qui peut améliorer les performances cognitives. Et ils pourraient contribuer à réduire le déclin cognitif en protégeant le cerveau des dommages causés par les radicaux libres.
Outre leurs avantages cardiovasculaires et cognitifs, les flavanols de cacao pourraient également contribuer à améliorer la récupération musculaire après un exercice physique intense, grâce à leurs puissants effets antioxydants et anti-inflammatoires. Une étude récente a montré qu’une seule dose élevée de 1245 mg de flavanols de cacao (15 g de poudre de cacao à forte teneur en flavanols) améliorait légèrement la récupération musculaire.
La prochaine fois que vous aurez envie de chocolat, choisissez une variété noire à fort pourcentage ou une poudre de cacao naturelle pour ses bienfaits potentiels sur la santé.![]()
Liam Corr, PhD Researcher in the Department of Health Sciences, University of Huddersfield
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Wissenschaft. Wie kann man Objetivität in der Forschung definieren?
Par
blatt-christophe
Le 08/03/2021
Wissenschaft braucht Diskussion und gegensätzliche Meinung.
Dabei stellt sich immer und immer die Frage: Was ist die wissenschaftliche Methode?
Wie kann man Wissen und Realität erarbeiten?
Was ist Ideologie? Was Meinung? Was Propaganda?
Hier ist ein Beitrag zu dieser Diskussion.
« Maximiser l’objectivité et minimiser la neutralité » : du militantisme en sciences sociales
Irène Pereira, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)
Peut-on mener des recherches militantes dans les universités ? C’est l’une des questions que nous invite à regarder de plus près la polémique lancée par la ministre de l’Enseignement supérieur, demandant à l’Assemblée nationale le 16 février que soit lancé « un bilan de l’ensemble des recherches » qui se déroulent à l’université, afin de distinguer « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».
Pour répondre à cette question du point de vue de l’épistémologie des sciences sociales, il faut effectuer des distinctions conceptuelles.
Pour cela, nous appuierons sur une distinction proposée par le sociologue Boaventura de Sousa Santos (Université de Coimbra) entre neutralité et objectivité. Nous commenterons en particulier cette affirmation : « L’attitude du scientifique social critique consiste à maximiser l’objectivité et à minimiser la neutralité ».
Point de vue sur la connaissance
De Sousa Santos est connu pour son engagement militant dans les mouvements sociaux. Il est également un sociologue du droit de renommée internationale ayant enseigné aux États-Unis, en Angleterre et au Portugal.
La critique de la neutralité implique de s’opposer à une « vulgate positiviste » faussement attribuée à Max Weber. Il existe au contraire toute une tradition qui récuse la capacité du scientifique à pouvoir être neutre. En effet, une telle prétention relèverait d’une illusion sur soi qui laisserait supposer qu’il est possible au scientifique de s’abstraire par exemple de sa position sociale.
Cette critique de la neutralité se trouve présente depuis les épistémologies marxistes jusqu’aux épistémologies féministes du « point de vue ». Toute position sociale (de classe, de sexe…) implique un point de vue situé sur l’objet de la connaissance. Sur ce plan, une telle conception suppose impossible ce que l’on appelle en philosophie le « point de vue de Dieu » ou « point de vue de nulle part ».
Cela signifie donc pour Boaventura de Sousa Santos que plus un scientifique se pense neutre, comme c’est le cas dans la « vulgate positiviste », plus il risque au contraire d’être inconscient de son manque de neutralité. Plus, au contraire, on est conscient de son absence de neutralité, plus il devient possible d’être vigilant aux biais sociaux et cognitifs qui peuvent orienter le jugement.
Néanmoins, on aurait tort de penser que l’absence de neutralité conduit pour De Sousa Santos au relativisme épistémologique. Certes, il admet que les chercheurs et les chercheuses sont toujours socialement positionnés par rapport à leurs objets de recherche, et que ce positionnement peut impliquer également des intérêts de recherche émancipateurs.
C’est d’ailleurs ce qui caractérise « l’attitude du scientifique social critique » : il s’agit d’un ou d’une spécialiste en sciences sociales qui donne à sa recherche un objectif de transformation sociale émancipatrice. Une telle tradition est présente depuis au moins Marx et s’est poursuivie par exemple au sein de l’École de Francfort.
Néanmoins, le fait que les chercheurs et chercheuses en sciences sociales critiques ne soient pas neutres ne signifie pas qu’ils ne tendent pas vers l’objectivité. Par objectivité, il faut entendre un ensemble de critères et d’épreuves épistémiques, qui sont reconnues dans le champ académique du domaine scientifique concerné. Ainsi écrit-il :
« L’objectivité résulte de l’application rigoureuse et honnête des méthodes d’investigation qui nous permettent de faire des analyses qui ne réduisent pas à la reproduction anticipée des préférences idéologiques de qui les mène. L’objectivité résulte également de l’application systématique de méthodes qui permettent d’identifier des présupposés, des prénotions, les valeurs et les intérêts qui sous-tendent la recherche scientifique, qui en est soi-disant dépourvue. »
Comme on le voit, l’objectivité suppose non pas de prétendre à la neutralité (qui est une illusion), mais au contraire d’expliciter la position d’où est produite le discours de manière à en objectiver les possibles biais. Dans une certaine mesure, plus on se croit neutre, moins l’on risque d’être objectif.
Visée émancipatrice
Peut-on éradiquer de l’université les recherches militantes ? Il est nécessaire ici de distinguer les discours militants et les recherches à intérêt de connaissance émancipateur.
On ne va pas exiger des personnes qui dans l’espace public tiennent des discours militants de produire des critères qui sont ceux des scientifiques. Par exemple, on n’exige pas d’une production militante qu’elle s’accompagne de références avec des notes de bas de page provenant de publications académiques.
En revanche, dans l’espace universitaire, l’objectivité au sens où la définit Boaventura de Sousa Santos implique de se plier aux critères qui sont ceux de l’espace académique.
En revanche, cela n’empêche pas comme on l’a vu la production de recherches qui relèvent des sciences sociales critiques à visée émancipatrice. C’est dans l’œuvre du philosophe Jurgen Habermas, Connaissance et Intérêt, que l’on trouve la distinction entre trois types d’intérêt de connaissance dont l’une des modalités est l’approche critique orientée vers l’émancipation.
Ainsi, en philosophie et sciences sociales, si nous devions éradiquer les recherches qui ont une visée militante ou de réformes sociales, il nous faudrait mettre fin à l’enseignement de bon nombre de traditions académiques pourtant historiquement bien implantées.
Livrons-nous à une expérience de pensée. Si c’était le cas, il faudrait supprimer les courants marxistes. On pourrait alors imaginer dans les années 1960-70 interdire à Henri Lefebvre de professer. Il faudrait également interdire l’enseignement de la Théorie critique de l’École de Francfort. Faudrait-il alors imaginer que Herbert Marcuse, qui prônait la révolution et était une référence de la contre-culture américaine, serait interdit d’enseigner ?
Questions de légitimité
Penchons-nous sur un des courants de recherche internationaux les plus souvent mis en accusation à savoir l’intersectionnalité.
La notion d’intersectionnalité désigne une catégorie juridique introduite à la fin des années 1980 par la juriste africaine américaine Kimberlé Crenshaw. Sur son site Internet, le Conseil de l’Europe reprend la définition suivante :
« La discrimination intersectionnelle : lorsqu’une personne est victime de discrimination pour deux ou plusieurs motifs, qui agissent simultanément et interagissent d’une manière inséparable, produisant des formes distinctes et spécifiques de discrimination. »
Par exemple, cela voudrait-il dire qu’en sociologie, une femme handicapée, militante d’une association de lutte contre les discriminations des personnes handicapées, qui mènerait une étude sur « les risques de violences contre les femmes handicapées » et qui à la suite de son étude préconiserait des campagnes publiques mieux ciblées contre les violences subies par les femmes handicapées, serait illégitime dans ses recherches et ses objectifs ?
Comme on le voit, vouloir éradiquer en sciences sociales des recherches à visées militantes pose un certain nombre de difficultés. Et cela ne signifie pas que ces recherches ne peuvent pas avoir une légitimité dans la mesure où elles respectent des critères épistémiques d’objectivité scientifique.![]()
Irène Pereira, Professeur de philosophie, chercheuse en philosophie et sociologie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was hilft gegen...Rassismus?
Par
blatt-christophe
Le 27/08/2020
Témoignage : Le jumelage interculturel, un dispositif pour lutter contre les préjugés
L’ouverture sur le monde et le dialogue interculturel sont essentiels à la formation des jeunes. Mais en ces temps de pandémie, où les déplacements internationaux sont fortement réduits, et où certaines universités refusent même l’accueil des étudiant·e·s participant au programme Erasmus, comment maintenir des échanges ? Le jumelage interculturel, dispositif de formation initié à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) dans les années 2000, offre des réponses à ce défi.
Parti du constat que les étudiant·e·s de diverses origines ne se rencontrent pas sur le campus universitaire, le jumelage interculturel a d’abord proposé des échanges entre des étudiant·e·s immigrant·e·s apprenant le français à l’École de langues de l’UQAM pour s’intégrer au Québec et des étudiant·e·s participant à une sensibilisation aux préjugés, à la discrimination et au racisme dans leur formation.
Plus de 12 000 étudiant·e·s ont ainsi bénéficié de ce dispositif et réalisé ensemble une activité en lien avec leur formation. Le jumelage interculturel est soutenu par l’institution à travers le personnel qui l’organise, l’anime et l’évalue. C’est ce leadership transformateur qui est vecteur de changement social et qui garantit une bonne gestion des échanges.
Au fil des ans, le jumelage interculturel a été adapté aux besoins d’étudiant·e·s de divers programmes universitaires (travail social, sociologie, communication, psychologie, orientation de carrière, apprentissage des langues), de différentes institutions (scolaires et post-secondaires, centres communautaires), mais aussi de formations professionnelles comme celles des futurs policiers et policières. Ces échanges personnalisés peuvent se faire en présentiel ou à distance.
Un dispositif adapté à des publics variés
Parmi les nombreuses expériences de jumelage interculturel, celle concernant la formation des policiers et policières nous paraît pouvoir apporter des réponses aux problèmes de racisme et de violences policières qui ont suscité de multiples manifestations à travers le monde ces derniers mois.
Inspiré du travail de l’UQAM, le Cegep de Maisonneuve (collège d’études post-secondaires situé à Montréal) a organisé un jumelage interculturel dans le cadre d’un cours de sociologie donné à de futurs policiers et policières. Cela leur a permis de rencontrer des étudiant·e·s en francisation du Centre Yves-Thériault de la Commission scolaire de Montréal. Les enseignant·e·s, responsables en travail social, conseillers et conseillères pédagogiques des deux institutions ont découpé leur jumelage interculturel en trois séances avec l’objectif de sensibiliser leurs étudiant·e·s aux problèmes de communication dus aux préjugés que les personnes de la police ont à l’égard des immigrant·e·s et réciproquement. De quoi nouer de vrais échanges, au-delà des chiffres sur les violences policières et le racisme.
En 2019, la formule du jumelage interculturel a été retenue pour des étudiant·e·s de psychologie de Côte d’Ivoire et de France. Bien que les universités incitent leurs étudiant·e·s à s’inscrire dans des programmes de mobilité internationale en lien avec leur curriculum de formation, elles sont cependant moins nombreuses à proposer des dispositifs visant à réduire les préjugés nationaux et ethno-raciaux.
Deux promotions d’étudiant·e·s ayant peu d’expérience internationale, inscrites en master de psychologie du travail, l’une à l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, l’autre à l’Université de Lorraine à Metz, ont ainsi pu travailler ensemble. Les enseignants des deux pays se sont coordonnés pour leur permettre de réaliser en commun des entretiens de professionnels issus de leurs formations respectives.
Ce jumelage interculturel a fait prendre conscience des préjugés respectifs. La communication à distance ne semble pas avoir altéré les émotions. Provoquant de la surprise au début, elle a souvent contribué au plaisir et au désir de transformer cette relation virtuelle en véritable rencontre.
Une réflexion est en cours à l’Université de Lorraine pour étendre le dispositif à un plus grand nombre d’étudiant·e·s. Les restrictions en termes de mobilité internationale liées aux conditions sanitaires actuelles pourraient accélérer sa mise en œuvre dès cette rentrée.
Un dispositif prometteur
En présentiel, comme à distance, le jumelage interculturel constitue un des outils que les chargé·e·s de mission égalité-diversité en France et les référent·e·s EDI au Québec peuvent facilement mobiliser pour combattre les préjugés et les discriminations.
À distance, le jumelage interculturel invite à la rencontre et permet de s’y préparer tout en conservant les atouts du présentiel. Il permet aussi de se faire une meilleure idée des réalités du pays vers lequel l’étudiant·e pourrait voyager et poursuivre ses études. Le dispositif peut contribuer d’une part au développement d’une mobilité internationale des étudiant·e·s des pays du Nord vers ceux du Sud et d’autre part à la réduction de la fuite des cerveaux du Sud, inversant ou rééquilibrant les flux actuels.
Notons que le jumelage interculturel peut s’adapter à des situations hybrides. Par exemple, récemment à cause du confinement, des jumelages débutés en présentiel se sont poursuivis et achevés à distance. Et cette réorganisation entre rencontres directes et dialogue à distance permet aussi de répondre aux besoins de mieux réguler les déplacements pour réduire l’empreinte carbone et protéger l’environnement.
Le jumelage interculturel est un dispositif prometteur qui répond aux enjeux de la responsabilité sociétale des universités à un moment où nos sociétés doivent relever d’importants défis, celui d’une nouvelle géographie des mobilités liée à la pandémie, comme celui du racisme qui, pour l’académicien Dany Laferrière, n’est rien d’autre qu’un virus.![]()
Pascal Tisserant, maître de conférences en psychologie sociale ; vice-président délégué à l'égalité et à la diversité, Université de Lorraine; Narcisse Achi, Chercheur en psychologie sociale du travail et des organisations au CIERPA (Centre Ivorien d’Etude et de Recherche en Psychologie Appliquée), Université Félix Houphouët-Boigny. Cocody, Côte-d'Ivoire et Nicole Carignan, professeure à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre fondateur du Groupe de recherche sur les jumelages interculturels (GReJI)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
