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Menschenrechte

Wahlen... und wählen.

Par Le 01/07/2021

Abstention : au-delà de la crise sanitaire, les vraies raisons de la démobilisation

Tristan Haute, Université de Lille

Le premier tour des élections départementales et régionales de 2021 a été marqué par une participation historiquement faible : 32,59 % contre 50,17 % au premier tour des élections départementales de mars 2015 et 49,91 % au premier tour des élections régionales de décembre 2015. Ce recul exceptionnel, assez similaire à celui observé entre les élections municipales de 2014 et de 2020 (-19 points), est-il lié au contexte de crise sanitaire ?

Lors du premier tour des élections municipales de 2020, l’abstention était fortement corrélée au risque épidémique.

En juin, ce risque épidémique semble toutefois être un argument bien insuffisant pour expliquer la hausse de l’abstention, une majorité des adultes en âge de voter ayant reçu une première dose de vaccin.

Pas de démobilisation des personnes âgées

Les recherches relatives à l’abstention au premier tour des élections municipales de 2020 ont montré que les écarts de participation selon l’âge des électeurs s’étaient réduits, les personnes âgées, davantage à risque, s’étant davantage démobilisées. Cependant, dimanche dernier, l’écart de participation entre les 18-24 ans et les 65 ans et plus était bien plus important qu’en 2020, passant de 20 points à 31 points et se rapprochant ainsi des écarts de participation observés en 2015 (voir tableau 1).

Entre 2015 et 2020, ce sont les 65 ans et plus qui se sont le plus démobilisés alors que la participation des moins de 35 ans a stagné. Mais le constat est inverse entre 2020 et 2021 : les personnes âgées de 65 ans et plus se sont quasiment autant mobilisées (-3 points) alors que la participation décline fortement dans toutes les autres classes d’âge (entre – 13 et -17 points). Ce résultat peut expliquer les relatives contre-performances de la gauche et des écologistes dans certaines régions, ces partis ayant des bases électorales significativement plus jeunes.

La démobilisation des personnes âgées en 2020 et la réduction des inégalités de participation selon l’âge ne semblent donc avoir été qu’un épiphénomène lié au risque élevé, pour les personnes âgées en particulier, de développer une forme grave de la maladie. En d’autres termes, l’effet direct du Covid observé en 2020 a disparu en 2021, du fait de la campagne de vaccination et de la moindre circulation du virus.

Un nouveau « gender gap » ?

Comme lors des élections municipales de 2020, on constate que les femmes ont moins participé que les hommes en 2021 alors qu’elles s’étaient autant mobilisées que les hommes en 2015 (voir tableau 2). Ce résultat va à rebours des enquêtes réalisées depuis les années 2000 en France.

Une première hypothèse est que les femmes se sont trouvées, davantage que les hommes, à distance de la compétition électorale. En effet, du fait de processus genrés de socialisation, elles ont été plus que les hommes préoccupées par la dimension strictement sanitaire de la crise. De plus, les inégalités de genre, en matière de travail domestique notamment, se sont renforcées durant les confinements successifs.

Une seconde hypothèse est que, la norme participationniste s’affaiblissant, l’intérêt pour la politique et le sentiment de légitimité politique, deux facteurs déjà déterminants en matière de mobilisation électorale, le deviennent de plus en plus.

Or, les femmes restent moins intéressées par la politique et se sentent moins « compétentes » politiquement du fait d’attentes différenciées du champ politique selon le genre et de processus genrés de socialisation politique.

De ce point de vue, le lien avec la crise sanitaire reste donc à préciser.

Tableau 2. Participation électorale selon le sexe (2015-2021, en %)

Tableau 2. T. Haute, enquêtes réalisées en ligne respectivement du 19 au 21 mars 2015, du 29 novembre au 2 décembre 2015, du 13 au 14 mars 2020 et du 16 au 19 juin 2021 par Ipsos, Fourni par l'auteur

Des inégalités sociales qui persistent

Les inégalités de participation liées au niveau de revenus restent non négligeables : selon l’Ifop, la participation au premier tour des régionales a atteint 22 % au sein des catégories populaires (moins de 900 euros par mois) contre 39 % au sein des catégories supérieurs (plus de 2 500 euros par mois).

De même, comme en 2020, les inégalités liées à la catégorie socioprofessionnelle semblent s’être plutôt maintenues : l’écart de participation entre cadres et ouvriers était de 6 points dimanche dernier contre 9 points en 2015 (voir tableau 3). Ce résultat peut expliquer la bonne « performance » des listes de la droite parlementaire pour laquelle votent massivement les catégories supérieures.

Tableau 3. Participation électorale selon la catégorie socioprofessionnelle (2015-2021, en %)

Tableau 3. T. Haute, enquêtes Ipsos 2015, 2020 et 2021 N. B. Les chiffres pour les retraités, les inactifs, les exploitants agricoles et les artisans, commerçants et chefs d’entreprise ne sont pas présentés ici., Fourni par l'auteur

Des effets sur le temps long

À l’inverse de ce qui avait été observé aux élections municipales de 2020, l’abstention en juin 2021 ne semble donc pas s’expliquer par la crainte de contamination. Alors que la pratique électorale est devenue majoritairement intermittente en France, les effets de la crise sanitaire sont en réalité plus indirects, plus globaux et se jouent sur le temps long.

Ainsi, les candidats ont peiné, en raison du contexte sanitaire, à s’adresser aux électeurs. De même, la parole politique s’est focalisée sur la gestion de la crise sanitaire, limitant fortement l’émergence d’autres enjeux, a fortiori locaux. Enfin, les confinements successifs et le recours massif au télétravail ont induit une réduction des relations sociales. Or, celles-ci sont déterminantes en matière de mobilisation électorale, en particulier au sein des classes populaires.The Conversation

Tristan Haute, Maître de conférence, Université de Lille

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

KI: Künstliche Intelligenz und die Vielfalt von Sprachen und Akzenten.

Par Le 16/01/2023

Wir sprechen. Und wir sprechen nicht alle gleich. Und selbst unsere "Muttersprache", unsere "erste" Sprache, die Sprache die wir als unsere Heimatsprache verstehen, selbst diese Sprache zeigt unsere Herkunft und Geschichte.

Wir haben einen... Akzent oder nicht?

Was nun, wenn man die individuelle Sprachform nicht länger besitzen soll? Wenn die Einheitssprache, die Standardsprache, die Normsprache also alle anderen Varianten ausradiert? Wenn der Computer und die KI eine neue, gleichförmige Sprachnorm erst vorstellt, dann allen Sprechern aufzwingt?

Was ist Sprache? Was ein Akzent? was verstehen Und sich noch verstehen können?

Wie viel Norm ist notwendig? Wie viel Zwang ist schädlich für die Vielfalt der Sprache.. und der Kulturen?

 

Quand les IA s’attaquent à nos accents

Grégory Miras, Université de Lorraine

Juin 2022, l’entreprise SANAS annonce avoir récolté 32 millions de dollars pour la création d’une technologie basée sur l’intelligence artificielle dont l’objectif est de supprimer les accents. Septembre 2022, la plate-forme voit le jour non sans créer intérêt, curiosité et émoi tant dans le monde anglophone que francophone.

De tels logiciels nous plongent dans une dystopie contemporaine où la technologie vient faire disparaître les différences, les marqueurs de l’identité et les cultures des individus. Cette idée n’est pourtant pas nouvelle : le film « Sorry to bother you » sorti en 2018 abordait déjà la question de l’accent des populations africaines-américaines dans une satire sur les centres d’appel.

Bande-annonce du film « Sorry to Bother You ». Source : Universal Pictures France.

Alors comment peut-on réellement supprimer un accent ? Entre utopie et dystopie, pourquoi développer une intelligence artificielle capable de « supprimer » les accents peut-il être un problème plus qu’une solution ? Que supprime-t-on de plus qu’une marque sonore en neutralisant un accent ?

Comment l’intelligence artificielle peut faire taire un accent

L’accent peut être défini comme un faisceau d’indices souvent oraux (les voyelles, les consonnes, l’intonation, etc.) qui participe à l’élaboration plus ou moins consciente d’hypothèses sur l’origine géographique, sociale ou langagière des individus. Cet accent peut être dit, entre autres, « régional » ou « étranger » en renvoyant à des imaginaires différents. La pertinence de l’identification d’un accent réside dans le fait qu’un certain nombre de caractéristiques sonores semblent homogènes chez des locuteurs d’une langue, d’une zone géographique ou d’un groupe social, comme le souligne Philippe Boula de Mareüil.

Ces technologies issues de start-up constituent souvent une boite noire et peu d’informations concrètes sur les outils employés pour « supprimer » l’accent sont disponibles. Toutefois, les moyens sont multiples et ils visent principalement à transformer en partie la structure de l’onde sonore afin de rapprocher certains indices acoustiques vers une norme perceptivement déterminée. On pourra ainsi jouer sur le timbre de certaines voyelles, la réalisation de consonnes ou encore transformer des paramètres comme le rythme, l’intonation ou l’accentuation en fonction de cibles perceptives attendues. Dans le même temps, on maintiendra un maximum de paramètres vocaux permettant d’identifier la voix du locuteur initial à l’image du voice cloning pouvant conduire à des arnaques au deepfake vocal. Ces technologies permettent de dissocier ce qui est de l’ordre de la parole de ce qui tient à la voix.

Le traitement automatique et en temps réel de la parole pose des difficultés technologiques dont la principale réside dans la qualité du signal sonore à traiter. Néanmoins, il existe différentes solutions en s’appuyant sur le deep learning et les réseaux de neurones, ainsi que les grands corpus de parole, qui permettent de mieux gérer les incertitudes dans le signal.

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Dans le cas des langues étrangères, Sylvain Detey, Lionel Fontan et Thomas Pellegrini repèrent quelques enjeux inhérents au développement de ces technologies, à savoir quelle norme retenir pour mener une comparaison avec ce qui est attendu, ou encore le rôle que peuvent avoir les corpus dans la détermination de ces objectifs – sans qu’il se dégage pour le moment de réponses particulièrement prometteuses.

Le mythe de l’accent neutre

Cependant, l’identification d’un accent ne se limite pas aux seuls indices acoustiques. Donald L. Rubin a pu démontrer que des auditeurs peuvent recréer l’impression d’un accent perçu simplement en associant aux voix des visages aux origines supposées différentes. De la même manière, en l’absence de ces autres indices, les locuteurs ne sont pas si bons dans leur capacité à reconnaître des accents qu’ils n’entendent pas régulièrement ou qu’ils se représentent de manière stéréotypée, par exemple l’idée selon laquelle il y aurait beaucoup de consonnes en allemand.

Vouloir supprimer les accents pour contrer les effets sociaux d’une discrimination sur l’accent revient à poser la question de ce qu’est un accent « neutre ». Or, toutes les variations de prononciation impliquent des représentations. Médéric Gasquet-Cyrus, « spécialiste du marseillais » selon les médias, rappelle que même l’accent dit « parisien » est un accent. En français, l’accent que l’on qualifie de « standard » a évolué en s’appuyant sur des groupes sociologiquement dominants : haute bourgeoisie parisienne, médias (radio, TV), classes moyennes favorisées par exemple.

Tour de France des accents régionaux et la discrimination linguistique (France24).

Depuis plusieurs années, des chercheurs et chercheuses regroupées dans un collectif tentent de déterminer les contours d’un français de référence en s’appuyant sur les similitudes qui existent entre tous les parlers de la francophonie. Le projet « Phonologie du français contemporain » a ainsi permis de mettre à disposition du grand public des accents à entendre.

Il faut également noter que la valeur que l’on attribue à un accent (fort, doux, romantique, dur) dépend largement des individus, des époques et des groupes sociaux. Toutefois, Iván Fónagy, philologue hongrois, a mis en évidence que les individus ont tendance à attribuer les mêmes propriétés à des sons dans son ouvrage La vive voix : Essais de psychophonétique : le /r/ un son bagarreur, le /i/ comme petit, le /u/ (la graphie « ou ») comme opulent, etc.

Supprimer ou garder, l’œuf ou la poule ?

En sociologie, Wayne Brekhus pose la question de la nécessité de porter un regard sur l’invisible et de traiter en même temps le marqué et le non marqué – l’accent et ce que l’on considère être un non-accent. Cela amène à revoir les rapports de pouvoir qui existent entre les individus et la manière dont on homogénéise le marqué : celui ou celle qui a (selon les autres) un accent.

Aussi, nous sommes amenés à questionner comment les technologies émergentes peuvent nous rendre plus « acteur » ou « actrice » qu’« automate », selon Catherine Pascale, en participant à la création d’un cadre éco-éthique. Supprimer un accent, c’est valoriser un type d’accent dominant tout en négligeant le fait que d’autres co-facteurs participeront à la perception de cet accent tout autant que l’émergence de discriminations sur la langue. Supprimer l’accent ne supprime pas les discriminations. Au contraire, l’accent fait entendre l’identité participant ainsi à des phénomènes d’humanisation, d’adhésion au groupe voire d’empathie : l’accent est bien altéritaire.

Si l’évolution des technologies par l’intelligence artificielle et le deep learning proposent à la société des potentialités encore inexplorées, elles peuvent également conduire à une dystopie où la déshumanisation conduit à reléguer au second plan le rôle politique et social, pourtant majeur, sur le vivre ensemble et la diversité dont fait écho la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle.

Plutôt que de les cacher, il semble nécessaire de sensibiliser les recruteurs à la manière dont les accents peuvent participer à la satisfaction client et que les politiques se saisissent de cette question. Si l’Assemblée nationale avait fait un pas fort en votant, en 2020, un texte interdisant les discriminations à l’accent, La Provence rappelle que le Sénat ne semble pas s’en saisir puisqu’il n’apparaît toujours pas à son ordre du jour, deux ans plus tard.The Conversation

Grégory Miras, Professeur des Universités en didactique des langues, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Was ist... Totalitarismus?

Par Le 01/10/2022

Nationalismus bedeutet ... KRIEG. Und Dikataturen wollen Krieg, denn Krieg und Gewalt halten Dikaturen an der Macht.

 

Wir können wir die Diktatur erkennen?

 

Gewaltherrschaft zeigt sich auch in der Sprache. Es ist die Propaganda, die aus Individuuen, aus Menschen Feinde macht und die damit jedes Unrecht legitimieren will.

 

Dieser Artikel zeigt die Elemente, die Diktaturen nutzen, um Krieg, Unrecht und Gewalt vorzubereiten.

 

 

À quoi reconnait-on un discours totalitaire ou fasciste ?

Charlie Chaplin dans la scène du discours d'Hynkel, ‘Le Dictateur’,(1940). Wikimedia
Albin Wagener, Université Rennes 2

Le jeudi 24 février, lorsque Poutine déclare à l’aube vouloir « protéger les personnes victimes de génocide de la part de Kiev » et « arriver à une dénazification de l’Ukraine », il réitère un leitmotiv bien connu et récurrent depuis 2014. Paradoxalement ici, dénoncer le « nazisme » revient à en utiliser la rhétorique binaire – les « néonazis ukrainiens » représentant le Mal absolu, une vermine à éliminer. Mais cette guerre n’est pas qu’une guerre de mots, elle est aussi une guerre d’images, que les Ukrainiens comptent bien gagner. Le compte officiel de l’État ukrainien reprenait ainsi cette caricature, comme réponse à la déclaration russe.

En lien avec ce contexte, est-il possible d’établir une liste des items caractéristiques de la pensée et des discours totalitaires ? Quels sont les traits pertinents et distinctifs du fascisme ? De nombreux penseurs ont tenté de répondre à cette question. Le linguiste Victor Klemperer a ainsi étudié de près la langue du troisième Reich, l’écrivain George Orwell a proposé la notion fertile de « novlangue », enfin le sémiologue Umberto Eco, dans son ouvrage Reconnaître le fascisme partage sa biographie et une liste de traits caractéristiques.

Ces éléments nous permettent d’élaborer plusieurs points. D’une part, il ressort que la pensée totalitaire se définit par principe comme l’exclusion de la diversité des pensées. D’après le CNRTL, l’adjectif « totalitaire » s’applique au domaine politique comme ce qui fonctionne sur :

« le mode du parti unique interdisant toute opposition organisée ou personnelle, accaparant tous les pouvoirs, confisquant toutes les activités de la société et soumettant toutes les activités individuelles à l’autorité de l’État ».

Plus subtilement, la philosophie sous-jacente est celle « qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. » Il y a bel et bien concordance sémantique entre la représentation politique que nous avons du totalitarisme et la racine du mot qui renvoie à une pensée « totale/

totalisante », excluant par principe la diversité des pensées.

Le rôle de la personnalité

Dans sa dernière conférence, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik propose une lecture de la résistance à la doxa totalitaire.

Selon lui, la pensée paresseuse et le « psittacisme » (récitation et répétition du perroquet) sont délicieux et sécurisants, ils apportent des bénéfices affectifs. À l’inverse le travail d’élaboration de la pensée critique a des effets moins euphorisants et ne réveille pas notre sentiment d’appartenance.

Extrait du « discours » du film Le Dictateur, de Charlie Chaplin, 1940.

C’est pour cela qu’il existe une véritable déclinaison sémiologique dont les systèmes totalitaires sont friands : gestuelle spécifique de reconnaissance (gestes de salutation, notamment), codes vestimentaires spécifiques (uniformes et/ou symboles), langage formaté (distorsions syntaxiques et sémantiques qui viennent contaminer la langue parlée) : ainsi, des figures de style et des métaphores vont être utilisées dans une fréquence plus élevée, notamment afin de séparer le monde en deux pôles, à savoir « nous » contre « les autres », notion largement travaillée par l’analyste de discours Ruth Wodak. C’est aussi pour cela que les discours d’extrême droite peuvent paraître aussi sécurisants et rassurants.

Quel est le lien entre fascisme et totalitarisme ?

Umberto Eco nous le rappelle, le mot « fascisme » est une synecdoque – figure de style qui consiste à donner à un mot ou une expression un sens plus large ou plus restreint que sa propre signification – mais également un syncrétisme : il est moins une idéologie monolithique que le collage d’idées politiques et philosophiques parfois contradictoires. Le terme fascisme est donc « fuzzy » (terme anglais utilisé tel quel par le sémiologue), c’est-à-dire sans contour net ni précis.

En fait, le langage totalitaire se structure petit à petit, dans ce que l’on appelle une période préfasciste (et que nous traversons en ce moment par ailleurs, comme le souligne l’historienne Ludivine Bantigny), et qui met en lien exercice du pouvoir politique et dispositions langagières afin de mettre en œuvre des stratégies de persuasion et de séduction des destinataires des discours, ce qui fait notamment écho aux travaux de Bradford Vivian.

Mais pour que cet ensemble fonctionne, il faut également une incarnation du discours par la figure du leader charismatique.

Le culte d’un leader charismatique

Benito Mussolini se faisait ainsi appeler « l’Homme de la Providence », en plus du Duce qui peut se traduire par « guide ». Le surnom d’Hitler était à peu près équivalent : « Mein Führer » peut se traduire par « mon guide ». Staline fut quant à lui « l’Homme de fer » et le « Petit Père du Peuple ». Plus récemment, Bolsonaro devient ainsi « O Mito », à comprendre « le Mythe », et Erdogan reste « el reïs » (le chef).

Derrière ces surnoms se cache la volonté de devenir l’interprète du « vrai peuple », d’une pensée que l’on rêverait commune, mais qui ne peut, par définition, qu’être diverse.

Reconnaître le fascisme, Umberto Eco.

Le peuple, en tant qu’entité nationale, est une fiction ; c’est notamment ce que rappellent les travaux d’Anne-Marie Thiesse. Le leader totalitariste, qu’il soit d’extrême droite ou d’extrême gauche, se positionne comme celui étant le seul capable de connaitre ce qui trouble la classe « prolétaire » ou « populaire », c’est-à-dire celle qui aurait du accéder au même confort matériel et social que celui de la petite bourgeoisie, mais dont le mouvement d’ascension a été contraint et ralenti, voire stoppé par le contexte, créant ainsi une véritable frustration.

Ce même leader est capable de désigner le Mal de la société, pour y apporter la réponse ultime. Il a LA réponse puisque c’est LE héros. Et souvent, cette réponse se matérialise sous la forme d’un « intrus » qu’il convient d’éradiquer le plus efficacement possible, sous peine de voir s’éloigner « un Âge d’or » pourtant accessible.

Ces intrus sont souvent représentés comme opposants au traditionalisme. Dans un monde totalitaire, il ne peut y avoir d’avancées du savoir : la vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes. Bien sûr, les stratégies d’infantilisation des masses ne peuvent être remises en cause dans cet environnement où le décideur est tout-puissant. D’ailleurs, le refus de la démocratie parlementaire peut également se lire sous ce prisme.

La peur de la différence

La journaliste turque Ece Temelkuran nous rappelle l’un des items les plus caractéristiques de la pensée totalitaire : la mort provoque une indifférence. Elle relève ainsi une parole mainte fois entendue à propos des opposants à Erdogan : « qu’il repose en paix, il n’avait qu’à pas s’opposer à Erdogan ».

Ludivigne Bantigny, La France « face à la menace fasciste » ?

En ce sens, on voit encore à quel point le langage illustre, décrit ou renforce la structure sociale totalitaire en montrant un état de fait. Ici, c’est à travers un style proverbial qu’une certaine distance est prise, qui permet à la fois de montrer l’omniprésence de la mort et l’impuissance face au régime – et aussi que la mort, d’une certaine manière, semble apporter la seule libération possible, ce qui est rhétoriquement extrêmement tragique.

La mort d’autrui est ainsi justifiée et approuvée, d’autant qu’elle ne remet pas en cause le système dans lequel elle s’énonce. Le rapport à l’altérité se détermine autour de la notion d’appartenance au groupe, en excluant tous ceux qui n’en ont pas le profil ; un tropisme bien connu des travaux sur l’identité, notamment ceux, particulièrement brillants de Rogers Brubaker et Frederick Cooper.

Le fascisme a pour terreau le fantasme d’un groupe unique, incarné dans le discours, uni par des croyances mais aussi des caractéristiques physiques supposées identiques : de sexe, de genre, de comportements. En un mot : d’identité, qu’elle soit naturelle ou culturelle, ou bien évidemment nationale – puisque c’est là l’un des fantasmes majeurs du fascisme.

Les femmes sont ainsi relayées à une imagerie d’obéissance, de soumission et d’assignation à un rôle social traditionnel déterminé. De ce point de vue là, la fille de Trump ou d’Erdogan coche les mêmes cases de soumission idéale au patriarcat. L’identité religieuse est également un point de rassemblement (et de séparation). Pour Erdogan, il y a ainsi les « vrais musulmans », comme pour d’autres les « vrais chrétiens ». Peu importe les époques, se sont les mêmes schèmes sous-jacents qui se déclinent en fonction des cultures et des géographies. L’humiliation, la dépréciation et la stigmatisation se trouvent au centre de ce processus de désignation de l’altérité – avec pour conséquence ultime la violence.

Les distorsions linguistiques pour en finir avec la pensée critique

Dans un monde totalitaire, toute pensée critique devient intolérable. Elle est vécue comme une trahison, voire comme une agression contre laquelle il est urgent de se défendre et de riposter. Le phénomène est complexe car il touche au fondement même de l’éthos de vérité. Le fascisme s’engouffre ainsi dans la faille du relativisme à tout crin est un des items majeurs : puisque tout se vaut, rien ne se vaut.

Comme nous le rappelle Ece Temelkuran, la mutation qu’a subie la perception humaine et qui rend possible la fragmentation de la réalité s’est tellement bien passée que la question de la moralité est devenue dénuée de sens, voire d’intérêt. Les faits et la vérité sont devenus ennuyeux. Et comme nous le rappelle à juste titre Etienne Klein :

« la nuance […] c’est un peu emmerdant et les gens qui parlent sans nuance donnent l’impression d’avoir raison ».

Importance de la nuance selon Etienne Klein.

Par ailleurs, les distorsions sémantiques et les réductions syntaxiques appauvrissent la langue afin de limiter un raisonnement trop complexe et/ou critique. L’usage banalisé des euphémismes (« dommages collatéraux », « poulets d’élevage », etc.) et des oxymores (« carbone vert », « écologie de production ») neutralisent notre pensée critique.

Comme le relève la sémiologue et notre co-autrice Elodie Mielczareck dans son ouvrage Anti Bullshit :

« Ces stratégies visent à lisser le discours, notamment pour favoriser le consensus et l’adhésion […] Les mots en eux-mêmes peuvent contaminer toute une langue.

De fait, alertait Victor Klemperer, « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ».

Il y a une telle obsession du consensus et une telle crainte du dissensus, que ce dissensus a fini par être littéralement privatisé, notamment par certaines chaînes d’information en continu.

La toile de la pensée totalitaire

Les exemples choisis renvoient volontairement à des régimes autoritaires passés (le nazisme, par exemple), ou actuels (en Turquie, notamment). Évidemment, la pensée totalitaire ne se réduit ni géographiquement à quelques continents éloignés du notre, ni temporellement à une époque éloignée de la notre.

Ces derniers mois ont montré comment les démocraties pouvaient, elles aussi, rapidement tomber dans la toile de la pensée totalitaire. L’impression de préfascisme décrite par Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, par exemple, s’est largement illustrée dans les discours de Donald Trump, de Jair Bolsonaro ou bien encore de Vladimir Poutine, qui peuvent rapidement passer du langage aux actes, comme l’actualité nous le montre de manière tragique, concernant l’Ukraine. De ce point de vue là, la citation de Gilles Deleuze sur le néo-fascisme nous semble pertinente :

« Le vieux fascisme aussi actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […] »


Elodie Laye Mielczareck, sémiologue a co-rédigé cet articleThe Conversation

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université Rennes 2

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Klimawandel? Klimawandel!

Par Le 06/09/2022

 

Es ist soweit... der Klimawandel ist da.

Daraus entstehen neue Faktoren für die Raumordnung.

 

Welche Folgen entstehen lokal? Was können, müssen wir unternehmen?

 

 

 

IA: Künstliche Intelligenz?!?

Par Le 19/05/2022

L'intelligence artificielle dans nos vies, au travail: s'adapter ou périr?

Face à l'intelligence artificielle, les humains deviendront-ils comme ces dinosaures, qui n'ont su s'adapter aux nouvelles réalités terriennes ? Shutterstock

Nadia Naffi, Concordia University

À l’ère de la quatrième révolution industrielle, entreprises et travailleurs courent le même risque d’extinction. Pour y faire face, ils doivent faire preuve d’initiative et savoir s’adapter.

À la suite de mes recherches sur le passage de l’état de témoin passif à celui d’agent de changement, j’avance qu'une formation permettant de développer nos connaissances et notre savoir-faire est nécessaire à l’adaptation à l’âge de l’intelligence artificielle (IA).

Mais elle ne suffira pas. Un milieu empathique et empreint de soutien ainsi qu’un apprentissage de soi sont également cruciaux.

La révolution de l’IA est là

La révolution de l’IA est amorcée. La technologie évolue à une vitesse remarquable. La question n’est plus de savoir si l’on s’en sert ou non, mais plutôt comment mieux collaborer avec elle.

Les technologies ambiantes, telles que Siri, Alexa ou Cortana, s’intègrent sans heurt dans nos interactions. Et ce n’est qu’un début.

L’IA émotionnelle apprend aux robots à éprouver de l’empathie. Les articles sur Google AI révèlent la manière dont l’IA aide les gens à résoudre divers problèmes. Les experts s’empressent de prédire comment nous vivrons avec l’IA dans un avenir rapproché, comment il interagira dans le domaine de la santé.

On observe à Montréal une convergence de l’expertise en matière d’IA. Ainsi, le Centre hospitalier de l’Université de Montréal a fondé l’École de l’intelligence artificielle en santé. Quant à Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle mené par Yoshua Bengio – plus grand spécialiste mondial de l’apprentissage machine et lauréat du prix Turing –, il accélérera le développement de l’IA au Québec.

Le professeur de sciences informatiques, Yoshua Bengio, lauréat du prestigieux prix du prix Turing, chez lui à Montréal. La Presse Canadienne/Graham Hughes

En France, le gouvernement veut faire du pays « la première terre d’accueil des centres de données en Europe », et les intervenants de l’AI France Summit discutent des « potentialités de l’écosystème France en matière d’intelligence artificielle ». L’Agenda de l’intelligence artificielle prévoit par ailleurs nombre d’événements.

Une tâche qui dépasse l’humain

Les technologies de rupture progressent, la démographie évolue, le pouvoir des consommateurs et l’économie à la demande augmentent, les marchés de talents mondiaux sont en plein essor. L’avenir du travail s’en trouve façonné dans tous les domaines, notamment l’éducation, la cybersécurité, le transport, les soins de santé, la musique et l’agriculture.

Les travailleurs « humains+ » sont ceux qui œuvrent aux côtés des machines pour parvenir à une intelligence collaborative. Ils consolident leurs connaissances, leurs compétences et leurs expériences individuelles au moyen d’un ensemble de capacités technologiques pour améliorer leur rendement.

Enseigner l’adaptabilité

Le 12 février 2019, à l’occasion du CIO Montreal Summit, j’ai abordé la manière de composer avec les technologies de rupture et la diversité, facteurs qui transforment le milieu de travail. Après la table ronde, une participante m’a posé une question clé : comment enseigner l’adaptabilité, soit la capacité de s’accommoder à de nouvelles conditions et de s’épanouir dans de nouveaux environnements, aux dinosaures humains?

« S’adapter ou périr » demeure un mantra du monde des affaires. L'adaptabilité des employés constitue pour eux la clé d’un avenir où nombre des tâches ne peuvent encore être imaginées.

Les employés de la prochaine génération devront être formés comme des humains+ avant d’entrer sur le marché du travail, et la main-d’œuvre actuelle devra se soumettre à une mise à niveau et à un renouvellement continus de ses compétences.

Or, on a peu fait pour repenser la formation et le perfectionnement nécessaires au milieu de travail de l’avenir. Certes, comme la créativité, une autre compétence générale recherchée, l’adaptabilité se révèle plus complexe qu’il n’y paraît.

Elle va au-delà des connaissances et du savoir-faire. Elle exige un changement d’attitude qui ne se produit qu’en révisant nos construits, en tenant compte de nouvelles perspectives et en comprenant que les technologies s’ajoutent à nos propres capacités plutôt que de les remplacer.

Humain contre machine

Beaucoup associent l’IA aux récits de science-fiction, comme la série de films Terminator, où le principal objectif de la technologie est de contrôler, voire d’exterminer la race humaine.

D’autres sont influencés par les mises en garde répétées d’experts du monde entier contre l’IA et la domination technologique. Ainsi, le fondateur de Tesla, Elon Musk, a déclaré à plusieurs reprises que l’IA est plus dangereuse que les armes nucléaires et peut devenir un dictateur immortel. Quant à James Barrat, il s’emploie à mettre en lumière la course à l’intelligence qui se dessine selon lui non pas entre géants de la technologie, mais entre humains et machines.

La technologie a éliminé des emplois dans le passé et en éliminera d’autres dans un avenir rapproché. Les emplois de demain exigeront de la main-d’œuvre actuelle qu’elle s’engage à pratiquer un apprentissage continu.

Par ailleurs, les problèmes éthiques de l’IA n’ont pas encore été résolus, et l’établissement d’un code en la matière s’avère complexe.

Depuis la présentation de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle, en novembre 2017, jusqu'à son adoption, en décembre 2018, 1 130 citoyens et 28 organismes signataires se sont engagés à favoriser le développement et la mise en œuvre socialement responsables d’une IA qui sert la société et lui profite.

Présentation de la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'intelligence artificielle, à l'Université de Montréal, le 3 novembre 2017. Flickr, FAL

Une évolution empathique

Les dinosaures humains peuvent-ils s’adapter? Je dirais qu’ils le peuvent, mais qu’ils auront besoin du soutien empathique de tout un village.

Les entreprises qui veulent voir leur main-d’œuvre prête pour l’avenir du travail doivent adopter une approche proactive et aider leurs employés à trouver leur place dans le milieu de travail de demain. Surtout, elles doivent comprendre d’où vient la résistance au changement afin d’y remédier.

Simultanément, les entreprises doivent mettre à profit les capacités de leur main-d’œuvre qui ne sont pas propres à un contexte particulier et en faire usage de manière efficace. Avant tout, elles doivent trouver des moyens de préserver les emplois de leurs travailleurs. La peur d’être remplacés peut en effet rendre les dinosaures humains encore moins disposés à changer.

La dynamique d’équipe devrait fonctionner de manière empathique pour faciliter les collaborations entre humains ainsi qu’entre humains et machines, et appuyer chacun dans son processus d’adaptation.

À l’échelle individuelle, nous devons développer notre capacité mentale et émotionnelle ainsi que nos connaissances et compétences pour embrasser notre identité et notre attitude d’humain+. Enfin, nous devons vouloir nous adapter, ce qui exige de changer la manière dont nous voyons le monde. Une fois que nous avons défini et analysé l’essence de notre résistance au changement, nous pouvons élaborer des stratégies qui nous permettront de faire face aux incertitudes et d’expérimenter activement de nouvelles possibilités.

Grâce à cette expérimentation, nous pourrons repenser notre collaboration avec les technologies de rupture et modifier notre conception du milieu de travail de demain.

Le premier World Summit AI Americas, qui a lieu à Montréal le 10 et 11 avril 2019, rassemblera des sommités de l’intelligence artificielle. Outre les fascinantes discussions prévues sur le concept d’AI4Good, les solutions appliquées pour les entreprises, les ateliers pratiques et l’élaboration de plans de mise en œuvre de l’IA au cours de l’année à venir, j’encourage vivement les influenceurs qui seront présents à discuter de l’adaptation de la main-d’œuvre ainsi que de stratégies concrètes pour l’appuyer et la faciliter.La Conversation

Nadia Naffi, Assistant Professor in the Department of Education (Educational Technology), Concordia University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Krieg in Europa.

Par Le 24/02/2022

Es gibt Krieg in Europa.

Die aktuelle Situation verändert den Kontinent und die Frage stellt sich für die Europäer: Wie konnte es zu dieser Entwicklung kommen?

Wie kann man diese Gewalt und dieses Unrecht beenden? 

Denn der Krieg ist eine Niederlage für die Demokraten auf dem Kontinent. 

Der folgende Artikel stellt die Frage nach der richtigen Politik, um einen Krieg zu verhindern.

Es gibt keine Alternative zum Frieden, aber es gibt keinen Frieden unter einer Geweltherrschaft.

Wie kann man darum aus dem Krieg zum Frieden finden? Darüber gilt es nachzudenken.

 

 

 

En Ukraine et ailleurs, comment les politiques de dissuasion peuvent provoquer la guerre

Thomas Lindemann, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

La politique américano-européenne en Ukraine semble s’inspirer d’un calcul simple : si les bénéfices de la paix l’emportent sur ceux de la guerre, le Kremlin s’abstiendra de recourir à la force armée. Aussi les responsables otaniens menacent-ils régulièrement la Russie de tout un attirail de représailles qui seraient insupportables pour un pays au PIB semblable à celui des Pays-Bas, aux dépenses militaires comparables à celles de la France et qui, en outre, sait qu’un conflit ouvert avec l’Ukraine, dont la population, sauf à l’Est, lui est largement hostile, serait pour lui très coûteux.

A priori, cette approche mise en œuvre par les pays otaniens semble frappée au coin du bon sens.

Elle mérite pourtant d’être interrogée car elle peut aussi avoir un effet exactement inverse. Ce qui est tristement illustré par le lancement de l'opération militaire de Moscou durant la nuit de mercredi à jeudi.

Au cœur de la dissuasion : l’image donnée par chacune des parties

En affirmant qu’une invasion totale de l’Ukraine par la Russie est imminente, les responsables de l’OTAN ont dramatisé les manœuvres et concentrations militaires russes aux frontières de sa voisine. Ce faisant, ils ont cherché à rendre plus crédible leur menace dissuasive : l’idée était de convaincre Moscou de leur détermination absolue. Mais comment expliquer que, malgré tout, les dirigeants de Moscou aient devancé l’affrontement en reconnaissant les républiques séparatistes de Lougansk et de Donetsk ?

Un retour historique sur le rôle de la dissuasion dans les crises internationales peut être utile. Même s’il faut se méfier de toute analogie hâtivement établie, deux constantes politiques semblent relativement incontestables pour comprendre l’issue d’une crise.

Tout d’abord, les décideurs d’une entité étatique aspirent non seulement à assurer la sécurité et la survie de leur entité, mais aussi leur propre survie politique. La « profession politique » est une carrière comme une autre, et les dirigeants doivent jouer la partition de la souveraineté nationale pour conserver leur légitimité. À cet égard, la dramatisation du conflit ukrainien par Boris Johnson peut ainsi s’interpréter comme une performance d’« homme fort », dans un contexte interne où son sérieux de dirigeant est en question.

 

Des leaders politiques qui apparaissent passifs, voire dominés, devant une « puissance étrangère » auront une vie politique très courte comme le démontre l’expérience de l’administration Carter en 1979 dans la crise des otages avec l’Iran.

Cela conduit à un deuxième constat : si la dissuasion relève apparemment d’un calcul rationnel coût-avantage impeccable, elle comporte un inconvénient majeur : celui qui s’y conforme apparaît facilement « soumis », même humilié. En d’autres termes, les coûts de la dissuasion en termes psychologiques et de légitimité peuvent être considérables et inciter des dirigeants comme Slobodan Milosevic ou Saddam Hussein à accepter l’affrontement, malgré une infériorité évidente.

L’option de la dissuasion empathique : enseignements de 1914 et de 1962

Pourtant, il existe une alternative : celle de la dissuasion « empathique ».

Cette approche consiste à prendre en considération les coûts psychologiques de la dissuasion pour la partie qui en fait l’objet. Pour cela, il s’agit d’abord de privilégier le format privé dans son exercice. En effet, une menace proférée en tête à tête est plus facilement acceptée qu’une menace exprimée au vu et su devant l’audience interne. La crise de juillet 1914 et la crise de Cuba d’octobre 1962 en sont des illustrations.

En 1914, alors que le chancelier allemand Bethmann Hollweg cherchait encore activement, le 29 juillet, à arrêter l’escalade en poussant son allié austro-hongrois à accepter un compromis avec la Triple Entente, il changea radicalement d’attitude dans la soirée du 30 juillet et donna le feu vert à la mobilisation générale. Que s’était-il passé ?

Le 28 juillet, le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Lord Grey, avait menacé Bethmann Hollweg, lors d’une conversation privée, expliquant qu’en cas de conflit Londres soutiendrait la France et la Russie. La menace, qui n’avait pas fuité, avait porté ses fruits, et le chancelier avait donc tout fait pour éviter que la situation ne dégénère. Mais le 30, on apprit que la Russie avait ordonné une mobilisation partielle. Cette information, publique, avait placé le chancelier, réputé trop « mou », devant une immense pression non seulement militaire, mais réputationnelle. Il ne pouvait pas se permettre de céder. On connaît la suite…

48 ans plus tard, le monde a évité un autre affrontement cataclysmique. Probablement en partie parce que c’est en privé que le président Kennedy, au dernier jour de la crise cubaine, avait averti le numéro un soviétique Khrouchtchev de l’imminence d’une escalade militaire américaine. Khrouchtchev put reculer, mais sans perdre la face.

Un autre aspect de la dissuasion empathique concerne la reconnaissance de l’autre comme acteur autonome, notamment via la préservation de l’image de sa souveraineté, même quand celle-ci est largement fictive. Alors que l’ultimatum austro-hongrois à la Serbie de 23 juillet 1914 est l’un des exemples les plus flagrants d’un radical mépris de toute reconnaissance d’action autonome de l’autre – Vienne exigeait notamment la coopération de la police serbe avec les autorités austro-hongroises dans la recherche des « coupables » de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand –, le président Kennedy reconnut en fin de crise, sans engagement formel mais publiquement, la souveraineté de Cuba via un engagement de non-invasion.

Cette concession était importante pour que Khrouchtchev puisse sauver partiellement la face. Poussé par des considérations internes, car les élections parlementaires de mi-mandat approchaient, Kennedy garda secrète la concession du retrait de missiles américains de Turquie. Ce caractère secret de la décision du président américain aurait pu être fatal à la résolution de la crise. En effet, l’URSS voulait un accord public, qui aurait souligné que les deux « Grands » traitaient sur un pied d’égalité : les Soviétiques retiraient leurs missiles de Cuba, les Américains retiraient les leurs de Turquie. Néanmoins, Kennedy comprenait que l’invasion d’un allié « socialiste », le Cuba de Castro, serait inacceptable pour l’URSS, et mena sa gestion de crise sur cette base.

Tout indique que la politique de la dissuasion mise en œuvre par les décideurs américains dans la crise ukrainienne est à l’opposé d’une démarche empathique : les menaces sont publiques et personne ne semble se demander comment les leaders russes pourraient accepter que tous leurs voisins européens, et pis encore, les anciennes républiques soviétiques, intègrent l’OTAN.

Les politiques otaniennes auront surtout contribué à un processus qui a fait monter la tension à un point inédit. Le message du Kremlin semblerait le suivant, pour obtenir une finlandisation de l’Ukraine : si l’Ukraine doit intégrer l’OTAN, nous allons annexer par la force l’Est du pays. Si cette solution ne semble pas « raisonnable », elle paraît pourtant politiquement seule en mesure de permettre à la Russie de se mettre en scène comme grande puissance souveraine…


Cet article a été co-écrit avec Vincent Touze, docteur en sciences politiques, spécialiste de la crise de Cuba.The Conversation

Thomas Lindemann, Professor of International Relations & Political Science at L'École polytechnique, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

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En Ukraine, la Russie fait la guerre pour étendre sa sphère d'influence

Pierre-Yves Hénin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

En engageant les opérations militaires contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a montré qu’il ne renonçait pas à la guerre pour réaliser son objectif : la reconstitution d’une sphère d’influence russe dans l’espace de l’ancienne Union soviétique.

Pour bien comprendre la situation, il est nécessaire de revenir sur cet objet contesté des relations internationales qu’est la notion de sphère d’influence.

Tradition européenne et tradition étatsunienne

La période de tension qui a précédé l’ouverture des hostilités de ce jeudi 24 février a fait apparaître des dissensions entre alliés. Malgré un unanimisme de façade, auquel seule la Hongrie a dérogé, certains pays européens se sont longtemps démarqués de la fermeté affichée par l’administration Biden.

Les réserves européennes répondent bien sûr à des divergences d’intérêts, comme l’ont montré les hésitations affichées par l’Allemagne. Il nous semble pourtant que ces réticences tiennent, aussi, à des spécificités affectant les cultures politiques. L’Europe reste marquée par une tradition diplomatique se voulant réaliste qui ne se reconnaît pas dans une diplomatie étatsunienne qui donne officiellement la primauté aux principes moraux.

Russie-Ukraine : l’Europe sait-elle se défendre ? Le Dessous des Cartes – Arte, 2 février 2022.

Dans son ouvrage de synthèse sur la diplomatie, l’ancien secrétaire d’État américain Henry Kissinger met en avant l’opposition entre ces deux traditions diplomatiques.

En 1919, à la Conférence de la Paix, le président Woodrow Wilson affirme que la diplomatie européenne, qui privilégiait la recherche de l’équilibre des forces, doit désormais se tourner vers une conception nouvelle, dérivée de l’idéalisme américain.

Selon lui, la diplomatie doit se fonder sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur la recherche de la sécurité collective. Largement reprise par le Pacte de la SDN, puis par la Charte de l’ONU, cette vision inspire le droit international contemporain. À ce titre, se trouve condamné un élément de l’ordre international traditionnel : l’instauration de sphères d’influence par les grands États.

 

Le retour, ou le maintien, de l’Ukraine dans une zone d’influence russe est fréquemment présenté comme étant l’objectif final de Vladimir Poutine. Cet objectif serait à l’origine directe de la crise qui se développe depuis décembre 2021.

L’illégitimité de cet objectif est couramment avancée pour dénoncer la politique russe, par exemple par le président polonais Andrzej Duda ou par le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg.

 

Ainsi mise en avant, la notion de sphère ou de zone d’influence, de même que les débats qu’elle a inspirés, mérite d’être mobilisée pour nourrir la réflexion sur le conflit et la crise ukrainienne.

À l’origine de la revendication russe : le prix de la défaite

Alors même que l’URSS n’avait pas été vaincue militairement, le prix de l’effondrement du système soviétique en 1991 a excédé, pour la Russie, le coût de la défaite de l’empire russe face à l’Allemagne, actée par le Traité de Brest-Litovsk d’avril 1918 ; il a aussi été supérieur aux concessions maximales que Staline était disposé à accepter à l’automne 1941, alors que l’invasion de l’Union par la Wehrmacht semblait inexorable, comme l’ont noté Georges-Henri Soutou dans son ouvrage sur La guerre de cinquante ans et Kissinger dans l’ouvrage précité.

La CEI, créée sur les décombres de l’URSS, avait pour fonction de structurer dans la durée la coopération entre les États issus de l’Union, mais cette organisation s’en est révélée incapable. Paradoxalement, c’est pour une grande part à cause de la mobilisation du nationalisme russe par Eltsine dans sa stratégie de prise de pouvoir que Gorbatchev a échoué à reconstruire sur une base fédérale et démocratique un ensemble post-soviétique dans lequel la Russie aurait tout naturellement retrouvé son rôle central. À défaut, la reconstruction de relations avec cet « étranger proche » pour rétablir une sphère d’influence devait susciter affrontements et conflits.

La perception révisionniste russe reprend largement à son compte le syndrome de l’encerclement, central dans la littérature diplomatique et militariste de l’Allemagne wilhelminienne. En 1914, le grand état-major de Berlin estimait nécessaire de briser l’encerclement du Reich par la Triple Entente avant que l’armée russe ne soit devenue trop puissante. De la même façon, Vladimir Poutine a affirmé à de multiples reprises, et spécialement dans son discours du 22 février dernier, que Moscou devait absolument réagir au processus d’élargissement de l’OTAN, poursuivi de 1999 à 2020, qui a abouti à ce que plusieurs pays de la frontière européenne de la Russie sont aujourd’hui alliés aux États-Unis, donc potentiellement hostiles en cas d’affrontement entre Washington et Moscou.

 

Les sphères d’influence : bref rappel historique

Le terme de sphère d’influence apparaît à la fin du XIXe siècle dans des accords entre puissances coloniales, notamment dans les accords germano-britanniques de 1886 et de 1890] répartissant entre les deux pays des zones d’influence en Afrique, qui sont suivis d’accords franco-allemands et franco-britanniques, puis russo-britanniques. Lord Curzon, l’un des premiers diplomates à analyser cette notion de « sphère d’influence », la considère comme une version atténuée du protectorat.

Associées à l’ordre colonial, les zones d’influence sont condamnées dans l’approche wilsonienne qui inspire la Conférence de la Paix en 1919 et le Pacte de la SDN. On trouve déjà à cette occasion une ambiguïté fondamentale de la conception américaine puisque le Pacte, dans son article 21, validait explicitement la doctrine Monroe, qui instituait pourtant de facto l’« hémisphère occidental » en sphère d’influence américaine.

Franklin D. Roosevelt (président de 1932 à sa mort en 1945) devait renouveler à diverses reprises cette condamnation avec, toutefois, la même ambiguïté, puisqu’il acceptait à Yalta une dérogation explicite : la Mandchourie était reconnue comme appartenant à la sphère d’influence soviétique. Néanmoins, sans que la Charte de l’ONU, adoptée en juin 1945, n’aborde explicitement la question, ses dispositions générales excluent la légitimité internationale des sphères d’influence.

Les déclarations de l’immédiat après-guerre devaient rapidement faire place aux exigences de la guerre froide, dont les zones d’influence respectives des États-Unis et de l’URSS constituaient un enjeu central. À nouveau, comme l’a remarqué Graham Allison, l’issue victorieuse de la Guerre froide a fourni l’occasion à divers responsables américains de proclamer que les zones d’influence devaient disparaitre du nouvel ordre international. La position américaine rejoignait ainsi les principes de souveraineté du droit international.

Le renouveau des zones d’influence

Avec la fin du « moment unipolaire » d’un ordre international à domination américaine, les sphères d’influence sont réapparues dans la réflexion comme dans la réalité des relations internationales.

Divers auteurs ont proposé de réévaluer ce concept, dont la connotation péjorative leur parait injustifiée. Renouant avec la notion de grands espaces – grossraume – développée Carl Schmitt, cette approche considère que les sphères d’influence permettent de construire un ordre international pluraliste, par opposition à un système universaliste – condamné de fait à être dominé par une puissance hégémonique, en l’espèce américaine.

Comme il fallait s’y attendre, cette approche s’est trouvée mobilisée en soutien de la politique de Vladimir Poutine, comme d’ailleurs de celle de Xi Jinping.

 

Dans le foisonnement d’études et d’articles que suscite la crise ukrainienne, ce débat théorique qui sous-tend les postures opposées des protagonistes reste insuffisamment mis en avant.(https://russiamatters.org/analysis/us-embrace-great-power-competition-also-means-contending-spheres-influence)

Des principes aux compromis

Certes, dans sa réponse aux propositions de Vladimir Poutine sur une nouvelle architecture de sécurité européenne, qui visaient à exclure toute éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN même à lointaine échéance, l’administration américaine est restée ferme sur le principe du droit pour l’Ukraine de contracter les alliances qu’elle souhaite.

Pourtant, comme l’a souligné en 2020 Graham Allison, les États-Unis devront finir par se résoudre à abandonner des aspirations inatteignables et « accepter que les zones d’influence restent un élément central de la géopolitique ». Les modalités de cette résignation restent problématiques.

La « finlandisation » de l’Ukraine est une solution régulièrement évoquée. Certains relèvent que cela n’avait pas entravé, durant la guerre froide, la capacité de la Finlande à mener sa vie démocratique et économique sans interférence du grand voisin soviétique.

Toutefois, au moment où la Finlande elle-même s’interroge sur une éventuelle adhésion à l’OTAN, on comprend la réticence que l’idée de finlandisation peut susciter en Ukraine. Le politiste britannique souligne ainsi Taras Kuzio souligne à cet égard :

« Une Ukraine neutre dans une “zone russe d’intérêts privilégiés” ne ressemblerait pas à l’Autriche ou à la Finlande pendant la guerre froide, mais plutôt à la Biélorussie du président Loukachenko. »

On mesure, dès lors, le risque d’un retour à la reconnaissance explicite de zones d’influence. Entré dans une nouvelle phase avec l’engagement d’opérations de guerre, le conflit en cours aboutira-t-il à la reconnaissance d’une sphère d’influence russe élargie et consolidée, au détriment de l’indépendance ukrainienne ? C’est tout l’enjeu des jours et semaines à venir…The Conversation

Pierre-Yves Hénin, Professeur émérite en économie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

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Hunger!

Das ist ein Problem, dass sich jederzeit und überall stellt.

Wie kann man helfen? Dieser Artikel zeigt, dass Hilfe auch in unserer Nähe gebraucht wird.

 

 

L’aide internationale, indispensable sur la durée en Ukraine… et ailleurs

Pierre Micheletti, Université Grenoble Alpes (UGA)

Alors que le sort de l’Ukraine est toujours incertain et que sa population subit la violence d’un conflit qu’elle n’a pas souhaité, s’exprime de toutes parts en Europe une large solidarité.

On ne peut que s’en réjouir. Mais aussitôt émergent les symptômes d’une compassion à géométrie variable.

Les « bons » réfugiés, et les « mauvais »

Les étrangers non européens présents en Ukraine ne se sont pas vu octroyer les mêmes facilités de prise en charge pour pouvoir quitter le pays en guerre. Des étudiants et travailleurs originaires d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient sont sommés d’attendre, sur place, des jours meilleurs. La levée de boucliers induite dans les opinions publiques par cette attitude de certains responsables européens des pays limitrophes à l’Ukraine semble avoir mis un terme à la discrimination initiale.

Guerre en Ukraine : des réfugiés discriminés en raison de leur couleur de peau, Courrier International, 28 février 2022.

En France, quelques éditorialistes et responsables politiques se laissent aller à des commentaires choquants. Citons, par exemple, le député centriste Jean Louis Bourlanges, invité au micro d’une grande radio :

« (Du fait de la situation en Ukraine) « on aura une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit. »

Ou bien un journaliste sur une chaîne d’informations en continu :

« On ne parle pas ici de réfugiés syriens qui fuient les bombardements du régime syrien ; on parle d’Européens qui partent dans des voitures qui ressemblent à nos voitures et qui essaient juste de sauver leur vie. »

Parce que les Syriens, non ?

De tels propos – inacceptables – illustrent une forme de « double standard » décomplexé entre les « bons » déplacés forcés et ceux qui seraient « négligeables ».

Ils traduisent, dans la bouche de leurs auteurs, la réaffirmation d’un occidentalo-centrisme dans la lecture des affaires internationales auquel les organisations humanitaires doivent elles-mêmes être très vigilantes.

L’impact de la mobilisation pour l’Ukraine sur les autres crises humanitaires

Outre les questions éthiques soulevées par ces postures, un autre danger se profile : on pourrait assister à un brusque coup de frein sur les financements des crises majeures et prolongées (Syrie, RDC, RCA, Yémen, Bangladesh, Soudan du Sud…) pour réorienter les dons des principaux pays contributeurs vers la crise ukrainienne.

Si tel devait être le cas, les conséquences seraient très graves pour le sort des populations alors délaissées. D’autant plus que le conflit en Europe aura de lourdes conséquences sur les prix et sur les possibilités de transport du blé, l’Ukraine constituant le premier fournisseur du Programme alimentaire Mondial (420 000 tonnes de produits alimentaires en 2020).

En toile de fond se trouve ainsi à nouveau posée la question du mode de financement) de l’aide humanitaire internationale. Ce modèle repose pour les trois quarts de l’enveloppe annuelle (de 40 milliards de dollars) sur les contributions volontaires d’une vingtaine de pays membres de l’OCDE – essentiellement occidentaux – et pour un quart sur la générosité de donateurs individuels issus des mêmes pays.

La crise ukrainienne, par son ampleur, va encore accroître le différentiel annuel qui prévaut au niveau mondial entre les besoins estimés nécessaires par le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations unies (OCHA) et les recettes obtenues. Il est déjà chroniquement déficitaire : 40 % des sommes appelées ne sont pas obtenues.

Le système humanitaire international ne peut plus fonctionner efficacement avec une telle équation économique. Elle est soumise à la fois à une subjectivité compassionnelle que l’on sait éphémère, et aux logiques d’une générosité aléatoire. La mobilisation est intimement liée aux proximités culturelles, géographiques, économiques ou politiques des individus et des États donateurs avec les populations confrontées à des crises.

Les images choc du petit Aylan, dont le corps sans vie fut retrouvé sur une plage de Turquie après le naufrage de l’embarcation qui le transportait avec ses parents ayant fui la Syrie, ont été vite oubliées. Il aura fallu la sortie récente d’un film qui lui est consacré, et dont le tournage s’est fait à l’insu de la famille, pour qu’éclate une nouvelle polémique. Cet épisode a réactivé la mémoire de ce petit garçon et du drame dont sa mort a résulté.

Une crise chasse l’autre

Ainsi, pendant que l’attention se focalise brusquement sur le sort de la population ukrainienne, seuls 10 % des fonds appelés par l’ONU pour lutter contre la famine en Afghanistan ont été obtenus. Six mois après les images – diffusées en boucle sur toutes les télés du monde – des foules afghanes massées sur l’aéroport de Kaboul pour fuir l’arrivée des talibans au pouvoir, le gouvernement danois met en place les premières procédures d’expulsion de réfugiés issus de ce pays présents sur son sol.

Au Yémen, où perdure une situation dramatique, les financements de l’aide ont baissé de 40 % l’an dernier.

Trop empreinte d’une générosité émotionnelle, l’aide internationale ne peut se déployer de façon satisfaisante pour les populations fragilisées par des crises dont bon nombre s’étalent sur des années. La durée de séjour moyenne de séjour dans un camp de réfugiés est de plus de dix ans. Pour les organisations humanitaires, la plus grande des vigilances reste de mise. Partout dans le monde aujourd’hui, et peut-être en Ukraine demain…The Conversation

Pierre Micheletti, P résident d’Action Contre la Faim – France. Concepteur et responsable pédagogique du diplôme universitaire « Santé Solidarité Précarité » à la Faculté de Médecine., Université Grenoble Alpes (UGA)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

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Jusqu’où les États-Unis et l’OTAN peuvent-ils aller dans leur soutien à l’Ukraine en guerre ?

Samantha Marro-Bernadou, Université de Bordeaux

Les pays occidentaux ont fourni à l’Ukraine un soutien assez conséquent dans de nombreux domaines dès le début des hostilités, mais, aux yeux des autorités de Kiev, ce soutien est insuffisant.

Comment expliquer cette auto-limitation des pays occidentaux, et notamment des États-Unis, membre fort de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) et adversaire historique de la Russie ?

Les États-Unis envoient de l’aide en Ukraine…

Regardons d’abord dans quelle mesure Washington s’implique dans ce conflit aux côtés de Kiev.

Premièrement, il y a le volet économique et financier avec les sanctions, dont les premières remontent au 6 mars 2014. Dès le 21 février 2022, le gouvernement étatsunien en a mis en place de nouvelles, contre des personnalités importantes du régime russe, contre des entreprises d’État critiques, ou encore visant les exportations étatsuniennes de certaines technologies utiles à la Russie. Celle-ci a également été exclue de la plate-forme de communication bancaire internationale SWIFT.

Ensuite, il y a le volet militaire. Au 7 mars, environ 100 000 soldats étatsuniens étaient déployés en Europe, en complément du transfert de plus de 2 milliards de dollars d’aide. Le 16 mars, le secrétaire d’État Anthony Blinken a recouru pour la cinquième fois en moins de six mois à une autorisation exceptionnelle d’assistance pour l’Ukraine, atteignant des sommes considérables. Cette aide comprend la livraison d’équipements militaires et de la formation.

En parallèle, Washington participe au renforcement des capacités de défense de l’OTAN sur son flanc est, en y envoyant par exemple des avions de chasse. La Force de réaction de l’OTAN a également été activée pour la première fois de son existence par le général Tod D. Wolters, Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), dans un but de dissuasion et de défense. Le 24 mars, les chefs d’État de gouvernement des pays de l’OTAN se sont accordés sur la nécessité de déployer quatre nouveaux groupements tactiques multinationaux en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie.

Le volet militaire ne comprend toutefois pas l’envoi de troupes étatsuniennes sur le territoire ukrainien et le président Biden, commandant des forces armées, a été clair à ce sujet.

… mais pas de troupes

Un détour par le droit s’impose pour connaître le cadre juridique qui régit les interventions extérieures étatsuniennes.

Le droit international proscrit tout recours à la force (art. 2§4 de la Charte des Nations unies). Les interventions extérieures armées de tout État membre des Nations unies sont donc illicites, sauf dans le cas où il serait question de légitime défense (art. 51) ou si le Conseil de sécurité les autorisait (chapitre VII).

C’est dans l’esprit d’une légitime défense collective qu’a été rédigé l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, qui stipule qu’une attaque contre l’un des membres de l’Alliance sera considérée comme une attaque contre tous. Mais étant donné que l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN, une telle argumentation juridique n’est pas recevable pour justifier une entrée en guerre otanienne aux côtés des Ukrainiens.

On remarque donc que le cadre est assez restreint ; c’est pourquoi d’autres formes d’intervention sont privilégiées. Les États-Unis ont en ce sens développé dans leur droit national des outils qui permettent d’avoir un impact sur l’adversaire sans mobiliser de troupes sur le territoire de celui-ci, comme les sanctions.

 

Celles-ci sont mises en application par l’Office of Foreign Assets Control du département du Trésor. Il répond aux objectifs de la politique étrangère et de la sécurité nationale en se fondant sur divers actes législatifs, comme l’International Emergency Powers Act ou le National Emergencies Act. Ce dernier oblige par exemple le président à informer le Congrès tous les ans de la reconduction de l’état d’urgence déclaré pour justifier la prise de sanctions sous peine de le voir se clôturer. C’est ce qui a été fait pour la situation en Ukraine, avec la reconduction annuelle de l’état d’urgence déclaré le 6 mars 2014.

La fourniture d’équipements militaires est régie par le Foreign Assistance Act et par l’Arm Exports Control Act. Ils autorisent le président à livrer des équipements militaires dans une situation exceptionnelle d’urgence, pour un montant maximal de 100 millions de dollars sur une année fiscale.

La fourniture d’armements et l’entrée en guerre

Comment peut-on qualifier juridiquement cette aide militaire ? Est-elle considérée comme un simple soutien, ou implique-t-elle que Washington est partie au conflit et peut dès lors être attaqué ?

Si Moscou veut lancer une attaque licite contre Washington, la livraison d’armes ne suffit pas. La jurisprudence a en effet pu établir que pour qu’un État soit considéré comme impliqué dans un conflit, il doit « joue[r] un rôle dans l’organisation, la coordination ou la planification des actions militaires du groupe militaire », ce qui se situe un degré au-dessus de la fourniture d’armements. Si Moscou décidait néanmoins de cibler les convois de livraison d’armes comme l’a évoqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères le 12 mars, une telle attaque ne saurait être considérée comme un acte de légitime défense répondant à une agression armée, comme stipulé dans l’article 51 de la Charte. Et malgré les apparences, la quête de licéité, même de façade, reste importante pour Moscou.

C’est cette limite que les États-Unis ne souhaitent pas franchir, ce qu’ils risqueraient de faire s’ils mettaient en place une zone d’exclusion aérienne, comme le demande le président ukrainien Zelensky. En effet, pour imposer une telle zone, il faut être en mesure d’abattre un avion de combat ennemi, ce qui serait considéré comme un acte de guerre et donc comme une entrée dans le conflit.

Qu’en était-il lors des précédentes interventions extérieures étatsuniennes ? Si l’on prend l’exemple de l’intervention en Afghanistan en 2001, déclenchée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, elle s’est trouvée légitimée en droit international par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. En interne, elle s’est appuyée sur l’Authorization for Use of Military Force (AUMF), acte législatif par lequel le Congrès a autorisé le président, seulement quelques jours après les attentats, à recourir à la force contre les responsables des attentats.

Bien qu’une telle autorisation spéciale n’ait pas été édictée pour la guerre en Ukraine car l’envoi de troupes sur le territoire ukrainien n’est pas envisagé, le Congrès et le président ont pu user de l’arme légale pour permettre un soutien renforcé à l’Ukraine. En effet, avec la signature de l’Ukraine Supplemental Appropriations Act le 15 mars, 13,6 millions de dollars d’aide d’urgence – humanitaire et militaire – ont été alloués à l’Ukraine pour faire face à l’agression russe, et certains verrous du Foreign Assistance Act ont été débloqués, en particulier les seuils de valeur de l’aide et l’obligation de notification au Congrès dans un délai de 30 jours.

La promulgation de cette loi peut être rapprochée de la promulgation de l’AUMF, toutes deux étant des modifications de l’ordre juridique interne pour satisfaire un besoin opérationnel.

Le lawfare ou la mobilisation de l’outil juridique dans un conflit

La conception du droit comme un outil de la guerre fait aujourd’hui référence à la notion controversée de lawfare. Mot-valise composé de deux termes anglophones, law (droit) et warfare (guerre), le lawfare s’est diffusé suite à la communication d’un général étatsunien retraité, Charles J. Dunlap Jr, prononcée dans le contexte particulier post-attentats du 11 septembre 2001.

Selon Dunlap, un respect trop rigide du droit international lie les mains des États-Unis car il peut être identifié comme une vulnérabilité par les adversaires. Ces derniers pourront alors « instrumentaliser » le droit, donc recourir au lawfare, afin de mettre les États-Unis dans une situation délicate où ceux-ci se verraient obligés de renoncer à certains objectifs militaires au profit du respect des normes juridiques, ou de violer les injonctions du droit international au profit de gains opérationnels.

À l’origine conçue comme une étiquette négative, l’adoption de cette stratégie va ensuite être prônée par certains auteurs, notamment aux États-Unis. Washington pourrait-il mettre Moscou dans cette même situation délicate dans le cas de la guerre en Ukraine ?

Ce conflit est particulier en ce qu’il n’y a pas d’affrontements directs entre les États-Unis et la Russie. Le droit apparaît dès lors comme un outil à privilégier pour atteindre l’adversaire à distance. Le traité de l’Atlantique Nord vient protéger Washington en le laissant à l’écart des affrontements directs, alors que les actes législatifs internes et leurs amendements sont utilisés comme des armes contre Moscou, à défaut de pouvoir en utiliser des vraies.

Le 15 mars, le Sénat étatsunien a voté à l’unanimité une résolution stipulant que Vladimir Poutine est un criminel de guerre, dans laquelle il fait référence à la Cour pénale internationale. Cette référence est logique mais peut intriguer car les États-Unis ne sont pas partie au Statut de Rome et ont tout fait pour saper la crédibilité de la Cour. Toujours est-il que cette résolution fait écho à la procédure déjà entreprise par la CPI au sujet des crimes qui auraient été commis sur le territoire ukrainien depuis fin 2013. Suite aux conclusions de l’examen préliminaire démarré le 25 avril 2014, le Procureur a demandé l’autorisation d’ouvrir une enquête, et celle-ci a effectivement commencé le 2 mars 2022.

 

Outre les traités, du « droit mou » peut être adopté pour atteindre l’image de l’adversaire, comme des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce fut le cas le 1er mars avec l’adoption de la résolution « Agression contre l’Ukraine » par une grande majorité.

En revanche, l’adoption d’une résolution avec force obligatoire du Conseil de sécurité est inenvisageable, étant donné la présence parmi les cinq membres permanents de la Russie. Cela s’est confirmé quelques jours plus tôt, le 25 février, quand un projet de résolution proposé par les États-Unis et l’Albanie n’a pas été adopté du fait du veto russe.

Le droit peut donc être mobilisé dans un conflit, mais il ne reste qu’un outil supplémentaire dans la palette des outils à la disposition des États. Son influence ne doit pas être surestimée, surtout dans le cas de la guerre en Ukraine où le facteur nucléaire a un poids non négligeable.The Conversation

Samantha Marro-Bernadou, Doctorante en science politique - Institut de recherche Montesquieu, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

 

Chroniques d’Ukraine : les ruines, l’insouciance et la banalisation de la guerre

Kharkiv, fin avril 2022. Romain Huët, Author provided
Romain Huët, Université Rennes 2

Dans Chroniques d’Ukraine, le chercheur Romain Huët nous raconte comment la guerre change le quotidien d’une population. Sur le terrain durant les mois d’avril et mai 2022, il documente le conflit au plus près pour The Conversation.


Kharkiv, partie 2.

Il m’a fallu seulement cinq heures pour rejoindre Kharkiv depuis Kiev. En dépit de l’intensité des combats, les trains fonctionnent toujours. Face à la gare, je me repose du trajet en buvant un café. J’entends alors les premiers sons d’explosions à quelques kilomètres de là. Comme toutes les personnes qui se trouvent autour de moi, je feins de n’avoir rien entendu, comme si tout cet acier dans le ciel n’avait aucune existence. Il a fallu que quelques militaires nous somment de nous abriter dans la gare pour que ces explosions relativement lointaines aient quelque effet sur nous.

Kharkiv est située dans le Nord-Est, non loin de la frontière russe. La ville, peuplée avant le conflit de près d’un million et demi d’habitants, est agréable. De nombreux espaces verts s’étendent un peu partout et promettent à ses habitants quiétude et promenades familiales. Sur le plan architectural, on y reconnaît de nombreux styles différents : art nouveau, bâtiments néoclassiques que l’on doit à son fameux architecte Oleksiy Beketov. Je me promets d’y retourner quand la paix reviendra. Je suis en train de passer à côté d’une histoire riche et vivante.

Kharkiv, début mai 2022. Romain Huët, Fourni par l'auteur

Je marche en direction d’un groupe de volontaires qui m’accueillera pendant une dizaine de jours. La statue du poète Taras Chevtchenko, non loin de l’immense place de la Liberté, est recouverte de bâches et de sacs de sable. Elle est intacte. La poésie résiste encore à l’empire de la destruction.

La statue de Taras Chevtchenko, dans le centre de Kharkiv. Romain Huet, Fourni par l'auteur

Pour le reste, je découvre un centre-ville largement écroulé par les bombardements. Plusieurs bâtiments officiels ont littéralement été détruits dans les premières semaines de la guerre. Les Russes ont fait quelques incursions dans la ville sans être parvenus à en prendre le contrôle. Aujourd’hui, ils sont à quelques kilomètres d’ici. Les tirs de roquettes et autres bombes s’abattent toute la journée, en particulier sur les quartiers Est de la ville. L’armée ukrainienne riposte et s’emploie à contenir l’avancée des Russes. À en croire ce qu’ils m’en racontent, les Ukrainiens ont l’ascendant.

Sinistre vertige de la désolation : le silence des « nouvelles » ruines

J’observe ces destructions dont seule la guerre est capable : murs éventrés et brûlés, étages d’immeubles pulvérisés, toits écroulés, monticules désordonnés de bétons, gravats et bouts de verre partout sur le sol, etc. Dans les premiers moments de mon arrivée, ces destructions ne m’ont pas fait grand effet comme si mes voyages précédents en Syrie (2102-2018) m’avaient immunisé contre les dangers d’une sensibilité trop ouverte. C’est ainsi qu’on enjambe le réel pour lui faire face. Banaliser est une façon de domestiquer l’inquiétant.

Romain Huet. Cliquer pour zoomer, Fourni par l'auteur

Mais à mesure que je marche seul dans Kharkiv, dans des rues absolument vides, je ne suis pas pour autant d’une grande sérénité. Au loin, les tirs de roquettes sont réguliers. Les puissants bâtiments effondrés deviennent désaffectés : sinistre vertige de la désolation. Je voudrais faire parler ces « nouvelles » ruines, lire ce qu’elles ont à dire. Mais elles se tiennent en silence, un silence glaçant. Diane Scott, dans son passionnant essai sur les ruines, enseigne mon regard et m’aide à le mettre en mots. Ce qui était autrefois animé est désormais silencieux. Ces destructions offrent à voir un monde pulvérisé. Les ruines cultivent l’incrédulité à l’égard du monde ; aussi monumental qu’il puisse être, il est susceptible d’effondrement. Elles signalent un vacillement du présent. En Ukraine, on ne compte plus les villes qui ne sont perçues que depuis leur destruction prochaine.

Non loin, les tirs de roquettes rompent ce silence et rappellent que la ruine est « nouvelle ». Les sens sont captivés par ces signes menaçants. On s’en remet alors à soi. Face au hasard des circonstances d’être au mauvais endroit, au mauvais moment, on songe à sa sécurité. Dans un cas comme celui-ci, il n’y a pas beaucoup de règles de prudence à respecter : éviter les grands boulevards, repérer les parapets de béton, remparts dérisoires contre les déflagrations, et marcher vite.

Dans la vie précaire et menacée, un centre de volontaires

J’arrive au centre de volontariat. Le lieu est accueillant et inspire la confiance. Il est tenu par une vingtaine de jeunes volontaires âgés de 20 à 30 ans. Anciennement, il s’agissait d’un bar associatif. On s’y rendait pour boire un verre, y rencontrer ses amis et écouter un concert. La scène est encore là, le bar aussi. Il ne manque que ses clients habitués. La décoration est simple et sans cohérence. On perçoit qu’elle s’est faite par de nombreuses mains, au gré des bonnes volontés et inspirations de ses visiteurs. Cette pièce de vie fait une centaine de mètres carrés. Sur son côté, une porte ouvre sur une autre salle, plus étroite, où un billard occupe la plus grande partie de l’espace.

Au centre de volontaires. Romain Huët

C’est le « centre d’appel » du groupe, c’est-à-dire un bureau où deux personnes s’affairent à répondre aux multiples demandes humanitaires provenant des habitants de la ville. C’est aussi la salle fumeur. Il y a également une grande cuisine équipée pour faire à manger pour de grands groupes. Deux cuisiniers volontaires l’occupent chaque jour. L’étage se compose un bureau d’une dizaine de mètres carrés, puis d’un étroit couloir où sont empilés les stocks de marchandises. Des cartons en piles branlantes occupent tout le mur du sol au plafond. Enfin, on y trouve une salle de bain en mauvais état mais fonctionnelle.

Le sous-sol fait office de dortoir. Une vingtaine de couchettes à même le sol et serrées les unes contre les autres meublent cet espace désordonné. La lumière orangée donne un aperçu incertain du lieu. Ce sont des combles souterrains aménagés dans l’urgence et améliorés au quotidien. Quelques chats y habitent. À les entendre gratter, sauter et filer, ils ont manifestement l’air de se plaire dans ce lieu peuplé de vies qui se reposent. C’est là où les volontaires dorment et où les jeunes couples se trouvent une intimité dans les temps de l’après-midi. Ce sous-sol est un monde caché : dépourvu de confort mais sécurisant. Le début de la guerre est encore trop récent pour réunir en un même lieu ces deux qualités. C’est là que j’ai été accueilli pendant une semaine.

Ce centre de volontariat a été constitué dès le commencement de la guerre par Bohdan, le gérant du bar. Au départ, il a accueilli en urgence les civils paniqués par les bombardements. Les premières semaines ont été violentes et les habitants impréparés à un tel contexte. Une soixantaine de personnes se sont réfugiées dans ce lieu.


Chroniques d'Ukraine :

  1. Un chercheur sur le terrain pour documenter la guerre
  2. L’art face à la guerre
  3. Volontaire pour entrer en guerre
  4. Peut-on tourner le dos à « sa » guerre ?
  5. Les ruines, l’insouciance et la banalisation de la guerre

Daria, à peine trente ans, s’occupe également du bar. Elle prend en charge le « call center ». Avec ses cheveux décoiffés et colorés d’un bleu incertain, elle transpire la bonne volonté. Son visage est fatigué mais ses yeux sont vifs comme si rien de ce qui passe autour d’elle ne lui échappe. Avant la guerre, elle était barmaid. Elle me raconte qu’elle aime la nuit, son ambiance, ses temps qui s’étirent, ses effusions. Elle me parle d’une jeunesse que l’on retrouve partout ailleurs. Celle de Daria a pris un tournant radical.

En 2015, elle s’est portée volontaire dans le Donbass. Elle apportait quelques aides matérielles. Son engagement était irrégulier, au gré des impulsions et de la sensibilité du moment. Elle n’ignorait pas la guerre et elle se doutait bien qu’elle pourrait arriver jusqu’ici :

« J’étais préparée. J’attendais la guerre. Du coup, c’était plus facile de me préparer. En fait, quand la guerre est arrivée, je savais que j’aurais un rôle. »

Néanmoins, les premiers jours ont été chaotiques : ambiance de fin de monde où la peur agitait tous les civils amassés dans cet espace exigu : « On passait notre temps à faire à manger, à soutenir psychologiquement les personnes les plus fragilisées et à attendre d’y voir plus clair sur la situation. »

Progressivement, la situation s’est normalisée. Ils ont mis en place une organisation de distribution alimentaire qu’ils vont livrer chaque jour dans les quartiers les plus exposés aux affrontements. Quotidiennement, ils apportent une centaine de sacs contenant farine, eau, boîtes de conserve, quelques fruits et légumes, produits de toilette et parfois de la viande. La composition des sacs varie en fonction de l’aide qui provient des pays voisins. Ils ne sont pas soutenus par une quelconque ONG internationale, mais ils ont bricolé leurs réseaux à partir de leurs connaissances personnelles. Une nouvelle fois, je constate cette aptitude au bricolage qui rend leur organisation vulnérable, tributaire des responsabilités que chacun endosse, de l’endurance dont ils sont capables.

Ivan : « je me suis habitué à la guerre »

Ivan, 27 ans, est l’un des vingt volontaires. Il s’occupe de l’intendance avec Daria. Je l’ai particulièrement pris en affection. Son visage est toujours allumé par un sourire tantôt malin, tantôt rieur. Il est collectionneur de tout ce qu’il trouve. En ce moment, son nouveau hobby est de collectionner les capsules de canettes. Régulièrement, je le vois chercher sur le sol en quête d’une nouvelle pièce qu’il ajoutera à sa collection. Il en a plus de 150. Il m’explique que sa petite amie, en échange d’un cadeau, le couvre de baisers. Alors, il collectionne et a toujours quelque chose à lui offrir.

Ivan est un peu l’homme à tout faire. Il conduit, répare, approvisionne le lieu des biens nécessaires, nettoie, aide aux nombreuses tâches domestiques. Sa présence généreuse détend l’atmosphère. Avant la guerre, il était barman et tout à fait satisfait de son travail fraîchement obtenu. Le Covid est venu défaire ses plans. Sans emploi pendant de longs mois, ou faisant quelques jobs temporaires, il venait de trouver une place comme vendeur de voitures à Kharkiv. Les commissions sur les ventes lui assuraient un revenu inespéré et il en était tout à fait satisfait. La guerre a ruiné ses plans.

Ivan, pendant une livraison. Romain Huët, Fourni par l'auteur

Il m’assure qu’il s’est habitué à la guerre, qu'il n’est plus habité par la peur. Le son des explosions lui est familier et banal. Beaucoup de choses ont été écrites à ce sujet mais je ne crois pas inutile d’insister à nouveau sur ce fait. Dans les moments d’ennui, je me rends dans l’un des nombreux parcs de la ville. Je lis Romain Gary, j’écris, et j’observe le paysage.

Non loin de moi, de jeunes adolescents jouent au basket, d’autres au ping-pong. Il ne se passe pas dix minutes sans que l’on entende une explosion. Certaines sont lointaines, d’autres plus proches, à 2 kilomètres environ. Je ne quitte pas les yeux de la table de ping-pong. Aucune de ces explosions n’a abrégé leurs échanges. C’est comme s’ils ne se passait rien. Seul, un chien promené par son maître, non loin de là, paraît vaguement se soucier de ce bruit sourd. Il lève le museau au ciel, ne sachant trop que regarder, puis s’en retourne humer les bonnes odeurs du sol. Quant à moi, quand je n’observe pas mon environnement, je continue à lire et à écrire avec ce sentiment nouveau en moi : il faut des efforts pour empêcher la vie.

La guerre comme expérience de l’ennui

Ces moments de solitude m’incitent à questionner le rôle de l’observateur du quotidien de la guerre. En tant qu’ethnographe, mon travail ne vise pas à clarifier la situation militaire. Il est de restituer un quotidien, des paroles ordinaires, et les diverses façons d’aborder un monde cahotisé.

La tentation est grande de ne raconter que les « histoires remarquables ». D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de documenter la guerre, les hommes sont que trop portés par la vantardise. À les écouter, ils ne sont traversés par aucune peur à l’exception des moments où ils ont frôlé la mort et dont ils se plaisent à raconter dans les infinis détails les circonstances exactes de leur péril. Ces situations critiques n’entament par leur détermination inébranlable. Ils s’empressent de rejoindre l’épicentre du feu puis déguerpissent aussi vite qu’ils sont venus. C’est là leur vocation. Et si on se met à questionner leur soif d’aventure et d’adrénaline, ils reprennent une mine sérieuse et solennellement déclament leur tirade favorite sur le devoir d’information qui est supérieur à la vie. Curieusement, ils ne semblent agités par aucun désordre intérieur. Eux, sans que je sache véritablement de qui je parle, sont forts en histoires remarquables.

Mais qu’y a-t-il à raconter ? La guerre a une loi générale : l’amoindrissement général de la plupart des gestes du quotidien. Ce quotidien n’est pas seulement desséché. Il est empêché, sinon annulé. Il se réduit à accomplir les actes les plus nécessaires au maintien de la vie. On s’y ennuie largement. Des heures durant, on attend des ordres, une mission à accomplir, une chose à faire. Les combattants ne font pas exception. Des milliers d’entre eux ont la tâche de contrôler les circulations aux checkpoints, d’organiser la logistique, d’accomplir toutes sortes de formalités administratives laborieuses.

Par exemple, dans certains bureaux, on les voit s’agiter pour enregistrer le matériel, noter le numéro de série et l’identité du soldat qui en sera le bénéficiaire. On les voit aussi attendre des heures on ne sait quel ordre improbable. Seuls les soldats engagés dans les premières lignes sont pris par l’intensité de la guerre. Tous ces hommes sont indispensables. Aux actes de bravoure tant de fois rêvés s’oppose un quotidien radicalement empêché et précipité dans un huis clos avec un nombre étroit de camarades. Il existe quelques divertissements, quelques stratégies pour tuer l’ennui, quelques soirées où l’ivresse aide chacun à s’absorber tout entier dans l’oubli du présent. Mais cette vie n’a de signification que dans le contexte dans laquelle elle se déploie.

Au bar du centre de volontaires. Romain Huët, Fourni par l'auteur

Des aventures surgissent occasionnellement. C’est d’ailleurs cette rupture imprévisible des temporalités, ce surgissement toujours possible d’un événement qui maintient chacun dans la concentration et le sérieux de la guerre. Les aventures, aussi occasionnelles qu’elles puissent être, excusent l’ennui. Les désastres que cause la guerre ne résident pas exclusivement dans le spectacle de l’horreur. À mesure que la guerre enveloppe ces existences, l’époque où la vie pouvait se concevoir autrement devient progressivement un lointain souvenir. Plus dure la guerre, plus se creuse le désastre subjectif.

Ivan est ce témoin non spectaculaire de la guerre. Il n’est pas de passage à Kharkiv. Il vit ici. Il ne cherche pas à m’impressionner. La guerre a fait effraction et le temps n’est pas encore venu de raconter ses innombrables exploits, tels des anciens combattants. Quand il me raconte la guerre, il oscille entre fatalisme et banalisation de la situation. Depuis le 24 février 2022, il a vu partir bon nombre de ses amis :

« Il ne me reste qu’un ou deux de mes amis ici. Un jour, un car est venu pour nous évacuer. J’avais la possibilité de grimper dedans et de partir. Je n’ai pas pu le faire, je voulais rester et aider. »

En règle générale, les motifs du volontariat ne sont pas davantage expliqués, comme s’il existait deux ultimes choix : partir ou résister. Les justifications de son engagement se passent d’élaboration.

Ivan ne bégaie pas. La décision de rester pour lutter semble s’enraciner dans le corps, les tripes, comme si le renoncement était un désaveu de soi. Ses yeux s’illuminent et son sourire détend malicieusement son visage lorsqu’il me raconte ses aventures pendant ces deux mois de guerre. Dans les tout premiers jours, il a essayé de rejoindre un centre de volontariat :

« Le type qui accueillait m’a redirigé dans un autre centre car celui-ci était bondé de monde. Je me dirige vers la nouvelle adresse. Et boum, une explosion effroyable m’a fait sursauter. Derrière moi, à 200 mètres de là, une bombe était tombée sur l’endroit où je venais de discuter avec le garde. »

Puis, il me raconta une seconde histoire. Alors qu’il marchait dans les rues désertes de Kharkiv, soudainement, des tirs ont retenti au coin de la rue. Une troupe d’une quinzaine de soldats russes pointaient le bout de leur nez à quelque 200 mètres de là. Dans ce bref instant confus, et animé par il ne sait quel instinct, il sauta dans un arbre voisin et grimpa pour se mettre à l’abri. Accroché sur les branches, il assista à un spectacle inouï à en voir la mine effarée qu’il prend à l’instant où il me parle :

« À ma gauche, il y avait l’armée ukrainienne et à ma droite l’armée russe. Les soldats étaient littéralement face à face. Entre les deux espaces de quelque 200 mètres, il y avait un véhicule blindé ukrainien, vidé de ses occupants. »

Médusé, Ivan assiste au spectacle de l’affrontement. Alors que le feu bat son plein, un des militaires ukrainiens ordonne à l’un de ses hommes de récupérer le véhicule blindé. Au prix que coûte un tel matériel, cela vaut bien la peine de risquer quelques vies :

« Et là, j’ai complètement halluciné. Les types se marraient presque. Et tu as un gars qui s’est mis à courir vers le véhicule, ignorant tous les tirs et en quelques secondes, le ramène du côté de la troupe. C’était incroyable leur légèreté à cet instant-là. »

C’était un moment grisant et déconcertant à la fois.

L’art de la retenue

À mesure que je fréquente ces volontaires, je constate la sobriété de leurs récits. Je suis aussi frappé par la retenue dans l’expression de leurs émotions. Elles ne débordent jamais. Ils semblent se tenir dans un autocontrôle permanent, si bien que leurs indignations sont feutrées. C’est l’art redoutable de la réserve.

Ce contrôle de soi n’est pas lié à ma présence. Il est une ambiance générale. Dans le groupe, les uns et les autres se témoignent une solide affection. Je les vois se toucher sans arrêt, se prendre dans les bras, mais ils ne racontent pas les problèmes de la guerre, comme si parler de ses doutes ou de son désarroi suffisait à nier le chaos.

La guerre a son lot de tragédies. Ils ne m’en racontent que quelques-unes, sans s’étendre davantage. La réserve est le rempart à la fébrilité, la manifestation d’une lassitude latente face à une situation qui traîne. Les jours se répètent. La monotonie ronge les quotidiens. Les fronts de Kharkiv ne bougent pas. J’ignore le genre de doutes qui pourraient bien les habiter ou simplement les traverser. Mais lorsque l’on a choisi de rester, cela donne curieusement un sens et une direction à sa vie et commande de poursuivre, comme si rester impliquait un choix qui surpasse tous les autres, une dette qu’ils avaient envers la guerre. La guerre est ce que les gens font. Ici, ils en font une résistance minuscule au sein d’une guerre de grande échelle.

Une journée type :

7h : réveil, café lyophilisé,

7h05 : première cigarette, deuxième, puis troisième. Presque deux paquets par jour.

8h : chargement des voitures.

8h10 : départ pour livrer les colis dans les quartiers exposés.

Avant le départ pour une livraison. Romain Huët, Fourni par l'auteur

13h : Retour au QG. Déjeuner

15h : Nouvelles livraisons si les colis sont préparés.

20h : Couvre-feu.

20H-23h : billard, téléphones portables, films, quelques conversations, billard, téléphones portables, films, quelques conversations.

Demain et les jours suivants, avec Vitali, Mark et Alissia, j’irai livrer les colis dans les quartiers Est de la ville.The Conversation

Romain Huët, Maitre de conférences en sciences de la communication, Chercheur au PREFICS (Plurilinguismes, Représentations, Expressions Francophones, Information, Communication, Sociolinguistique), Université Rennes 2

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Krieg in der Ukraine?

Par Le 13/02/2022

Krieg ist eine Niederlage ... für die Menschenrechte. Warum konnte diese Situation in der Ukraine, in Europa also, entstehen?

Wie ist es zu dieser Entwicklung gekommen und wie man kann hoffen einen dauerhaften Frieden in der Region zu gestalten?

Denn Krieg ist keine Lösung der Konflikte. Diese Konflikte brauchen eine politische Lösung und dazu braucht es eine nachhaltige, internationale Zusammenarbeit.

Wie kann man Frieden... gestalten?

 

 

 

 

Russie-Ukraine : la guerre est-elle inévitable ?

Christine Dugoin-Clément, IAE Paris – Sorbonne Business School

Au printemps 2021, la Fédération de Russie avait massé des troupes aux frontières ukrainiennes avant d’entamer une désescalade diplomatique qui ne s’était traduite que par un très léger retrait des hommes et du matériel déployés.

Cet hiver, Moscou a de nouveau entamé un vaste déploiement, qui s’accompagne de plusieurs exigences : la mise en œuvre des accords de Minsk II signés en 2015 ; et, surtout, l’engagement de l’OTAN de ne jamais intégrer l’Ukraine et de réduire sa présence dans les pays d’Europe orientale ayant rejoint l’Alliance depuis la fin de la guerre froide.

Malgré les tentatives de négociations entamées à Genève entre la Russie et les États-Unis, où l’Europe et l’Ukraine elle-même n’ont que peu voix au chapitre, les tensions ne cessent de monter entre Joe Biden et Vladimir Poutine. Si bien qu’une offensive de la Russie, si ses exigences ne sont pas satisfaites, apparaît à ce stade comme une possibilité alors même qu’elle aurait pour tous des conséquences désastreuses.

Un conflit qui ne s’est jamais éteint

À chaque poussée russe, les pays d’Europe semblent redécouvrir la situation sécuritaire de l’Ukraine. Celle-ci n’a pourtant pas connu de réelle paix durable depuis 2014. Le conflit dans le Donbass est considéré comme étant de moyenne intensité. Sur la durée, malgré un cessez-le-feu plus ou moins bien respecté, il n’a jamais cessé, connaissant des évolutions cycliques, comme en témoignent les violations du cessez-le-feu rapportées par l’OSCE.

En dépit des nombreux efforts déployés par les membres du format Normandie ou directement par les États, aucune solution n’a pu être trouvée. À cela, plusieurs raisons, dont la plus importante réside dans le refus de la Russie de venir à la table des négociations au titre d’acteur principal.

Depuis 2014, Moscou affirme en effet ne pas être partie prenante du conflit du Donbass et n’avoir à ce titre aucune légitimité dans les négociations consacrées spécifiquement au sort de la région – celles-ci, affirme-t-elle, doivent se tenir entre les autorités de Kiev d’une part, et les séparatistes à la tête des « Républiques populaires » autoproclamées de Donetsk (DNR) et Lougansk (LNR) d’autre part.

Le Kremlin campe fermement sur cette position, tandis que l’Ukraine et les Occidentaux l’accusent régulièrement d’offrir un large soutien militaire à ces territoires.

La nouveauté Biden et les JO de Pékin

L’arrivée à la Maison Blanche de Joe Biden, il y a un an, a donné des espoirs aux Ukrainiens, notamment parce qu’il avait, en 2014, en sa qualité de vice-président de Barack Obama, soutenu la « Révolution de la Dignité » qui s’était soldée par la fuite du président Viktor Ianoukovitch et l’avènement d’un pouvoir pro-occidental à Kiev. La Russie, de son côté, a cherché à plusieurs reprises à tester sur le dossier ukrainien la capacité de réaction du nouveau président américain.

Si les bruits de bottes se font de plus en plus forts, l’agenda rappelle de sinistres souvenirs. Les Jeux olympiques de Pékin se dérouleront du 4 au 21 février. Or, les JO ont souvent été pour la Russie une occasion de lancer des opérations militaires. En 2008, c’est alors que les JO de Pékin (déjà) se déroulaient du 8 août au 24 août que la Géorgie fut amputée de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par une invasion russe. Et en 2014, c’est pendant les JO de Sotchi (du 7 au 23 février) que la Crimée a été annexée par Moscou.

Comparaison n’est pas raison, mais des parallèles peuvent néanmoins été établis, surtout en période d’intenses tensions. D’autant plus qu’attendre le début des Jeux de Pékin pour passer à l’action permettrait à la Russie de se présenter auprès de sa population comme un acteur patient, ayant tout tenté pour ne pas arriver à cette décision ultime, mais y ayant quasiment été forcé par l’agressivité et le manque d’honnêteté occidental. En effet, Moscou pourra mettre en avant le fait que ses demandes de « garanties de sécurité mutuelle » n’auront pas été prises en compte par un Occident décrit comme inconscient ; de plus, ce délai aura laissé au Kremlin le temps de préparer ses stratégies offensives tant cinétiques que cyber et informationnelles.

Quel déploiement cinétique et quelles conséquences ?

Des attaques cyber ont déjà été conduites contre l’Ukraine. Elles pourraient n’être qu’une première vague permettant de désorganiser le pays, et facilitant d’autant un déploiement cinétique russe. Quant au volet informationnel, il est déjà largement déployé via différents canaux, afin de justifier les actions qui pourraient être menées dans les semaines à venir.

L’intensité des bruits de bottes force à s’interroger sur la nature et les conséquences qu’aurait une opération militaire russe. Une chose est certaine : le scénario le plus favorable pour la Russie serait de se retrouver dans une position de réponse et non de primo attaquant. Il faudrait pour cela une attaque ou un faux pas des Ukrainiens. Ces derniers, aux prises directes avec Moscou depuis des années, le savent mieux que quiconque. Dans ce contexte, la création d’une « false flag attack » ne peut être exclue : si la Russie se retrouvait à réagir à une opération ukrainienne (même simulée), ce serait une aubaine pour son discours politique et diplomatique. Cela permettrait la mise en œuvre d’une réponse sous forme d’une invasion.

Dans cette hypothèse, Moscou pourrait, comme elle l’a déjà fait par le passé, se prévaloir de la pratique du fait accompli et ne pas rétrocéder les zones occupées. Une autre option en matière de dommage sur les populations et de perturbations en cas d’incursion serait que les prisonniers de droit commun soient libérés et armés, comme cela a été rapporté dans d’autres conflits. Ce type d’actions aurait un effet dévastateur sur les populations locales, et engendrerait une désorganisation des forces qui se verraient obligées d’intervenir sur plusieurs théâtres, surtout dans un contexte de guerre.

Comment une éventuelle incursion se déroulerait-elle ? Les options sont multiples. Un passage par le Donbass vers Kiev ne semble pas très probable, car l’armée russe se retrouverait immédiatement aux prises avec les forces ukrainiennes déjà présentes sur cette zone depuis 2014. Néanmoins, des tirs depuis le territoire russe de missiles de longue portée, renforcés par des tirs d’artillerie visant les structures de commandement ukrainiennes (Command and control) mais aussi les points stratégiques, pourraient tout à fait être envisagés. Une fois ces structures détruites, les communications et capacités de mouvement des troupes ukrainiennes seront gravement endommagées et la pénétration russe en territoire ennemi serait largement facilitée.

Deux autres voies seraient envisageables. L’utilisation de forces aériennes depuis la Biélorussie pourrait également être envisagée séparément pour frayer un passage aux forces russes ou conjointement pour prendre Kyiv en étau.

Enfin, le déploiement militaire russe opéré dans le Sud sur les territoires annexés de la Crimée fournit une autre opportunité tant de prise en étau que d’entrée en Ukraine.

Reste à savoir ce que la Russie souhaiterait ensuite. Occuper un territoire refusant la présence russe aurait un coût particulièrement élevé pour Moscou. Attendre que l’Ukraine plie sous la force russe pour proposer des négociations particulièrement avantageuses pour la Russie, incluant le mise en place d’un pouvoir prorusse faisant de l’Ukraine un État inféodé serait en revanche tout à fait envisageable. La partition de l’Ukraine, qui aboutirait à terme au rattachement à la Russie d’autres parties de son territoire, serait également une option.

Au-delà de la catastrophe que ces différentes configurations représenteraient pour l’Ukraine, elles permettraient à Moscou de négocier à son avantage des traités de sécurité avec l’OTAN, ce qui créerait sans doute la plus grande inquiétude chez les membres de l’Alliance les plus proches géographiquement de la Russie.

Une population résignée mais combative

De son côté l’Ukraine garde la tête froide au milieu de l’agitation européenne. Il n’y a dans cette approche aucune naïveté, mais le souhait de ne pas nourrir un engrenage déjà dangereux.

De manière générale, les Ukrainiens semblent résignés quant aux intentions russes, et ne pas s’attendre à un soutien massif de la part des Européens et des Américains, et ce malgré la mise en alerte des troupes américaines en Europe. À ce titre, ils ont rappelé que toute incursion devait être prise en compte et non divisée, comme l’a fait Joe Biden, entre mineure et majeure.

Outre les militaires d’active, l’Ukraine compte nombre de vétérans et de volontaires qui sont prêts à prendre les armes pour se défendre. Tout en espérant que la situation n’ira pas jusqu’à un point de non-retour et que la rationalité l’emportera sur l’irrationalité du déclenchement d’une guerre. Quelle que soit l’évolution dans les jours et semaines à venir, la tension est plus que palpable et mérite que la communauté internationale y consacre toute son attention, tout en veillant à garder la tête froide.The Conversation

Christine Dugoin-Clément, Analyste en géopolitique, membre associé au Laboratoire de Recherche IAE Paris - Sorbonne Business School, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chaire « normes et risques », IAE Paris – Sorbonne Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

 

Energie? Die ERDE hat Energie.

Par Le 12/11/2021

Nachhaltige Entwicklung und Klimawandel und gleichzeitig sind wir auf der Suche nach nachhaltigen Formen der Energieproduktion.

 

Atomenergie als Lösung für die Energieprobleme der Welt?

Gibt es Alternativen? Was fehlt uns heute? Ist es die Technik? Sind es die Ideen? Ist es Energie?

 

 

 

 

 

 

 

Dominique : « Si le noyau de la Terre est plus chaud que le soleil, pourquoi la terre ne brûle pas ? »

Schéma des couches terrestres. CharlesC / Wikipedia, CC BY-SA

Yaël Nazé, Université de Liège

Le cœur de la Terre est chaud, très chaud : environ 5400 °C. Cette température est proche de celle qu’on retrouve à la surface du Soleil. Par contre, il faut préciser que le cœur du Soleil, lui, est bien plus chaud : environ 15 millions de degrés ! En comparaison, avec une température de 1000 à 2000 °C, la plupart des flammes sont plus froides.

Pourtant, malgré ces températures élevées, ni le cœur de la Terre, ni le Soleil ne brûle. Brûler, c’est un concept très spécifique, en fait : une réaction chimique dite d’oxydoréduction (impliquant généralement un gaz : l’oxygène) qui libère de la chaleur.

Au cœur du Soleil se produisent des réactions très différentes : celles de la fusion nucléaire. Les noyaux d’un élément appelé hydrogène se combinent pour former un élément un peu plus complexe : l’hélium. Cette réaction libère aussi de l’énergie, qui parvient petit à petit à la surface, d’où elle nous parvient grâce à la lumière.Bien qu’il évacue ainsi la chaleur produite, le Soleil ne se refroidit pas parce que les réactions continuent en son cœur.


À lire aussi : Hugo, 5 ans : « Pourquoi les étoiles brillent-elles ? »


Pour la Terre, les choses sont un peu différentes : la température élevée vient de la chaleur initiale (la Terre était chaude quand elle s’est formée et se refroidit depuis doucement) et de la désintégration des éléments radioactifs (qui ne sont pas éternels).

Le cœur de la Terre est donc chaud, et la chaleur s’évacue là aussi vers la surface. Notre planète s’est donc refroidie petit à petit. Ainsi, il y a plusieurs milliards d’années, la surface est devenue si froide qu’elle s’est solidifiée – c’est le sol sur lequel tu marches. Bien sûr, cette croûte fait un peu comme un couvercle sur une casserole et cela complique le refroidissement, mais il continue à se faire, notamment via les éruptions volcaniques.

Une différence importante avec le Soleil, c’est que notre planète se refroidit petit à petit… Dans un lointain futur, notre Terre n’aura plus de cœur chaud, et cela changera la planète : la dynamo qui s’y produit et génère le champ magnétique s’arrêtera, les plaques de la croûte terrestre ne bougeront plus… Mais en attendant, cette chaleur interne peut être utilisée : c’est la géothermie. Ainsi, l’eau chaude des profondeurs sert pour le chauffage urbain de plusieurs villes…


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Yaël Nazé, Astronome FNRS à l'Institut d'astrophysique et de géophysique, Université de Liège

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Warum sprechen wir verschiedene Sprachen?

Par Le 25/08/2021

Warum sprechen wir verschiedene Sprachen? Und welche Folgen hat das für die Gesellschaften?

--  Sprachen haben eine Geschichte, sie sind Teil einer Familie und sie verändern sich in der Zeit.

Wir müssen oder dürfen oder können uns mit Übersetzungen verstehen. Wir müssen das Übersetzen ... lernen.

 

 

Oscar : « Pourquoi n’y a-t-il pas qu’une langue parlée sur Terre ? »

Les grandes familles des langues indo-européennes et ouraliennes. Minna Sundberg

Cameron Morin, Université de Paris

Merci, Oscar, sache que c’est une question plus compliquée qu’on ne le croit et qui a interrogé l’humanité depuis bien des années !

À première vue, on a souvent envie de penser que la grande diversité de langues qui peuplent notre monde remonte aux origines de l’humanité elle-même.

Une des histoires les plus connues qui a tenté de répondre à cette question, c’est celle de la Tour de Babel, dans la Bible. Je te raconte : au commencement du monde, tous les humains parlaient la même langue. C’était une situation vue comme idéale, car ainsi tout le monde se comprenait : moins de risques de malentendus entre les communautés, une communication plus simple, universelle, et propice à la paix. Seulement, les humains utilisèrent cet outil à de mauvaises fins : ils voulurent construire une ville dont la tour principale serait si haute qu’elle toucherait le ciel, le domaine de Dieu. Ce dernier, voyant cette démesure, décida de disperser les bâtisseurs aux quatre coins de la Terre et de brouiller leur langue, afin que chaque groupe en parle une différente et qu’ils ne puissent plus se comprendre. Ainsi naquirent les langues.

Bien sûr, il s’agit d’une histoire, mais elle souligne un certain nombre de problèmes lorsqu’on pense à l’origine du langage et sa diversification sous forme de langues. Les disciplines qui étudient ces questions sont la linguistique (l’étude du langage) et l’anthropologie (l’étude de l’espèce humaine). Beaucoup de scientifiques étudient ces deux domaines depuis le XIXe siècle, mais il reste encore de nombreuses controverses (des débats compliqués) dans les théories. Elles étudient des périodes de l’histoire humaine si anciennes qu’on y trouve très peu d’indices sur les langues parlées à l’époque. Il faut dire que l’écriture n’avait pas encore été inventée, encore moins les cassettes audio !

Tout d’abord, est-ce que l’humanité a démarré avec une et une seule langue ? Ce problème concerne l’évolution du langage : les étapes biologiques qui nous ont permis de communiquer avec des systèmes d’expression de plus en plus créatifs et de plus en plus complexes, qu’on pourrait appeler provisoirement la « grammaire ». Tout comme pour l’origine de la vie, les scientifiques débattent depuis longtemps de la source du langage : a-t-elle émergé à un seul endroit sur Terre ou à plusieurs endroits en même temps ?

Si c’est la première réponse, alors oui, l’humanité a peut-être démarré avec une seule langue, mais sans doute une langue partagée par un tout petit groupe, et qui a très vite changé par la suite. Si c’est la deuxième réponse, alors le langage aurait émergé au sein de plusieurs groupes humains distincts, et donc il y aurait eu, dès le départ, plusieurs langues parlées sur Terre. Les deux positions semblent se défendre et il y a un vrai débat, à cause du manque de données et de preuves issues de notre Préhistoire… Mais dans les deux cas, il semble improbable que tous les humains, au sein d’une grande population allant de l’Europe à l’Asie, aient pu parler une seule et même langue partout, comme dans l’histoire de la Tour de Babel.

Pourquoi c’est improbable ? Parce que la langue a la caractéristique unique de changer en permanence, et très vite, lorsqu’elle est parlée par des groupes de plus en plus nombreux, et dans un espace géographique de plus en plus grand.

Lorsque nous parlons une langue, nous nous mettons d’accord sur les mots que nous utilisons et les règles grammaticales qui vont les organiser dans des phrases. Mais ces mots et ces règles ne sont jamais exactement les mêmes entre deux individus ni entre deux groupes. Cette variation a pour résultat de faire changer les langues, et d’en créer des nouvelles. Par exemple : prenons le village A, qui parle une langue. Le village B, qui est juste à côté, parle presque la même langue, avec peut-être quelques mots qui changent. Le village C, un peu plus loin, parle une langue similaire, mais avec certaines règles qui diffèrent… Et ainsi de suite, jusqu’au village Z, qui est si loin du village A qu’ils ne se sont jamais rencontrés, et qu’ils parlent une langue si différente qu’ils ne se comprendraient pas !


La variation de la langue entre plusieurs communautés. Cameron Morin

Notre exemple des villages souligne la variation des langues dans l’espace, mais une autre dimension importante, c’est le changement au cours du temps : par exemple, si tu compares ta manière de parler avec celle de tes parents, tu remarqueras sans doute que vous utilisez des mots un peu différents. En principe, ces différences devraient être encore plus remarquables entre ta manière de parler et celle de tes grands-parents. Tu peux faire le test !

Cette variabilité fondamentale du langage nous donne l’immense nombre de langues qui s’est développé au cours de l’Histoire : aujourd’hui, on les estime à environ 7000 dans le monde – un nombre qui malheureusement décline, à cause d’un phénomène contemporain d’extinction des langues. Chacune de ses langues s’inscrit dans une famille, avec des « frères et sœurs » contemporains (par exemple, le français, l’italien et l’espagnol) et un parent antérieur (le latin). Au XIXe siècle, les linguistes et anthropologues firent une découverte majeure sur les plus de 200 langues parlées en Europe. Une grande partie de celles-ci seraient issues d’une langue commune et très ancienne, répandue en Eurasie : l’indo-européen ! Au fur et à mesure des années, et avec les mouvements de populations qui se sont séparés dans des pays de plus en plus éloignés, l’indo-européen s’est subdivisé en plusieurs familles et sous-familles : parmi les plus connues, les langues slaves (russe, tchèque, croate), celtiques (gaélique, gallois, breton), germaniques (allemand, anglais, scandinave), romanes, et bien d’autres.


La branche latine des langues indo-européennes (simplifiée). Cameron Morin

Voilà certaines raisons pour expliquer qu’il n’y ait pas qu’une langue parlée sur Terre. Mais est-ce que c’est une mauvaise chose, comme le sous-entend l’histoire de Babel ? Bien que les langues du monde soient très différentes les unes des autres, elles ont en commun de refléter les étonnantes compétences du langage chez les humains, et en cela, elles sont toutes égales. De plus, la diversité des langues est l’image d’une diversité des cultures du monde, d’une richesse de l’humanité répandue aux quatre coins de notre planète. Nous sommes à une époque où la mondialisation tend à réduire cette diversité, et à mettre de nombreuses langues en voie d’extinction, un peu comme les espèces vivantes, animales et végétales, de la nature. Il est urgent de préserver cette diversité, et de peut-être rejeter l’idéal biblique d’une langue « unique et universelle ». Après tout, nous sommes aussi très forts en traduction !


Diane Rottner, CC BY-NC-ND

Si toi aussi tu as une question, demande à tes parents d’envoyer un mail à : tcjunior@theconversation.fr. Nous trouverons un·e scientifique pour te répondre.The Conversation

Cameron Morin, Doctorant en linguistique, Université de Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

17 Ziele...und viel Arbeit.

Par Le 27/04/2021

 

 

 

 

Soziale Mobilität? Deutsch lernen!

Par Le 12/02/2021

Die soziale Mobilität beschreibt die Möglichkeit von Menschen in einer Gesellschaft eine andere Position, als die von den Eltern bestimmte, einnehmen zu können.

Kann die Tochter oder der Sohn von einem Arbeiter eine wichtige Stellung erreichen?

Können die Kinder durch Arbeit und Ausbildung einen besseren Verdienst als ihre Eltern erarbeiten?

Was zählt am Ende für den sozialen Aufstieg: Intelligenz, Arbeit und Fähigkeit, Kompetenzen oder ... das Elternhaus?

Die Frage nach der "Sozialen Mobilität" ist aber auch gleichzeitig die Frage nach der Natur einer Gesellschaft und die Soziologie hat ein weites Arbeitsfeld. Arss couverture

Was bedeutet denn "Sozialer Aufstieg", wie kann man "Erfolg im Leben, Erfolg im Beruf" definieren? Reicht eine Definition nach dem Jahreseinkommen aus?

Die "Soziale Mobilität" steht in einem engen Zusammenhang mit der Möbilität der Menschen im Raum und damit entstehen Folgen für die Raumordnung.

Eine Gesellschaft ist ein  soziales System, das sich in der Zeit ständig entwickeln muss.

Wie wollen wir morgen leben? Welche Ziele wollen wir in unserer Gesellschaft verfolgen?

Wie kann man "soziale Gerechtigkeit" definieren? Und was bedeutet das für das Problem der "Sozialen Mobilität"?

 

 

Démocratiser les grandes écoles : pourquoi ça coince ?

Marie Duru-Bellat, Sciences Po

Alors que les élites françaises, économiques et politiques, sont volontiers critiquées pour la base très étroite de leur recrutement – 84 % d’anciens des grandes écoles parmi les dirigeants des entreprises du CAC 40, par exemple –, les grandes écoles sont l’objet, notamment depuis une vingtaine d’années, de diverses Chartes ou dispositifs qui visent à en élargir le recrutement.

Car aujourd’hui, les deux tiers de leurs étudiants (et même presque 80 % dans les 10 % des écoles les plus sélectives) sont d’origine sociale très favorisée (cadres, chefs d’entreprise, professions libérales et intellectuelles). Ceci correspond, si on se cale sur les élèves de troisième, à des chances d’accéder à une grande école 9 à 10 fois supérieures, pour ces élèves, par rapport à ceux de milieu défavorisé.

Ces constats interrogent : ces élites sont bien monolithiques et on peut s’interroger sur la pertinence de la formation en grande école pour nombre de ces positions de pouvoir… Mais après tout, si l’on était certain qu’accéder à une grande école ne fait que refléter le mérite, il n’y aurait là rien de choquant, dans une société qui rejette l’hérédité des positions sociales au profit d’une sélection des plus méritants, tâche qu’est censée assurer l’institution scolaire.

Alors que le caractère très typé socialement des diplômés des grandes écoles fait soupçonner une entorse au jeu méritocratique, le rapport très fourni de l’Institut des Politiques Publiques, documente les facteurs qui viennent le contrarier, à savoir, outre l’origine sociale, le genre et l’origine géographique. Et ce alors que les diverses actions mises en place depuis les années 2000 n’empêchent pas une grande stabilité !

Une ségrégation sociale massive

Concernant l’impact très fort de l’origine sociale, les auteurs notent que les inégalités sociales de réussite en amont n’expliquent pas tout, environ 50 % si on se cale sur le niveau en fin de troisième. Cela dit, les scolarités jusqu’en troisième sont de moins en moins sélectives, et les filières où l’on accède au lycée le sont, elles, de plus en plus.

Depuis 30 ans, la réelle démocratisation de l’accès au bac s’est accompagnée d’une diversification des bacs, avec notamment le bac professionnel. Cette évolution s’est faite à telle enseigne que les chances d’accéder à un bac général – porte d’accès incontournable pour une grande école – n’ont pas augmenté ces dernières années pour les enfants des milieux les plus défavorisés. Ils sont aspirés par la filière professionnelle, tandis que les probabilités d’obtenir un bac scientifique varient presque de 1 à 10 selon les milieux.

 

Ces inégalités sociales de réussite sont très précoces : les chances d’obtenir un bac général ou technologique sont elles-mêmes extrêmement inégales selon le niveau scolaire à l’entrée en sixième, lui-même lié au niveau à l’entrée à l’école élémentaire.

On ne saurait donc espérer démocratiser l’accès au sommet de l’élite scolaire – par des bourses au mérite distribuées à 18 ans par exemple – si dès le cours préparatoire des inégalités sociales de réussite s’accumulent, que l’école ne parvient pas à contrer.

Des facteurs culturels et matériels

Cependant, la réussite scolaire ne fait pas tout. Alors que globalement, les filles réussissent mieux leurs études secondaires, et représentent 55 % des effectifs de niveau bac + 3 à bac+5, elles ne comptent que pour seulement 42 % des effectifs des grandes écoles et 37 % des plus sélectives.

Mais là aussi, on ne peut se contenter d’une approche globale calée sur le niveau en fin de troisième. En effet, au lycée, les choix d’options et de filières, qui anticipent les orientations dans le supérieur et la vie professionnelle, sont sexués. À ce stade, les filles n’évitent pas tant les maths que la physique et veillent à rester relativement polyvalentes, ce qui facilitera leur accès aux écoles de commerce ou à Sciences Po.

 

De fait, leur sous-représentation concerne avant tout les écoles d’ingénieurs (26 %), alors que des filières comme Sciences Po Paris ou, à un degré moindre, les écoles de commerce, sont largement féminisées.

Ici intervient d’une part le poids des stéréotypes qui connotent comme masculines ou féminines les disciplines scolaires, et qui, notamment parce qu’ils marquent inconsciemment les attentes des enseignants, canalisent très tôt le sentiment d’efficacité et les projets des élèves. D’autre part, il faut compter avec l’anticipation d’un monde du travail loin d’être mixte, où il semble plus ou moins facile de se projeter, selon son genre, dans telle ou telle profession. Seules des évolutions sociales de longue haleine peuvent ici atténuer ces freins.


À lire aussi : Pourquoi l’égalité entre les sexes n’efface-t-elle pas les ségrégations dans les filières scientifiques ?


Les grandes écoles sont également très parisiennes : 30 % des étudiants de grande école ont passé leur bac à Paris ou en Île-de-France (contre 19 % des bacheliers), un chiffre qui monte à 41 % dans les 10 écoles les plus sélectives. Ces inégalités sont clairement contraires à l’idéal méritocratique : peu expliquées (20 %) par les inégalités de réussite en 3e, c’est avant tout l’inégale distribution sur le territoire des classes préparatoires et des écoles qui doit être incriminée, tant on sait que l’« offre » éducative locale impacte les choix des lycéens.

Si on ne choisit pas la région où l’on grandit, certaines familles bien informées essaient de choisir le lycée optimal et y parviennent. La moitié des effectifs des écoles les plus sélectives proviennent de seulement 8 % des lycées.

Il faudrait alors, si on ne veut pas supprimer les possibilités de choix d’un lycée, contrôler plus strictement le profil des lycéens mutants, et favoriser une implantation d’établissements dans les villes moyennes. C’est ce qui a été fait par les classes préparatoires privées (et aussi les classes préparatoires ouvertes aux bacheliers technologiques), mais ce sont surtout les élèves des classes moyennes qui en ont profité.

Les inégalités géographiques traduisent aussi le fait que la mobilité a un coût pour les familles. Si les questions de logement sont essentielles, le fait que ce soit pour les écoles de commerce que les inégalités scolaires soient le moins à même d’expliquer leur sélectivité sociale rappelle que le coût des études joue un rôle non négligeable.

D’où la nécessité de bourses, dans un contexte où les possibilités de financer en partie ses études par un job d’étudiant sont quasiment exclues en classe préparatoire aux grandes écoles et dans celles-ci mêmes.

Intervenir tôt et jouer sur les structures

Au total, il est clair que les mesures intervenant au niveau du lycée restent bien trop tardives puisqu’une bonne part de la carrière scolaire des élèves est déjà jouée, de même que l’image, par les élèves, de leurs propres compétences.

On ne peut pas non plus se contenter d’agir au niveau des personnes, notamment sur les motivations ou l’information, car les carrières se jouent dans un contexte tout aussi décisif, qui rend certaines autocensures relativement rationnelles :

  • une offre de formation locale,

  • des études inégalement coûteuses,

  • un marché du travail sexué,

  • un accès à l’élite accaparé par les sortants des grandes écoles.

Jouer sur ces éléments structurels est capital, même si on peut envisager des voies plus radicales : supprimer cette voie si française (qui polarise les stratégies des parents bien en amont du bac), et diversifier les voies d’accès à l’élite, en tout cas rendre moins inégales les perspectives professionnelles des différentes filières du supérieur.

Tant que l’accès aux grandes écoles se fera sur la base d’une sélection scolaire biaisée dès les petites classes, tant que l’accès aux positions les plus enviables mettra en compétition des jeunes dotés par leurs familles d’atouts inégaux, aussi longtemps donc que les familles seront inégales à maints égards, les politiques publiques de démocratisation ont peu de chances d’aboutir, sans compter qu’on ne s’attend pas à ce que ceux qui parviennent actuellement à accaparer les grandes écoles et leurs débouchés militent pour ces changements…The Conversation

Marie Duru-Bellat, Professeure des universités émérite en sociologie, Observatoire sociologique du changement, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

 

 

 

 

ERASMUS... und wie es weiter geht.

Par Le 05/02/2021

BREXIT. Damit ändert sich die Zukunft für Studenten. Aber welche Chancen entstehen gleichzeitig für die Entwicklung der Raumordnung?

 Nordirland und Irland erhalten weiterhin den Zugang von Studenten aus der Europäischen Union und damit entstehen neue Zentren für Wissenschaft und Forschung.

--  Welche Folgen hat das für die Raumordnung? 

 

 

Fin des séjours Erasmus au Royaume-Uni : les étudiants vont-ils payer le prix du Brexit ?

Le Royaume-Uni parie sur sa capacité à maintenir son excellence et son influence mondiale par ses propres moyens. Shutterstock

Alessia Lefébure, École des hautes études en santé publique (EHESP)

L’annonce par le Royaume-Uni du retrait du programme de mobilité Erasmus+ a été accueillie avec consternation et émotion dans tous les pays de l’Union européenne.

Parmi les diverses conséquences du Brexit, cette décision a sans doute une portée symbolique plus forte que d’autres tant, dans l’imaginaire collectif, le Royaume-Uni est indissociable des séjours linguistiques et d’études à l’étranger.

 

Beaucoup de commentateurs ont exprimé de l’inquiétude quant à l’avenir de la mobilité étudiante, dont on dit qu’elle sera plus chère et plus compliquée vers les universités britanniques.

Le Premier ministre Boris Johnson justifie sa décision par le besoin de réaliser une économie budgétaire en supprimant le coût d’adhésion à un dispositif dont les étudiants britanniques bénéficient peu.

Pourtant, les représentants du monde académique anglais tirent depuis des mois la sonnette d’alarme quant à l’impact économique de la baisse anticipée du nombre d’étudiants européens inscrits, qui serait de 57 % dès la première année selon le think tank HEPI. Le manque à gagner net pour le pays s’estimerait, d’après le groupement d’intérêt University UK, à 243 millions de livres sterling par an.

Vers une destination de niche

Ces estimations se fondent sur l’hypothèse que l’arrêt des bourses Erasmus + donnera un coup d’arrêt de la mobilité vers les universités du Royaume-Uni. En effet, Erasmus – devenu Erasmus+ en 2014 – est un dispositif créé en 1987 précisément pour encourager la circulation des étudiants dans l’espace européen.

En trente-trois ans d’existence, ce programme s’est élargi géographiquement, passant des 11 pays fondateurs (dont le Royaume-Uni) à 34 membres en 2020, incluant des pays qui, comme la Turquie ou l’Islande, ne font pas partie de l’Union.

En 2017, Erasmus fête ses 30 ans.

Erasmus a également étendu son objet au-delà des séjours d’études (d’une durée comprise entre 6 mois et un an) pour inclure les stages, les apprentissages, les échanges de personnel universitaire. Doté d’un budget annuel de 3 milliards d’euros (chiffre 2019), soit près de 1,5 % du budget de l’Union européenne, le dispositif repose sur l’attribution de bourses aux individus et aux universités, ainsi que sur un mécanisme de validation des crédits, reconnus dans le cadre du diplôme dans le pays d’origine.

Plus récemment Erasmus+ a servi à promouvoir l’enseignement et la recherche sur des sujets liés à l’UE, mais aussi à soutenir les doubles diplômes et les formations européennes intégrées dans le cadre de partenariats stratégiques, visant à faire de l’espace économique européen une zone d’attraction des talents du monde entier.

On pourrait se demander si, au lieu de s’arrêter, cette mobilité ne changera pas simplement de bénéficiaires. Aux étudiants boursiers Erasmus se substitueront autant d’étudiants autofinancés, qu’ils soient en provenance de la zone Erasmus + ou plus largement du reste du monde.

De fait, quand on regarde de près la mobilité actuelle, il est légitime de se demander si la fin de la mobilité Erasmus sera réellement la catastrophe annoncée pour l’industrie de l’enseignement supérieur britannique. En nombres absolus, selon les données de l’Unesco, les quatre premiers pays d’origine de ses étudiants internationaux sont la Chine, l’Inde, les États-Unis et Hongkong, loin devant les pays de l’Union européenne. Sa mobilité entrante dépend donc relativement peu de sa participation à Erasmus.

Quant à la mobilité sortante, les étudiants britanniques ont la particularité – commune à beaucoup de pays anglophones – d’être peu nombreux à partir à l’étranger pour leurs études. Les étudiants en mobilité représentent 0,7 % du total de la population étudiante. Le taux net de flux des étudiants en mobilité, c’est-à-dire le rapport entre le nombre des étudiants entrants et sortants, est de 16,74%, l’un des plus élevés de la zone Europe, indiquant par là le fort déséquilibre entre les deux flux (par comparaison ce taux est de 4,9 pour la France).

De plus, lorsqu’ils partent, les étudiants britanniques choisissent massivement une destination hors périmètre Erasmus, à savoir les États-Unis qui accueillent à eux seuls plus de 10.000 étudiants britanniques par an, soit un gros tiers de la mobilité sortante. En cumulé, les pays membres de l’UE en accueillent 17.000 par an.

Un « soft power » menacé ?

Alors, que change vraiment cette décision de « sortie » d’Erasmus ? Outre les aspects symboliques déjà évoqués, elle est porteuse d’un fort message politique adressé aux autres pays européens. Renoncer à Erasmus c’est renoncer au projet de ses fondateurs, à savoir la création d’une identité commune et partagée, au service de la construction européenne et de la vision de paix des origines.

 

Paradoxalement, le grand perdant de ce choix de retrait d’Erasmus pourrait être le Royaume-Uni lui-même, plus que les étudiants européens qui se tourneront vers d’autres destinations anglophones – notamment l’Irlande et l’Irlande du Nord – ou continueront d’aller au Royaume-Uni s’ils en ont les moyens.


À lire aussi : Etudiants : le programme Erasmus a-t-il démocratisé les séjours à l’étranger ?


Sans bénéficier du programme Erasmus, une année d’études au Royaume-Uni coûte en moyenne entre 10 000 € et 20 000 €, pour certaines filières encore plus, auxquels s’ajoutent les frais de visa, de logement, de couverture médicale. D’autres bourses existent mais elles sont sélectives et réservées aux meilleurs candidats et qui ont déjà un excellent niveau d’anglais certifié par un test tel que l’IELTS. Le pays, qui en 2019 a accueilli près de 143 000 étudiants en provenance de l’Union européenne, pourrait vouloir devenir une destination de niche, réservée aux plus fortunés.

 

En se privant du flux entrant des boursiers Erasmus+, le Royaume-Uni risque à long terme de perdre l’un de moteurs les plus puissants de son soft power. Boris Johnson l’a souvent rappelé : son pays est un contributeur net d’Erasmus (tout comme l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, les pays scandinaves, les Pays-Bas, la Belgique ou l’Autriche). A la différence de l’Italie ou de la France, il accueille donc plus d’étudiants qu’il n’en envoie, signe du succès et de la capacité d’attraction de ses universités.

Ouverte à tous les étudiants du supérieur, à partir de la 2e année jusqu’au doctorat inclus, la mobilité Erasmus intervient généralement au cours du premier cycle d’études. Constituant souvent le première étape d’un parcours international, elle influence les choix ultérieurs. Ainsi, depuis plus de trente ans, de nombreux étudiants ayant goûté au système éducatif d’outre-Manche grâce à Erasmus y reviennent ensuite à leur frais ou avec d’autres bourses pour poursuivre les études en master ou doctorat.

L’influence des établissements britanniques risque de pâtir aussi de l’arrêt de la mobilité des personnels enseignants et administratifs, et surtout de leur éloignement progressif des divers consortiums, coalitions et groupements d’universités européennes qui se constituent de plus en plus nombreux pour bénéficier des financements de recherche européens.

Le Royaume-Uni parie sur sa capacité à maintenir son excellence et son influence mondiale par ses propres moyens, suivant sans doute le modèle des États-Unis. Avec un financement public qui se réduit constamment depuis le début des années 2000 (Marginson, 2018), le pays ne dispose toutefois pas du même potentiel offert par la philanthropie privée qui permet aujourd’hui aux grandes universités américaines d’entretenir leur prééminence par des bourses, des chaires, des postdocs et des programmes de recherche.The Conversation

Alessia Lefébure, Directrice des études, sociologue des organisations, École des hautes études en santé publique (EHESP)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Holocaust memorial tree

Gedenktag 27. Januar.

Par Le 27/01/2021

27. Januar 2021


" Gedenktag in Deutschland
(...)
Der Gedenktag wurde am 3. Januar 1996 durch Proklamation des Bundespräsidenten Roman Herzog eingeführt und auf den 27. Januar festgelegt.[4] Am 27. Januar 1945 befreiten Soldaten der Roten Armee die Überlebenden des KZ Auschwitz-Birkenau, des größten Vernichtungslagers des NS-Regimes.

In seiner Proklamation führte Herzog aus:

 

„Die Erinnerung darf nicht enden; sie muss auch künftige Generationen zur Wachsamkeit mahnen. Es ist deshalb wichtig, nun eine Form des Erinnerns zu finden, die in die Zukunft wirkt. Sie soll Trauer über Leid und Verlust ausdrücken, dem Gedenken an die Opfer gewidmet sein und jeder Gefahr der Wiederholung entgegenwirken.“

 

In der Bundesrepublik wird an diesem Tag an öffentlichen Gebäuden Trauerbeflaggung gesetzt. In vielen Veranstaltungen wie Lesungen, Theateraufführungen oder Gottesdiensten wird bundesweit die Erinnerung an die Verbrechen der Nationalsozialisten wachgehalten. Zudem dient der Gedenktag, um auf aktuelle Tendenzen von Antisemitismus, Fremdenfeindlichkeit und Menschenfeindlichkeit aufmerksam zu machen. 

Holocaust memorial tree
Im Bundestag findet eine Gedenkstunde zum Tag des Gedenkens an die Opfer des Nationalsozialismus statt. "


https://de.wikipedia.org/wiki/Tag_des_Gedenkens_an_die_Opfer_des_Nationalsozialismus

 

Tag des Gedenkens an die Opfer des Nationalsozialismus im Deutschen Bundestag

2015: Rede des Bundespräsidenten Joachim GAUCK:  150127 gedenken holocaust 2015 rede bundesprasident gauck150127-gedenken-holocaust-2015-rede-bundesprasident-gauck.pdf (69.07 Ko)

 

Weitere Informationen:

https://www.bpb.de/politik/hintergrund-aktuell/303868/gedenktag

https://www.bundestag.de/dokumente/textarchiv/2021/kw04-opfer-nationalsozialismus-816352

https://www.coe.int/de/web/portal/27-january-holocaust-remembrance-day

APOLLO: Reise zum MOND?

Par Le 21/12/2020

.Warum nur sollte man eine Reise zum Mond organisieren wollen?

 

Was können Menschen durch diese Reise lernen?

Gibt es nicht schon genug Probleme auf der Erde?

Nasa apollo8 dec24 earthrise

 

Und gibt denn keine wichtigeren Probleme weltweit wie den Klimawandel, den Hunger un die Not der Menschen auf allen Kontinenten?

 

Nasa earthrise1 apollo8andersweigang 2048

 

Dieses Bild der Mission von Apollo 8 aus dem Jahr 1968 gibt eine Antwort.

Wir leben auf einem Planeten als Menschheit zusammen und dieses Bild macht das klar.

Alles klar.

 

.

 

 

 

 

Objectif Lune : le temps de la reconquête ?

Eugene Cernan sur la Lune, le 13 décembre 1972, dans le cadre de la mission Apollo 17, dernier vol habité vers le satellite naturel de la Terre. Nasa

Florian Vidal, Université de Paris et José Halloy, Université de Paris

Dans un exercice d’uchronie, la série produite par Apple For All Mankind (2019) imagine un monde où l’Union soviétique aurait été, pendant la guerre froide, la première puissance au monde à envoyer un homme sur la Lune. S’ensuit l’installation de deux bases lunaires par les deux superpuissances rivales, dans une compétition effrénée. Cette production intervient au moment où plusieurs puissances se sont engagées dans une nouvelle course pour la conquête de la Lune.

En 2019, cinquante ans après la mission Apollo 11 qui vit les premiers hommes se poser sur la Lune, les États-Unis en effet ont annoncé leur intention d’y retourner en 2024. À l’ère du New Space, cette nouvelle ambition spatiale reflète non seulement une compétition géostratégique plus intense, marquée notamment par la montée en puissance de la Chine, mais aussi l’avènement d’une dimension plus économique de la conquête spatiale.

Artemis, tête de proue d’une compétition globale

Emblème de ce renouveau, le programme Artemis constitue un consortium international autour des États-Unis et inclut sept autres pays (l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, le Luxembourg et les Émirats arabes unis). Chaque participant devrait contribuer à cette mission en apportant un élément au « puzzle » élaboré par la NASA.

Les États sollicitent largement le secteur privé pour réaliser leurs projets. Pour la conception d’un atterrisseur lunaire humain (Human Landing System, HLS), l’agence spatiale américaine a notamment attribué un contrat de 967 millions de dollars à trois entreprises concurrentes : Blue Origin (579 millions de dollars) ; Dynetics (253 millions de dollars) ; et SpaceX (135 millions de dollars). Au Japon, le groupe Toyota s’est associé à l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise (JAXA) pour proposer un prototype de véhicule lunaire, habité et pressurisé, afin de participer aux futures missions du programme international.


À lire aussi : L’espace pour tous… ou seulement pour quelques-uns ?


Le programme doit se dérouler en trois phases. Tout d’abord, la NASA programme pour novembre 2021 le vol inhabité Artemis I. Ensuite, la NASA envisage un vol habité, Artemis II, avec pour objectif de positionner le véhicule spatial en orbite autour de la Lune en 2023. Enfin, Artemis III devrait alunir le module lunaire HLS avec deux astronautes à son bord en 2024.

Si Artemis fait grand bruit au sein de la communauté spatiale, la Chine propose également, de son côté, un programme très ambitieux. L’alunissage de l’atterrisseur chinois Chang’e-4 sur la face cachée de la Lune en janvier 2019, première mondiale, démontre les progrès spectaculaires de la République populaire dans ce domaine. Durant l’été 2020, l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) a rappelé l’intention du pays d’établir à partir de 2036 une station scientifique internationale sur la Lune (ILRS). Avant même le déploiement de celle-ci, la Chine entend effectuer des missions humaines sur la Lune au début de la prochaine décennie. Elle souhaite également attirer des partenaires internationaux sur cette station dont l’installation est programmée au pôle Sud. L’agence spatiale russe Roscosmos, qui a finalement décliné toute coopération au sein du programme Artemis, s’est récemment dite prête à s’associer au projet de base lunaire chinois.

Enfin, l’Inde apparaît comme un autre candidat sérieux pour accomplir une mission lunaire. Si le programme spatial indien n’envisage pas, pour l’heure, la construction d’une base lunaire, il prépare ses astronautes à une mission sur la Lune. Cependant, d’importants échecs, comme la mission Chandrayaan-2 où la sonde s’est détruite au moment de son alunissage, freinent son développement. Dans le prolongement de son programme Gaganyaan, l’organisation indienne pour la recherche spatiale (Isro) a prévu de développer des fusées suffisamment puissantes pour permettre un voyage vers la Lune. Cependant, celui-ci n’interviendra pas avant la prochaine décennie.

S’installer sur la Lune, pour quoi faire ?

Quels facteurs expliquent cet enthousiasme renouvelé pour la conquête lunaire ?

Tout d’abord, le satellite naturel de la Terre apparaît comme un passage nécessaire dans la perspective d’une future mission habitée pour Mars. Autrement dit, il représente une rampe de lancement permettant de consommer moins de carburant à partir d’un point de départ lunaire ou en orbite. Il faciliterait ainsi des missions habitées vers d’autres points du système solaire. En outre, certains estiment que la Lune pourrait servir de terrain d’entraînement pour les astronautes afin d’établir une présence humaine permanente sur la longue durée, comme en Antarctique avec des hivernages de neuf mois. De même, des missions lunaires conduiraient à effectuer des tests de nombreux équipements, comme des véhicules habités ou ceux liés à une base permanente. Cependant, les différences qui existent entre les environnements planétaires limitent la validité de cette hypothèse. Mars, contrairement à la Lune, possède une atmosphère qui change les conditions d’accès. Pour l’heure, ces projets restent de l’ordre de la science-fiction.

Autre argument invoqué : la présence de ressources sur la Lune justifierait l’établissement durable d’une présence humaine. Bien que personne ne connaisse réellement la possibilité et la rentabilité d’hypothétiques activités minières sur le sol lunaire, certains groupes d’intérêt comme Planetary Society avancent la présence significative de ressources qui favorisent une telle entreprise. Les ressources en question sont essentiellement l’eau et l’hélium-3.

D’une part, ces dernières années, des découvertes ont indiqué d’importants dépôts d’eau à l’état solide dans les grands cratères situés de manière permanente aux pôles de la Lune, à l’ombre du Soleil. Ainsi, dans une multitude de microcratères, 60 % des dépôts seraient localisés dans le pôle Sud comme de récentes études l’ont révélé. Bien que personne ne s’aventure à donner des estimations précises, certains avancent un volume d’eau compris entre 100 millions et un milliard de tonnes pour chacun des pôles. À ce titre, le choix de la NASA d’installer la future base lunaire dans cette région de la Lune accrédite l’hypothèse d’une extraction de cette ressource essentielle pour pérenniser une présence humaine. Pour l’heure, toutefois, au-delà de la confirmation de la présence de la glace d’eau, la détermination de sa morphologie, concentration, distribution et abondance demeure indispensable, car le coût énergétique de son extraction dépend de sa nature. Ces données déterminent la concrétisation d’une présence humaine durable et l’exécution d’un plan d’exploitation de la ressource.

D’autre part, le sol sélène recèlerait d’importantes réserves d’hélium-3 (3He), dont le volume représenterait près de 2,5 millions de tonnes selon des chercheurs russes. Cet isotope non radioactif, rare sur Terre, pourrait potentiellement servir comme combustible pour des réacteurs à fusion nucléaire. Mais de tels réacteurs n’existent pas encore, et peu de gens se risquent à faire des pronostics sur le moment de leur avènement. Très hypothétique à ce jour, l’utilisation de l’hélium-3 à très long terme nécessiterait de concevoir un mode d’extraction rentable avec une infrastructure adéquate, et de pouvoir effectuer le transport vers la Terre.

Par ailleurs, l’exploitation minière soulève des enjeux juridiques majeurs alors que les États-Unis n’ont pas signé, au même titre que la Chine et la Russie, le traité sur la Lune (1979). Le 6 avril 2020, le président Donald Trump a publié un Executive Order dans lequel les États-Unis ne considèrent pas l’espace extra-atmosphérique comme un « bien commun mondial ». Les États-Unis souhaitent utiliser les ressources présentes, dont celles de la Lune.

 

Enfin, la NASA a dévoilé dans son programme Artemis l’architecture LunaNet, qui vise à développer un réseau de transferts de données similaire à celui en place sur Terre. Ce dispositif faciliterait le transfert de données entre la Terre et la Lune, ce qui permettrait notamment d’alerter les astronautes en temps réel lors de la survenue d’éruptions solaires par le biais d’instruments de météorologie spatiale. Complétée par des services de positionnement, de navigation et de datation, cette architecture sécuriserait les activités humaines sur la Lune.

Les limites d’un projet pharaonique

Revenir sur la Lune implique des efforts budgétaires significatifs alors que les conséquences de la pandémie de Covid-19 pourraient durablement affaiblir les économies mondiales. Pour le secteur spatial, ses effets à moyen terme demeurent imprévisibles. Le budget 2021-2025 de la NASA pour le programme Artemis est assuré jusqu’en 2024, avec un montant de 28 milliards de dollars, dont 16 milliards exclusivement consacrés au module d’atterrissage lunaire.

Sur le plan politique, ce programme diffère de celui d’Apollo. Dans les années 1960, les États-Unis cherchaient à affirmer leur statut de superpuissance et le programme, dès son lancement, avait bénéficié d’un soutien politique bipartisan. Le programme actuel initié par la NASA, très coûteux, dépend du soutien du Congrès et des évolutions politiques américaines à long terme. Dès lors, ce programme nécessite pour sa réalisation un ancrage politique durable, ce que la Chine a réussi à établir depuis 2003 avec son programme d’exploration lunaire.

Aux incertitudes financières, s’ajoutent des verrous techniques et logistiques qui freinent la réalisation éventuelle des différents projets envisagés, à commencer par ceux liés à l’exploitation minière. Malgré les ambitions grandioses, l’absence d’infrastructures existantes complique la définition des plans d’action concrets réalisables.

Au début des années 2010, une bulle spéculative s’est formée concernant l’exploitation minière sur les astéroïdes. Cela permit, en 2016, à la société luxembourgeoise Planetary Resources d’obtenir auprès d’investisseurs privés une promesse de 50 millions de dollars après un tour de table pour cet ambitieux projet. Toutefois, l’argent de cette collecte de fonds n’est jamais arrivé, et le modèle économique de cette start-up n’a pas résisté. En 2018, ConsenSys, entreprise spécialisée dans la blockchain, rachète cette société et réduit progressivement les projets sensationnels. Pour la Lune, un appel d’air similaire existe à présent avec la société américaine Moon Express qui a levé 65,5 millions de dollars pour mener des vols commerciaux. La société japonaise Ispace a réuni 122,2 millions de dollars pour y exploiter des ressources.

Ces percées parmi les investisseurs privés représentent-elles une bulle spéculative ou s’inscrivent-elles dans une stratégie de très long terme où leurs contributions deviendraient indispensables pour les agences spatiales ?The Conversation

Florian Vidal, Associate Fellow, Université de Paris et José Halloy, Professeur de physique, Université de Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Menschenrechte

Demokratie? Demokratie braucht internationale Zusammenarbeit.

Par Le 14/12/2020

 

Die Situation in Südamerika ist eine Warnung für alle Demokraten... weltweit.

Die Frage stellt sich: Warum entsteht eine Situation, in der die Demokratie sich nicht langfristig entwickeln kann?

Welche Gründe zeigen sich durch die historische Entwicklung? Und was können wir in Europa unternehmmen, um eine positive Entwicklung der Situation zu fördern?

 

 

 

La démocratie en Amérique latine ou le syndrome de Sisyphe

Frédéric Louault, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Depuis leurs Indépendances, les États d’Amérique latine sont tiraillés entre autoritarisme et démocratie. Le XXe siècle a été caractéristique de ces tensions. Des caudillos aux dictatures, en passant par les expériences populistes et les soulèvements révolutionnaires, l’Amérique latine est devenue un véritable laboratoire pour l’étude des changements de régime.

De l’autoritarisme à la démocratie ?

Les tentations autoritaires ont souvent englouti les élans démocratiques, comme entre les années 1962 et 1968, durant lesquelles pas moins de onze présidents arrivés au pouvoir légalement ont été renversés par des coups d’État. Après les dictatures militaires des années 1960-1970, la région connaît une nouvelle poussée démocratique.

Malgré la pression exercée par les mouvements populaires, la reconstruction des démocraties se fait essentiellement par le haut, via des pactes politiques entre les élites civiles et militaires. Les mauvaises performances économiques et sociales des jeunes démocraties (crises économiques, pauvreté, inégalités) engendrent un rapide désenchantement des populations. Une vague de populisme néolibéral déferle sur la région dans les années 1990, symptomatique de ce rapport ambivalent à la démocratie.

Élection d’Hugo Chavez – Archive vidéo INA.

Au tournant des années 2000, le pari démocratique semble pourtant porter ses fruits. Des élections compétitives provoquent des alternances politiques inédites, portant au pouvoir des dirigeants progressistes, sans que les résultats soient contestés : Hugo Chávez au Venezuela (1999), Lula au Brésil (2003), Néstor Kirchner en Argentine (2003), Tabaré Vázquez en Uruguay (2005), Michelle Bachelet au Chili (2006), Evo Morales en Bolivie (2006), Rafael Correa en Équateur (2006), Fernando Lugo au Paraguay (2008), Mauricio Funes au Salvador (2009).

Evo Morales : le premier président indigène de la Bolivie.

Il s’agit souvent d’alternances par défaut : les électeurs sanctionnent avant tout les politiques néo-libérales de la séquence précédente. Cette « vague rose » pacifique n’en est pas moins interprétée comme un printemps démocratique à retardement. Qui plus est, elle coïncide avec un nouveau cycle de croissance économique dans la région (qualifié de « décennie dorée »), alimenté par les cours élevés des matières premières exportées.

Le développement économique nourrit la stabilité politique. Des relents autoritaires nourrissent encore les vies politiques locales et nationales. Mais le Zeitgeist est à l’optimisme. La plupart des observateurs parlent plutôt « d’héritages » autoritaires, que les démocraties latino-américaines, dorénavant perçues comme consolidées, devraient gérer puis digérer.

Vers des démocraties durables ?

Vingt ans après, où en sont les démocraties d’Amérique latine ? Et quelles sont les perspectives pour les années, voire les décennies à venir ? Le nouvel élan démocratique qui a marqué l’entrée dans le XXIe siècle marque-t-il un point de non-retour ?

La politique latino-américaine ne se résume bien sûr pas à une série de ruptures. L’étude des régimes politiques nous invite à distinguer et articuler deux critères fondamentaux : les conditions d’accès au pouvoir (c’est à ce niveau que l’on croit observer des basculements) ; et les modalités d’exercice du pouvoir. Nombre de dirigeants élus démocratiquement ont développé, une fois au pouvoir, des pratiques politiques empreintes d’autoritarisme, et inversement. Gardons-nous aussi d’opposer frontalement les types de régimes. La science politique nous a montré à quel point les frontières entre démocratie et autoritarisme peuvent être floues et poreuses.

Un rapide regard sur la période 2000-2020 en Amérique latine met à jour la difficulté d’ancrer la démocratie au cœur même du pouvoir (tant au niveau des représentations que des pratiques). L’euphorie démocratique du début de siècle aura même été de courte durée… Il a fallu moins d’une décennie pour que les premiers signes d’une résilience autoritaire se fassent sentir.

Le 28 juin 2009, un coup d’État militaire chasse du pouvoir le président du Honduras, Manuel Zelaya, dont le rapprochement avec Hugo Chávez et les velléités de maintien au pouvoir ont attisé l’inquiétude des secteurs conservateurs. Ce basculement politique est d’abord interprété comme un épisode isolé, répondant à une conjoncture nationale spécifique. Pourtant, Hugo Chávez avait lui-même essuyé une tentative de coup d’État en 2002 (puis Rafael Correa en essuiera une en 2010. Sur fond d’un ralentissement économique régional et d’une multiplication des scandales de corruption, l’instabilité politique fait ensuite tâche d’huile, mettant au défi les équilibres démocratiques dans la plupart des pays de la région.

Cette nouvelle instabilité prend différents habits : dérives vers des régimes autoritaires et répression systématique des opposants au Venezuela au Nicaragua ; destitutions abusives de présidents par leurs Congrès au Paraguay (2012) au Brésil (2016) et au Pérou (2020) ; réélections contestées de présidents accusés d’avoir manipulé les règles électorales au Nicaragua (2011 et 2016), au Honduras (2018), au Venezuela (2018) et en Bolivie (2019) ; démissions sous contrainte de présidents en exercice au Guatemala (2015), au Pérou (2018) et en Bolivie (2019).

Dans plusieurs pays, la contestation populaire de la légitimé des gouvernants a également engendré une intense répression policière, marquée par des violations des droits humains. Ce fut le cas notamment au Chili et en Colombie lors des mouvements sociaux de 2019 et 2020.

Le syndrome de Sisyphe

Si la démocratie avait été réinstaurée par le haut dans les années 1980, c’est aussi par le haut que les procédures démocratiques sont maintenant mises à l’épreuve. Les élites politiques peinent à accepter les règles du jeu démocratique lorsque celles-ci leur sont défavorables. Certains groupes progressistes issus du virage à gauche s’accrochent au pouvoir, quitte à renier les valeurs qu’ils avaient défendues par le passé. Estimant que leur projet réformateur déborde le temps démocratique (et donc le cadre légal des mandats), certains ont joué aux apprentis sorciers : ils ont ouvert la boite de Pandore de l’ingénierie institutionnelle afin de pouvoir se maintenir au pouvoir.

Quant aux élites conservatrices, elles avaient toléré les alternances électorales au début des années 2000 mais n’ont jamais envisagé de stagner dans l’opposition. Lorsqu’elles voient leurs intérêts menacés, l’objectif de reconquête du pouvoir passe au premier plan, quitte à puiser dans la panoplie des outils non démocratiques pour provoquer l’alternance. L’Amérique latine est prise dans le syndrome de Sisyphe : après avoir porté les valeurs démocratiques sur les sentiers escarpés de l’autoritarisme, ses élites relâchent leur étendard et retournent au point de départ.

Ce comportement ambivalent vis-à-vis des procédures démocratiques, couplé aux mauvaises performances économiques durant les dernières années, a alimenté une nouvelle spirale de déception et de défiance parmi les populations latino-américaines. D’après les enquêtes du Latinobarómetro, le soutien à la démocratie en Amérique latine a d’abord grimpé de 48 % en 2001 à 61 % en 2010, pour retomber à une moyenne régionale de 48 % en 2019 (-13 points). La satisfaction envers la démocratie est quant à elle est passé de 25 % en 2001 à 44 % en 2010, pour retomber à 24 % en 2019 (-20 points). C’est le plus mauvais score depuis la création de l’indicateur en 1995. Les niveaux les plus élevés se trouvent en Uruguay (47 %) et au Costa Rica (45 %), tandis que le Pérou (11 %) et le Brésil (9 %) ferment la marche. Ces deux pays ont été touchés ces dernières années par une forte instabilité politique, d’importants scandales de corruption et une polarisation croissante de la société.

Les populistes s’imposent

Les mutations actuelles ne laissent pas présager un nouveau revirement dans les prochaines années. Le dernier cycle électoral a ainsi favorisé l’émergence de figures populistes aux accents autoritaires, qui contribuent à faire imploser les systèmes partisans : Andrés Manuel López Obrador au Mexique (2018), Jair Bolsonaro au Brésil (2018), Nayib Bukele au Salvador (2019).

Alors que le président salvadorien dynamite les relations exécutif/législatif, Bolsonaro exprime régulièrement sa nostalgie des dictatures militaires et ne ménage pas ses efforts pour militariser son gouvernement (6157 militaires assument des fonctions au sein du pouvoir exécutif en 2020, contre 2765 en 2018). Et le Brésil n’est pas une exception : l’influence croissante des militaires est manifeste – sans être toujours visible – dans de nombreux pays de la région.

Bolsonaro poursuit l’apologie de la dictature militaire.

Les turbulences politiques récentes de l’Amérique latine nous incitent donc à explorer, avec une certaine inquiétude, la zone grise entre autoritarisme et démocratie. La crise sanitaire de 2020, qui a porté un nouveau coup aux économies de la région et a érodé encore la légitimité des gouvernants, risque d’amplifier cette tendance à l’instabilité, en nourrissant à court terme l’offre politique antisystème. À l’horizon 2030, une reprise soutenue de l’activité économique et une affectation moins inégalitaire des fruits de la croissance pourraient néanmoins servir le dessein de nouveaux Sisyphe de la démocratie, à la faveur d’un renouvellement générationnel. Ces futures élites, qui ont été socialisées en démocratie au tournant du XXIe siècle, auront pour défi de donner un sens concret aux valeurs démocratiques.


Cet article s’inscrit dans le cadre d’une réflexion collective de synthèse et prospective « 20 ans déjà, 20 ans demain. 2000-2020-2040 » sur quelques évolutions politiques majeures à l’occasion des 20 ans du Cevipol.The Conversation

Frédéric Louault, Chercheur en Science Politique , Université Libre de Bruxelles (ULB)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

HUNGER und Not in der Welt.

Par Le 17/11/2020

Hunger und Not in der Welt sind eine Gefahr für alle Menschen, ganz gleich auf welchem Kontinent man lebt.

Gewalt und Ungerechtigkeit bilden den Boden auf dem Terrorismus sich entwickelt.

Die wirtschaftlichen Probleme und die Not der Menschen sind Gegner einer demokratischen Gesellschaft. Die Welt braucht darum weltweite Zusammenarbeit und den gemeinsamen Einsatz aller Staaten und Organisationen gegen Hunger und Not.

 

 

 

Prix Nobel de la paix 2020 : le combat sans fin du Programme alimentaire mondial de l’ONU

Chloé Maurel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le président américain élu Joe Biden a promis, dès l’annonce de son élection, de faire revenir les États-Unis dans l’Accord de Paris sur le climat. C’est un signe positif pour le multilatéralisme, incarné par l’ONU et par ses accords et conventions universelles.

Un autre signe positif pour l’ONU est l’attribution en octobre 2020 du prix Nobel de la paix au Programme alimentaire mondial, agence de l’ONU créée en 1961 afin de lutter contre la faim dans le monde. C’est la 12e fois qu’une agence ou un dirigeant de l’ONU reçoit le prix Nobel, après notamment les Casques bleus en 1988, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 2005, ou encore le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC) en 2007.

Prix Nobel de la paix : le Programme alimentaire mondial distingué.

Le PAM apporte chaque année de l’aide alimentaire à près de 100 millions de personnes dans le monde, dans près de 80 pays. En 2019, il a fourni plus de 4 millions de tonnes de produits alimentaires. Son plus important terrain d’action actuellement est le Yémen où, depuis le début de la guerre civile commencée en 2015, la famine menace les deux tiers des 30 millions d’habitants. Le PAM agit actuellement dans 18 pays : outre le Yémen, ses terrains d’intervention majeurs sont aujourd’hui la République démocratique du Congo, le Mozambique, le nord du Nigéria, le Soudan du Sud et la Syrie, c’est-à-dire essentiellement des zones de conflits.

De la création du PAM aux premières actions concrètes

C’est il y a presque soixante ans, le 24 novembre 1961, qu’a été créé le PAM, initialement pour une durée temporaire de trois ans, à l’instigation du président américain, le Républicain Dwight Eisenhower, qui avait prononcé un discours à l’Assemblée générale de l’ONU le 1er septembre 1960, préconisant la mise sur pied d’un « dispositif pour fournir de l’aide alimentaire par le canal de l’ONU ».

 

L’histoire du PAM a été retracée notamment par l’économiste américain John D. Shaw, qui y a servi comme consultant. À l’époque de sa création, il s’agissait de renforcer l’action de la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, agence spécialisée de l’ONU créée en 1945) en répartissant les surplus alimentaires produits par les pays riches auprès des populations démunies des pays du Tiers monde. Depuis 1945, les États-Unis, grands producteurs de céréales, apportaient déjà une telle aide alimentaire de manière bilatérale à plusieurs pays du Sud, ce qui leur permettait d’étendre leur influence sur ces pays, ce qu’on appelle le « soft power ». « Le PAM est né de la volonté du gouvernement américain de soutenir son agriculture nationale en rachetant les surplus agricoles aux États-Unis et en les distribuant dans les pays en voie de développement », explique un fonctionnaire du PAM souhaitant rester anonyme.

Le PAM va effectuer sa première opération d’aide d’urgence à la suite du séisme de Buin Zahra en Iran en septembre 1962, qui laisse les populations iraniennes en détresse. Le PAM leur fournira 1 500 tonnes de blé. Puis, en 1963, il aide 50 000 Nubiens (habitants du sud de l’Égypte) à se réinstaller sur de nouvelles terres et à y faire des récoltes, après l’engloutissement de leurs villages suite à la création du barrage d’Assouan. En novembre 1963, le PAM développe un projet pilote de fourniture de repas scolaires à 5 000 écoliers du Togo.

Des actions d’urgence de grande ampleur

Ayant démontré son utilité, le PAM devient en 1965 un programme permanent de l’ONU. Il va intervenir pour assister les populations lors des grandes famines de la seconde moitié du XXe siècle, comme au Biafra (1967-1970), au Sahel (1968-1972), en Éthiopie (années 1980), en Somalie (1991-1992), etc. En 1973, le PAM apporte une aide d’urgence par avion au Sahel : plus de 30 avions cargos, fournis par 12 pays différents, sont mobilisés pour l’occasion de 1973 à 1976.

En 1980, le PAM aide 370 000 réfugiés cambodgiens à fuir vers la Thaïlande pour échapper aux violences dans leur pays dominé alors par les khmers rouges, et pourvoit à leur alimentation. Tout au long des années 1980, sous la direction de l’Australien James Ingram, le PAM se concentre davantage sur l’assistance aux victimes de désastres naturels et aux personnes déplacées du fait de guerres et conflits internes. Ainsi, en 1983, le PAM livre 2 millions de tonnes d’aide alimentaire aux Éthiopiens, frappés par la pire famine dans le monde depuis un siècle.

En 1989, avec l’opération « Lifeline Sudan », le PAM, aidé par 40 ONG, affrète vingt avions cargo pour lancer des tonnes d’aide alimentaire sur le Sud du Soudan, touché par la guerre civile. C’est la plus grande opération aérienne d’aide alimentaire jamais réalisée. En 1992, le PAM fournit des rations aux centaines de milliers d’ex-Yougoslaves piégés dans leur pays par la guerre civile. Puis, en 1994, le PAM fournira de la nourriture aux réfugiés du génocide rwandais, installés dans les pays voisins du Rwanda. Et en septembre 1998, ce sont des millions de Bangladais qui sont secourus par le PAM suite aux dramatiques inondations qui ont touché le pays.

Les États-Unis à la manœuvre

Le PAM va être au fil du temps dominé – et financé – essentiellement par les États-Unis : depuis 1992, son dirigeant a toujours été un Américain. Cette année-là, c’est la fonctionnaire américaine Républicaine Catherine Bertini, sur la recommandation du président Bush, qui est nommée à la tête du PAM. Première femme à diriger l’institution, elle opère des réformes managériales à l’intérieur du programme, et redéfinit la mission du PAM selon trois axes : 1) sauver des vies lors des crises d’urgence et des situations où il y a des réfugiés (« food for life »), 2) améliorer la nutrition et la qualité de vie dans les situations critiques (« food for growth ») et 3) donner des moyens d’action aux pauvres et les aider à avoir confiance en eux-mêmes (« food for work »). À son poste, elle doit gérer des situations humanitaires sensibles : en 2000, elle est nommée par le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan envoyée spéciale dans la Corne de l’Afrique, pour prévenir une famine liée à la sécheresse.

En 2002, le PAM entre au Livre Guiness des Records comme la plus grande agence humanitaire mondiale, avec 14 500 employés. Depuis cette date, il développe des partenariats avec des entreprises privées pour accroître ses ressources. En décembre 2004, il lance une opération d’assistance humanitaire massive aux 14 pays, essentiellement asiatiques, victimes du tsunami. En décembre 2010, il aide les 4,5 millions de victimes du tremblement de terre en Haïti. Enfin, depuis 2011, il aide les victimes de la guerre civile en Syrie, et depuis 2014 les 3 millions d’Africains de l’Ouest affectés par l’épidémie d’Ebola.

L’actuel secrétaire exécutif du PAM est depuis 2017 l’ancien gouverneur Républicain de la Caroline du Sud, le juriste David Beasley. Toutefois, sa gestion du personnel du PAM a suscité des critiques.

Un effort pour valoriser les petits paysans et les marchés locaux

En 2020, le besoin de financement du PAM, qui provient essentiellement de contributions volontaires des États membres, est fixé à 10,6 milliards de dollars, en augmentation par rapport à 2019 (8,3 milliards de dollars). Il emploie aujourd’hui environ 12 000 personnes, dont plus de 90 % travaillent directement sur le terrain.

 

Aujourd’hui, le PAM ne se borne pas à fournir de l’aide alimentaire, ce qui laisserait les populations réceptrices dans une situation de passivité : depuis 2008 et le lancement du programme « Purchase for Progress », le PAM achète à des petits paysans leurs produits locaux, puis les distribue aux populations dans le besoin, ce qui permet de protéger les marchés locaux en évitant de les submerger par des produits extérieurs.

Ce dispositif vise à répondre aux critiques visant le PAM, qui font valoir que l’aide alimentaire serait en fait nuisible aux pays pauvres, encourageant la corruption des dirigeants politiques chargés de la répartir, qui monnayeraient cette aide contre des voix aux élections et revendraient les stocks de nourriture au marché noir. Mais les critiques demeurent minoritaires et, au sein d’une ONU souvent dénoncée comme impuissante, le PAM reste considéré comme un programme efficace par l’opinion mondiale.

La crise de la Covid-19 et l’objectif faim zéro

Actuellement, alors que plus de 821 millions de personnes dans le monde souffrent de faim chronique, la situation est en aggravation du fait de la pandémie de Covid-19, et l’objectif faim zéro que l’ONU s’est fíxé pour 2030 semble hors d’atteinte : la pandémie de Covid a eu pour effet de faire baisser drastiquement les dons d’aide alimentaire. Le PAM s’alarme d’une possible « pandémie de la faim », qui s’ajouterait à la pandémie actuelle.

Covid-19 : « Nous sommes au bord d’une pandémie de faim », avertit l’ONU.

Cela montre bien l’imbrication étroite des problèmes sanitaires, alimentaires, et même géopolitiques. C’est pourquoi seule l’ONU, institution universelle, multilatérale, et agissant sur plusieurs domaines (la santé avec l’OMS, la culture et l’éducation avec l’Unesco, l’alimentation et l’agriculture avec la FAO, etc.), peut agir efficacement.

Il est donc nécessaire que les États membres lui fournissent les financements nécessaires et lui donnent les moyens d’agir.The Conversation

Chloé Maurel, SIRICE (Université Paris 1/Paris IV), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Kriege...haben Folgen.

Par Le 10/11/2020

Der Erste Weltkrieg bestimmte das Jahrhundert. Dieser Krieg entstand aus historischen Gründen, dieser Krieg führte zu neuen Kriegen.

Gegen den Weltkrieg hilft nur internationale Zusammenarbeit.

Die Vereinten Nationen, die UNESCO sind eine direkte Antwort auf die Erfahrungen dieses Krieges.

Krieg hat Folgen für die Menschen, aber es bleiben auch Spuren im Raum, in der Landschaft.

Dieser Artikel beschreibt die Folgen.

 

 

 

 

1920-2020 : cent ans après, les munitions de la Grande Guerre polluent toujours nos sols

Photo prise en 1916 lors d’une attaque de soldats français sortant de leur tranchée pendant la bataille de Verdun. Celle-ci coûta la vie à 163 000 soldats français et 143 000 soldats allemands. AFP

Daniel Hubé, BRGM

« Pour en finir avec l’histoire de cette guerre, il sera pourtant nécessaire d’ajouter un chapitre concernant la manière […] de désobuser. » (Francis Norman Pickett, Mayfair, septembre 1921)

La Première Guerre mondiale (août 1914-novembre 1918 sur le front occidental) marque un tournant décisif dans l’art et la manière de conduire une guerre. Engagées tambour battant selon les canons de la guerre de mouvement, traditionnellement enseignés dans les écoles militaires, la France de Joffre et l’Allemagne de Guillaume II espèrent chacune une victoire rapide. Elles déchantent rapidement et dès l’automne 1914 s’impose la réalité sanglante et insensée de la guerre des tranchées, dispendieuse en vies humaines.

Avec sa massification et sa mécanisation, la guerre franchit alors un seuil d’hyperbrutalité inusitée. Elle devient totale, se jouant sur le front comme à l’arrière, avec des armes, et la mobilisation des usines, des corps et des esprits. La Grande Guerre devient celle d’une invraisemblable grêle métallurgique : environ un milliard d’engins d’artillerie classique et autant d’artillerie de tranchée ont été tirés sur le front occidental causant 70 % à 80 % des pertes et blessures. Pour la première fois aussi on se tue à distance sans se voir. Avec la mécanisation de la guerre désincarnée, le soldat devient l’ouvrier de la destruction.

Au cours du conflit, la violence des moyens de l’artillerie s’est inexorablement exacerbée : le 21 février 1916 au matin, d’abord une vague rumeur qui s’est commuée en fureur ; 1200 pièces d’artillerie allemandes stationnées en Woëvre ouvrent le feu sur les positions françaises avec le « Feu roulant » (« Trommelfeuer ») préfigurant les 300 jours de la « Mère des batailles » : Verdun.

« Sur la Somme, lors du bombardement allié de sept jours qui précéda l’offensive du 1er juillet 1916, 1 500 000 obus furent tirés par les 50 000 artilleurs britanniques à eux seuls soit une moyenne d’une trentaine d’impacts pour 1 000 m2 […]. En 1918, les offensives alliées sur les fronts Ouest et italien furent régulièrement appuyées par 5 à 8 000 pièces d’artillerie. »

Le 11 novembre 1918 à 11 heures, les canons se taisent enfin et laissent place à un silence assourdissant, à des cohortes de soldats médusés, partagés entre une joie captive, et le soulagement voire la culpabilité d’être encore en vie. La Grande Guerre vient de mettre à mal cette confiance aveugle dans la science et le progrès : « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette guerre d’un genre nouveau, débutée à cheval et à pied, terminée avec des chars et des avions, s’impose alors comme la violence inaugurale d’un siècle barbare.

Mais un autre défi attend les régions dévastées, les survivants et sinistrés. Dans l’océan de trous et de bosses des anciens champs de bataille, le grand naufrage de la vieille Europe a laissé dans son sillage des monceaux d’épaves de guerre dont les traces sont encore présentes, un siècle plus tard.

D’encombrants stocks de munitions

Au cours des dix dernières années, des recherches archivistiques ont montré qu’environ 1,7 millions de tonnes de munitions en surplus sont restées abandonnées à l’issue de la guerre dans des dépôts, sur le front comme à l’arrière.

Dans la période qui suit, ces stocks ne cessent d’enfler à mesure que s’y ajoutent les projectiles obsolètes découverts sur les champs de bataille à la faveur des travaux de remise en état et aussi progressivement découverts dans des caches. La reprise des labours après la guerre fait remonter d’autres engins que la terre ne veut digérer. Des dépôts de rassemblement sont créés pour accueillir et stocker les engins. Celui de Spincourt en Meuse a renfermé 1,5 million d’obus chimiques et 300 000 obus conventionnels français, allemands et britanniques.

Avec la démobilisation des militaires, ces dépôts sont de moins en moins bien gardés. Exposés aux intempéries et aux cycles diurne/nocturne, les engins rouillent, perdent leurs marques distinctives et deviennent instables. Les munitions chimiques fuient. Inévitablement, des accidents se produisent, semant la stupeur et l’effroi parmi des populations inscrites dans une douloureuse et laborieuse démobilisation des consciences sur fond de reconstruction matérielle, agricole et industrielle.

Un défi colossal au lendemain de la guerre

La neutralisation de cet arsenal hérité de la guerre s’est rapidement imposée comme non seulement une nécessité mais aussi une urgence. Jamais encore dans l’histoire les hommes n’ont eu à éradiquer en si peu de temps des montagnes de projectiles d’une incroyable diversité. Par où alors commencer ? Il a fallu prioriser les actions et hiérarchiser les degrés d’urgence d’intervention. Ce sont d’abord les armées encore mobilisées, françaises, américaines, qui s’y attellent en 1919 en détruisant les munitions par éclatement en tas et à distance (« pétardement »). Les grenades sont éclatées dans des trous d’obus remplis d’eau. Les troupes noires américaines sont mobilisées, ainsi que les travailleurs indochinois (« annamites ») et prisonniers de guerre, pour la sale besogne.

Un changement radical s’opère en 1920 avec la démobilisation et la prise de conscience qu’on ne peut abandonner les matières constitutives des munitions, si chères à produire en temps de guerre. Avec la passation de contrats par le ministère de la Guerre et le ministère des Régions libérées vers des entreprises privées, la destruction des engins en excès, obsolètes et hors de service s’industrialise et se taylorise.

Des méthodes de destruction, de démolition, de démontage, de déchargement spécifiques à chaque type d’engins sont développées pour récupérer selon une approche tayloriste, toutes les matières constitutives des engins valorisables pour les réinjecter dans le circuit économique, qui en manque tant en ces temps de reconstruction. Les matériaux, fer, laiton, nitrates, etc. sont cédés par l’État aux entreprises moyennant une redevance versée à la tonne récupérée. Il s’agit d’une des toutes premières opérations de recyclage à grande échelle : « faire des épées d’antan des socs de charrue » (Pickett, 1921).

Équipe posant dans un atelier de dévissage/désamorçage d’obus de l’usine D-Factory de Pickett & Fils à Trélon (Nord). Au centre, Georgina Rouget, décédée accidentellement en septembre 1923 suite à une explosion. Don de son petit fils, Joël Danloux

3 millions de tonnes de projectiles détruits

Le père fondateur des méthodes modernes de neutralisation des engins dangereux est un personnage rocambolesque, l’officier-ingénieur russe Kostevitch, tour à tour espion pour le compte des Britanniques et des Allemands. Brillant, il intègre le personnel de la plus grande entreprise de démolition de munitions en France et en Belgique : F.N. Pickett & Fils avec à sa tête l’ingénieur britannique Françis Norman Pickett, passionné de bergers allemands, de golf et courses automobiles. Il rachète puis démolit sur le sol français environ 350 000 tonnes de munitions essentiellement britanniques dans 14 usines employant plus de 4 000 personnes.

Les obus sont désamorcés, les détonateurs sont grillés dans des fours, les douilles vidées de leur poudre et les obus explosifs vidés de leur chargement par fusion à l’eau chaude. Les obus chimiques sont vidangés et le contenu neutralisé ou infiltré dans le sol. Tout comme les explosifs, ils sont brûlés à même le sol dans des tranchées de brûlage au design standardisé. Les engins pour lesquels les risques de démontage sont trop grands au regard des bénéfices à en tirer sont rassemblés pour être envoyés en mer du Nord.

Dans cette entreprise à la direction britannique, sous contrôle militaire français, travaillent des ouvriers émigrés russes, tchèques, polonais, portugais, espagnols, maghrébins, les accidents souvent mortels sont monnaie courante, car passer des consignes de sécurités en langue étrangère est une gageure.

D’autres entreprises emboîtent le pas de F.N. Pickett & Fils ou s’en inspirent a priori, comme Clere & Schwander à Spincourt, Bouxin, Aigret & Sauron, Berge. Pickett cesse ses activités officiellement en France et en Belgique vers 1925. On le retrouve pourtant en 1928 en Meuse, loin de ses terres, sur la « Place à gaz ».

D’autres emboîtent le pas dans l’entre-deux-guerres et même durant la Seconde Guerre mondiale, comme Berge et Savot & Frères. De récentes recherches estiment à 2,5 à 3 millions de tonnes de munitions anciennes ont été détruites dans l’entre-deux-guerres.

Cent ans après, des sols toujours pollués

Les conséquences de ces opérations sont d’abord humaines. En Meuse, en date de 1929, 127 récupérateurs et artificiers ont été tués dans leurs périlleuses missions et 294 ont été blessés. Les chiffres nationaux ne sont pas encore consolidés.

Elles nous ont également légué de sévères pollutions des sols et des eaux. Sur certaines aires de brûlage, voilà 100 ans que pas un brin d’herbe ne pousse. Les pollutions des sols sont particulièrement spectaculaires sur les aires de brûlage d’obus chimiques des usines de F.N. Pickett & fils en forêt de Spincourt (site de la « Place à gaz », Meuse, vers 1928) et de la « D-Factory » de Trélon (Nord, vers 1921–1925).

La caractérisation de ces pollutions polymorphes et extrêmes s’avère délicate et complexe du fait de la combinaison de risques chimiques en lien avec la toxicité des composés présents (comme l’arsenic, les toxiques de guerre et les dioxines) et de risques pyrotechniques du fait de la forte probabilité d’y côtoyer des engins de guerre. Le travail sur le terrain (mesures, échantillonnage) s’effectue en combinaison étanche et sous assistance respiratoire, en présence de professionnels du déminage.

Les enjeux intrinsèques à ces sites sont d’abord sanitaires. Des techniques de mesure, d’échantillonnage et d’analyse spécifiques ont été développées pour évaluer les risques pour la santé et l’environnement associé à ces sites en concertation avec des experts en toxicologie. S’y associent des enjeux sociopolitiques. Ces sites ont été oubliés de la mémoire collective. La brutale irruption du passé dans le présent par la découverte fortuite de ces pollutions conduit à des situations de crise, comme en 2015 à Spincourt.

Les travaux de recherche archivistiques entrepris depuis 2015 par le BRGM visent précisément à restaurer cette mémoire et gérer l’aménagement du territoire en connaissance de cause. Enfin, lorsque les risques sont jugés inacceptables, comme pour la Place à gaz, des mesures de dépollution et de maîtrise des risques sont mises en œuvre (excavation et recouvrement des matériaux les plus hautement pollués).

Depuis 2011, d’autres questions émergent après la découverte d’ions perchlorate dans l’eau du robinet le long ou à proximité des lignes de front de 14-18. Simple coïncidence ou relations de cause à effet ? Un faisceau d’informations tend à prouver que les sites de destruction d’engins de guerre contribuent aux zones de pollutions concentrées alors que sur le front des fragments d’explosifs et/ou engins épars peuvent possiblement affecter les eaux de façon plus diffuse. Des travaux de recherche originaux, notamment isotopiques, sont en cours au BRGM pour faire la lumière sur les liens entre la Grande Guerre et dégradation de la qualité des eaux.

Cent ans plus tard, la recherche sur les liens entre Grande Guerre et environnement ne fait que commencer et comme l’a écrit K.H. Lohs en 1991 : « La guerre ne s’est pas terminée le jour du dernier tir. »


Pour aller plus loin, nous vous invitons également à consulter le site de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale :
• La destruction des munitions chimiques après 1918 : l’exemple de Spincourt
• Le défi du désobusage industriel après la Grande guerre
• Perchlorates : éléments historiques et d’expertise pour une évaluation de l’impact environnemental.
The Conversation

Daniel Hubé, Ingénieur environnementaliste, BRGM

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Edgar MORIN: Erziehung zum Frieden ist notwendig.

Par Le 27/10/2020


Erziehung zum Frieden ist notwendig.


Der Philosoph und Soziologe Edgar MORIN analysiert in einem Beitrag in der Tageszeitung Le Monde Aufgabe ud Bedeutung  von Erziehung und Schule in der heutigen Zeit. Er führt an, dass eine Erziehung zum Frieden notwendig  sei, um gegen den Wunsch nach Krieg anzukämpfen. Die UNESCO will seit ihrer Gründung eine Erziehung zum Frieden fördern, Fantismus aber kann zu allen Zeiten entstehen, deshalb gilt es gegen einen Wunsch nach Krieg und Gewalt, gegen Fanatismus vorzugehen.
Erziehung zum Frieden bedeutet darum Erziehung gegen Gewalt, Fanatismus und Diktatur. 

 

" La première déclaration de l’Unesco à sa fondation avait indiqué que la guerre se trouve d’abord dans l’esprit, et l’Unesco a voulu promouvoir une éducation pour la paix. Mais en fait, il ne peut être que banal d’enseigner que paix vaut mieux que guerre, ce qui est évident dans les temps paisibles. Le problème se pose quand l’esprit de guerre submerge les mentalités. Eduquer à la paix signifie donc lutter pour résister à l’esprit de guerre. "

 

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Er führt an, dass verschiedene Formen des Fanatismus, seien sie regligieuser, nationalistischer oder ideologischer Natur,  letztendlich eine gleiche mentale Struktur aufzeigen würden. 
Und in der Tat, man muss feststellen,  dass alle diese Formen des Fanatismus  sich in der Ablehnung der Menschenrechte und des Rechtsstaates und der parmamentarischen Demokratie gleichen.

 

" Cela dit, en temps même de paix peut se développer une forme extrême de l’esprit de guerre, qui est le fanatisme. Celui-ci porte en lui la certitude de vérité absolue, la conviction d’agir pour la plus juste cause et la volonté de détruire comme ennemis ceux qui s’opposent à lui ainsi que ceux qui font partie d’une communauté jugée perverse ou néfaste, voire les incrédules (réputés impies).


Une structure mentale commune


Nous avons pu constater dans l’histoire des sociétés humaines de multiples irruptions et manifestations de fanatisme religieux, nationaliste, idéologique. Ma propre vie a pu faire l’expérience des fanatismes nazis et des fanatismes staliniens. Nous pouvons nous souvenir des fanatismes maoïstes et de ceux des petits groupes qui, dans nos pays européens, en pleine paix, ont perpétré des attentats visant non seulement des personnes jugées responsables des maux de la société, mais aussi indistinctement des civils : fraction armée rouge de la « bande à Baader » en Allemagne, brigades noires et brigades rouges en Italie, indépendantistes basques en Espagne. " (...)

 

Am Ende beschreibt MORIN die aktuelle Entwicklung unserer Zeit, in der Unsicherheit und weltweite Probleme und Krisen Menschen Angst machen. 
Diese heimliche Angst würde dazu führen, dass sich Menschen in ethnische und nationale und auch religieuse Identitäten zurückziehen würden.

 

" Avoir foi en l’amour et la fraternité
D’autre part, nous sommes entrés dans des temps d’incertitude et de précarité, dus non seulement à la crise économique, mais à notre crise de civilisation et à la crise planétaire où l’humanité est menacée d’énormes périls. L’incertitude sécrète l’angoisse et alors l’esprit cherche la sécurité psychique, soit en se refermant sur son identité ethnique ou nationale, puisque le péril est censé venir de l’extérieur, soit sur une promesse de salut qu’apporte la foi religieuse. "


Aber MORIN ist der Meinung, dass wir daran denken können, dass alle Menschen Bürger unseres Heimatplaneten, unseres Weltstaates ERDE sind.


"C’est ici qu’un humanisme régénéré pourrait apporter la prise de conscience de la communauté de destin qui unit en fait tous les humains, le sentiment d’appartenance à notre patrie terrestre, le sentiment d’appartenance à l’aventure extraordinaire et incertaine de l’humanité, avec ses chances et ses périls. "


Er schreibt,  dass wir alle als Menschheit  deshalb an unserer gemeinsamen Reise in  Zeit und Raum teilnehmen und darum alle Chancen und Probleme teilen.


Diese Unsicherheit des Individuums in der modernen Welt ist also ein Problem und eine Aufgabe für Schule und Bildung.
Erziehung zum Frieden und Bildung gegen Fanatismus ist damit wichtig.
Gegen Fanatismus hilft nur Aufklärung und gegen Gewalt brauchen wir die Zusammenarbeit der freien Bürger, die die gemeinsamen Ziele der parlamentarischen Demokratie verfolgen.
Demokratie muss jeden Tag erarbeitet werden, denn sonst entstehen Dikatur und Fanatismus...automatisch.

 

 

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Quellen:


Edgar Morin : « Eduquer à la paix pour résister à l’esprit de guerre »
Le Monde.fr: Publié le 05 février 2016 à 20h24 - Mis à jour le 09 février 2016 à 16h04 


Bildnachweis: David.Monniaux, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons

https://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/07/peut-on-prevenir-la-formation-du-fanatisme_4860871_3232.html

 

Pour aller plus loin:


Edgar MORIN: "Les sept savoirs nécessaires."
https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2006-2-page-59.htm


Edgar MORIN: "Les Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur."
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000117740_fre

 

 

Les sept savoirs necesssaires 117740freoles-sept-savoirs-necesssaires-117740freo.pdf (5.58 Mo)

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