Deutschunterricht mit Internet

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Stolpersteine.

Par Le 16/06/2020

Müssen wir die Vergangenheit analysieren, um die Zukunft gestalten zu können?

 

 

 

 

Was ist Rassismus?

Par Le 10/06/2020

Débat : Peut-on parler de « racisme d’État » ?

Camille Gourdeau, Université de Paris; Aude Rabaud, Université de Paris et Fabrice Dhume, Université de Paris

« Knee-to-neck » : cette technique d’immobilisation controversée qui a causé la mort de George Floyd aux États-Unis se matérialise par un genou (policier) sur le cou d’une personne interpellée. Cette mort a-t-elle été causée par le genou du policier ou par une violence institutionnelle qui tolère, voire légalise, l’usage de ce type de techniques dans le travail ordinaire policier ?

La même question se pose, en France, avec l’usage du Lanceur de balles de défense (LBD) dans la surveillance policière des manifestations. La comparaison et les écarts entre pays permettent de poser à nouveaux frais l’hypothèse de la violence institutionnelle.


            À lire aussi :       De Minneapolis à la porte de Clichy : la question des violences policières      


Et si nous passions à côté de ce qui est raciste ?

Cette institutionnalisation de l’analyse marque cependant le pas dès que l’hypothèse de « racisme institutionnel » ou de « racisme d’État » vient colorer le tableau d’une prise en compte des principales victimes des actes policiers.

La surreprésentation des victimes dites racisées lors des contrôles policiers et des actes policiers qui « dégénèrent » – aux États-Unis certes, mais aussi en France – continue d’être protégée par une timide chasse institutionnelle au « policier raciste ».

Les débats qui traversent l’antiracisme contemporain rejaillissent alors : et si à force de traquer qui est raciste nous passions à côté de ce qui est raciste dans le fonctionnement ordinaire de nos institutions ? Pour reprendre une distinction célèbre, le « racisme individuel » serait l’arbre qui cache – sert à cacher ? – la forêt du « racisme institutionnel », souvent décliné dans le contexte français en hypothèse de « racisme d’État ».

Cette résistance collective à la prise en compte de la dimension institutionnelle du racisme ressort particulièrement de notre enquête menée sur « l’affaire SUD éducation 93 ». En effet, en octobre 2017, ce syndicat annonçait l’organisation d’un stage centré sur l’« analyse du racisme d’État dans la société et en particulier dans l’Éducation nationale ».

L’objet même du stage fait alors polémique tant l’expression est communément associée aux États ayant appliqué des politiques ségrégationnistes ou à des régimes affichant une idéologie explicitement raciste.

                       
              L’ouvrage Du racisme d’état en France vient de paraître (éditions Les Bords de l’Eau, 2020).               Editionsbdl.com, CC BY            
         

D’ailleurs, le 21 novembre 2017, le ministre de l’Éducation Jean‑Michel Blanquer déclare, à l’Assemblée nationale, porter plainte pour diffamation. La grande majorité des députés se lève pour l’applaudir. Le débat prend alors de l’ampleur avec une forte médiatisation portée par les grands quotidiens nationaux.

Les militants, chercheurs, éditorialistes se confrontent à l’objet-tabou : peut-on utiliser l’expression « racisme d’État » pour caractériser la France contemporaine et les institutions rattachées à l’État ?

Une analyse du contenu de la presse nationale montre que la polémique met en scène des conceptions opposées du racisme.

Les deux pôles de l’antiracisme

L’usage ou non de l’expression « racisme d’État » participe d’une lutte au sein du champ de l’antiracisme, présentée dans les médias comme une « guerre des antiracismes » qui, selon Audrey Loussouarn, prendrait « en partie sa source en 2005, année des révoltes des banlieues » (L’Humanité, 23 octobre 2018). Ce conflit opposerait, selon les commentateurs, « associations généralistes » vs « spécifiques » (Pap Ndiaye, in Le Monde, 18 décembre 2017), « universalistes » vs « décoloniaux » (L’Express, Paul Conge, 20 mars 2019). « Généralistes et universalistes » désigneraient les associations davantage institutionnalisées (LICRA, SOS Racisme, MRAP…) ; « spécifiques et décoloniaux » désigneraient les « nouveaux militants antiracistes » qui participent depuis les années 2000 au Mouvement des Indigènes de la République (MIR), au Conseil représentatif des associations noires (CRAN), au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), etc. Ces deux visages de l’antiracisme se distingueraient fortement.

D’une part, l’antiracisme dit spécifique serait davantage animé par les « principaux concernés », des « militants issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne » selon le journaliste Yves Mamou (Le Figaro, 13 mars 2019). Cette particularisation « identitariste » ne se retrouve pas pour l’antiracisme dit généraliste dont le profil militant n’est pas spécifié dans la presse.

D’autre part, selon les nouveaux militants antiracistes, le racisme ne serait pas intentionnel, individuel, populaire, mais « un système structurant les rapports sociaux » (Libération, Frantz Durupt, 25 novembre 2017). Pour le philosophe Pierre Tévanian, parler de racisme d’État revient alors à « souligner que le racisme […] vient d’en haut » contre une définition pathologique qui « permet aux élites de se poser comme les médecins » (in L’Obs, 3 décembre 2017). Dans ce conflit entre antiracismes, vient se loger la mise en visibilité du rôle de l’État et des institutions dans la production du racisme.

Les formes du rejet : stratégique, historique, républicain

Nos recherches montrent que la presse fait d’abord parler les chercheurs, militants ou éditorialistes qui réfutent la pertinence de l’expression « racisme d’État » pour caractériser la France actuelle.

La première forme de rejet est stratégique et consiste à proposer d’autres termes pour dépassionner le débat, comme ceux de « politiques de racialisation » du sociologue Eric Fassin (cité in Libération, Frantz Durupt, 25 novembre 2017).

La deuxième est historique et réserve l’usage de l’expression « racisme d’État » aux régimes politiques qui ont reposé sur – ou promu – une législation raciste.

À titre d’exemples, le sociologue Michel Wieviorka cite l’apartheid sud-africain (Libération, 25 novembre 2017) et la philosophe Magali Bessone pointe la « ségrégation légale » aux États-Unis (in La Croix, 30 novembre 2017). Ainsi, selon l’historien Pap Ndiaye,

« Le “racisme d’État” suppose que les institutions de l’État soient au service d’une politique raciste, ce qui n’est évidemment pas le cas en France. » (Le Monde, 18 décembre 2017)

Le troisième rejet se présente comme républicain et vise les « Indigènes de la République », mouvement devenu parti en 2010. Par une opposition frontale à ce courant, il s’agit de déjouer une supposée offensive racialiste, séparatiste, communautariste et islamiste.

D’abord, selon l’éditorialiste Barbara Lefebvre, un « séparatisme racial » se cacherait derrière la dénonciation d’un « prétendu racisme d’État des blancs » et de leur « racisme atavique », intergénérationnel (Le Figaro, 21 novembre 2017).

Ensuite, selon d’autres éditorialistes classés à droite, l’offensive politique du mouvement indigéniste serait partout : à l’école, au sein de la lutte contre le sida via Act Up (Le Point, Clément Pétreault, 10 mai 2018), de l’« aide aux migrants » via la Fasti, du féminisme via le Planning familial, du syndicalisme étudiant via l’Unef (L’Express, Paul Conge, 20 mars 2019). Enfin, cette offensive serait aussi religieuse, car, selon le militant laïc Naëm Bestandji, elle donne « la priorité à la lutte contre les discriminations envers “les musulmans” (dévoyée par le terme “islamophobie”) » (Le Figaro, 27 novembre 2017) et, selon l’éditorialiste Guylain Chevrier, on « voit poindre concrètement ici cette frange de l’islam qui se radicalise » (Atlantico, 8 décembre 2017).

Face au risque de sombrer dans de nouvelles formes de racisme, il faut alors, selon Bestandji, conserver « notre modèle universaliste français, un idéal à préserver, car le seul respectueux de chaque être humain » (Le Figaro, 27 novembre 2017).

Le racisme d’État existe même si l’État n’est pas nécessairement raciste

La position selon laquelle on peut parler de racisme d’État à propos de la France contemporaine est minoritaire. Et, dans ce cas, la prudence est toujours de mise. Se dessine alors un champ de légitimation sous conditions de l’usage du concept.

Selon la sociologue Nacira Guénif, il s’agit de viser un « racisme qui a fini par s’installer dans les instances de l’État, à tous les niveaux » (citée in Libération, Frantz Durupt, 25 novembre 2017). Celui-ci se repérerait dans les « contrôles au faciès » et dans la politique migratoire, notamment la « manière dont sont traités les étrangers venant demander des papiers dans les préfectures » et la « (non-)gestion de la crise des migrants ».

                       
              La Marche solidaire pour les migrants Vintimille-Londres, à Paris, le 17 juin 2018.               Jeanne Menjoulet/Flickr, CC BY-SA            
         

Que ce soit aux États-Unis ou en France, selon la journaliste Rokhaya Diallo, ce sont cependant les « contrôles d’identité » et les « violences policières contre de jeunes Noirs » qui illustrent le plus le racisme d’État (Courrier international, 29 décembre 2017). Le rôle de l’école est rarement mis en question sauf par les nouveaux militants antiracistes qui associent le racisme d’État au « manque de moyens » pour les établissements où « la plupart sont immigrés », à la « concentration de noirs et d’arabes dans certaines filières professionnelles » (Challenges, 18 décembre 2017). Enfin, lorsque l’expression « racisme d’État » est légitimée, on partage l’idée qu’il faut différencier « racisme d’État » et « État raciste », car les pratiques discriminatoires ne se traduisent pas nécessairement dans le droit et sont même interdites.

La question centrale de l’intentionnalité

Cependant, une tribune de la « militante féministe et antiraciste » Mélusine (Libération, 23 novembre 2017) et une interview du philosophe Pierre Tévanian (L’Obs, 3 décembre 2017) donnent à voir une légitimation sans détour du concept de « racisme d’État ».

D’une part, selon Mélusine, il faut une terminologie pour « rendre dicible » et exprimer la « réalité – non pas biologique, mais sociale – » de la race. Le concept permet alors d’interroger « les choix de politiques publiques », notamment de circulaires qui contournent la loi.

Le statut des Territoires d’outre-mer, les politiques migratoires et sécuritaires, les circulaires spéciales « Roms », la double peine pour les étrangers, les emplois sous condition de nationalité, la loi de 2004 sur « le voile », valideraient l’hypothèse d’un racisme d’État qui, selon Tévanian, « institue de manière active et volontariste une discrimination ».

D’autre part, Mélusine soutient qu’« une approche systémique du racisme » combine le fait qu’il est à la fois une « idéologie » et « un système structurant où le stigmate racial détermine la position sociale relative des personnes ». Il faut alors changer de point de vue en s’intéressant davantage aux « résultats » qu’aux « intentions » racistes selon le sociologue Eric Fassin, l’historienne Stéphanie Roza et la militante communiste Fabienne Haloui (L’Humanité, 16 avril 2018).

Ainsi, dans ces conflits, la question de l’intentionnalité raciste est centrale, avec d’un côté une traque de qui est raciste et de l’autre une définition de ce qui est raciste. Or, il nous semble que, si l’on ne s’émancipe pas du « qui », on ne peut pas saisir les dynamiques contemporaines du racisme, de son institutionnalisation en particulier. C’est le racisme institutionnel dans la police qui a tué George Floyd, plus qu’un policier.


Xavier Dunezat, sociologue rattaché au CRESPPA et l’URMIS est co-auteur de ce texte, et co-auteur de l’ouvrage qui vient de paraître L’ouvrage « Du racisme d’état en France », éditions Les Bords de l’Eau, 2020.The Conversation

Camille Gourdeau, Socio-Anthropologue, Université de Paris; Aude Rabaud, Maîtresse de Conférences en Sociologie, Université de Paris et Fabrice Dhume, Sociologue, chercheur à CRISIS, associé à l'URMIS, Université de Paris

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

ONU Info

Par Le 09/06/2020

Die Vereinten Nationen geben Informationen über die Entwicklung weltweit. 

 

 

Onu info

 

 

 

 

Geschichte studieren mit Marc BLOCH.

Par Le 28/05/2020

Was kann man gegen Verschwörungstheorien, Falschmeldungen, Lügen und Gerüchte machen?

Faschmeldungen sind gefährlich für die Gesellschaft, denn radikale politische Ideologien arbeiten mit Gerüchten und  Falschmeldungen gegen die Demokratie und den Rechtsstaat. 

Der Historiker Marc BLOCH (1886 - 1944) beschreibt in einer Rede vor seinen Schüler am 13. Juli 1914 in Amiens die historische Methode. Gegen Lügen und Falschmeldungen hilft nur Quellenkritik, Analyse und Wissenschaft.

Damit ist die Aufgabe klar. Recht entsteht nicht durch Gewalt, Wahrheit wird durch Analyse und Quellenkritik erarbeitet.

Der Historiker hat die Rolle des Untersuchungsrichters.

 

Critique historique et critique du temoinage ahess 0395 2649 1950 num 5 1 1781critique-historique-et-critique-du-temoinage-ahess-0395-2649-1950-num-5-1-1781.pdf (786.41 Ko)

 

 

 

 

 

 

 

Fausses nouvelles.

Par Le 28/05/2020

Les fausses nouvelles de la Grande Guerre, des « infox » avant l’heure

Troupes allemandes dans le village de Conflans-en-Jarnisy (Meurthe-et-Moselle) Norbert Antoine/Geneanet, CC BY-NC-SA
François Allard-Huver, Université de Lorraine

« La première victime de la guerre, c’est la vérité » : cette citation tantôt attribuée à Rudyard Kipling, tantôt au sénateur américain Hiram Johnson, isolationniste convaincu qui s’opposa à l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale en 1917, témoigne bien du rapport complexe à la vérité en temps de guerre. En effet, la question de la circulation de fausses nouvelles lors des conflits n’est pas récente. Chaque guerre charrie avec elle son lot de mésinformation, d’approximations et d’informations erronées, ou de désinformation, et autres contenus fallacieux destinés à tromper l’ennemi et ses troupes.

Cependant, la Première Guerre mondiale se distingue à plusieurs titres des conflits précédents, tant dans la nature et les buts même des fausses nouvelles qu’on y observe que dans les processus qui facilitent, accompagnent voire encouragent leur circulation. Bien que plus que centenaires, ces « fake news » avant l’heure semblent parfois, dans leurs mécanismes et dans les raisons de leur avènement, fort similaires à celles que nous croisons jour après jour sur les réseaux.

Une préoccupation précoce des contemporains de 14-18

Nombre d’ouvrages ont été consacrés par les contemporains de la Grande Guerre à la question des « fausses nouvelles », « rumeurs » et autres « légendes » qui accompagnent le conflit de 14-18. Ces travaux sont éclairants d’une préoccupation récente de l’opinion à la question de l’information, de sa circulation et de sa nature et s’inscrivent parfois dans une veine proche de la psychologie sociale naissante. On pense notamment aux réflexions de Gabriel Tarde sur l’opinion, sur la presse et la foule, ou encore à celles de Gustave le Bon sur la « psychologie des foules ».

Parmi les plus célèbres ouvrages consacrés à ce sujet, on trouve Les fausses nouvelles de la guerre, ouvrage fleuve en sept volumes du docteur Lucien Graux. Ce dernier tente de faire dans un style parfois laborieux, souvent teinté d’anti-germanisme, un recueil de l’ensemble des « fausses nouvelles », distinguant celles qui circulent à l’arrière, dans « Le peuple des civils […] gobe-mouche par excellence, à propos de tout et de rien », et celles qui circulent au front, dans le « peuple des combattants ». Si l’ouvrage manque d’une rigueur certaine et s’avère plus être un florilège d’erreurs et d’approximations journalistiques, il a le mérite de vouloir explorer « la psychologie de la fausse nouvelle, par la façon qu’elle avait de naître, de se propager, de s’amplifier pour dépérir le plus souvent fort vite » au sein de ses contemporains.

L’ouvrage du belge Fernand Van Langenhove, Comment naît un cycle de légendes – Francs-tireurs et atrocités en Belgique, est autrement plus intéressant et s’attelle à décrypter une « fake news » tenace chez les militaires allemands au début du conflit, celles de « franc-tireurs » belges qui auraient harcelé les troupes, refuseraient les règles de l’engagement militaire et massacreraient même des soldats blessés. En analysant des documents essentiellement allemands, Fernand Van Langenhove va « décrypter » la nouvelle et démontrer qu’elle s’appuie à la fois sur des faits réels de l’histoire récente, notamment la présence de franc-tireurs belges lors du conflit de 1870 avec la Prusse, tout autant que sur des représentations stéréotypiques, fallacieuses et fantasmées du peuple belge. Son ouvrage, précis et bien documenté, sera même traduit et publié en allemand dès 1917 !

Cependant, le texte le plus complet, tout comme le plus passionnant dans son analyse du phénomène des « fausses nouvelles », est celui de l’historien et résistant Marc Bloch : « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre ». Dans cet article initialement paru en 1921, il va tenter de poser les bases d’une approche scientifique et historiographique du phénomène des fausses nouvelles, en apportant sur des évènements qu’il a vécus, le regard d’un chercheur.

Au-delà de la simple analyse ou du décryptage des rumeurs et légendes qui circulent au front ou à l’arrière, Marc Bloch revient sur la nature même des infox, tout comme sur les éléments qui contribuent à leur circulation :

« Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui préexistent à sa naissance ; elle n’est fortuite qu’en apparence, ou, plus précisément, tout ce qu’il y a de fortuit en elle c’est l’incident initial, absolument quelconque, qui déclenche le travail des imaginations ; mais cette mise en branle n’a lieu que parce que les imaginations sont déjà préparées et fermentent sourdement. »

Au-delà de cet intérêt des contemporains pour le phénomène, nous pouvons revenir sur une « fake news » célèbre de la Grande Guerre et son destin dans l’imaginaire collectif : celle d’un enfant alsacien de sept ans, fusillé par les Allemands.

La légende au service de la propagande

D’un tragique « dommage collatéral » dans la région de Belfort va naître l’une des fake news les plus prolifiques de la Première Guerre mondiale. À l’occasion des cent ans du début du conflit, L’Est Républicain apportait le témoignage de l’historien local, Daniel Lougnot, sur cette histoire qui eut lieu le 13 août 1914 dans le village frontière de Magny, au tout début du conflit donc :

« Eswald Schaarschmidt, fils d’un inspecteur des douanes originaire de Saxe, regarde le reflux des troupes françaises par une lucarne de la maison Besançon, la dernière à droite à la sortie du village près du pont de la Suarcine […] Vers 17 h, un soldat du 110e régiment de grenadiers badois arrive sur le pont. Apercevant une silhouette à la lucarne, il se croit menacé et abat l’enfant d’une balle qui lui tranche la carotide. »

L’histoire de cet enfant abattu par erreur, victime civile la guerre totale mais également de la psychose allemande sur la présence de franc-tireurs parmi la population civile, est interprétée comme un geste délibéré. Elle circule alors par le biais de la culture populaire. Dès 1914, l’auteur-compositeur Théodore Botrel en fait un poème intitulé « Le petit fusil de bois ». Puis c’est au tour d’André Langrand de mettre, avec Frédéric Boissière, l’histoire en musique dans « Le gamin au fusil de bois » au texte très explicite :

C’était un enfant de sept ans
Blonde tête aux yeux innocents […]
Manœuvrait un fusil de bois
Sonnez clairons, pleurez hautbois
Pour le pauvre petit garçon
Le bambin au fusil de bois
Fusillé par les Bavarois !

Ces chansons se multiplient et amplifient à chaque fois l’histoire, tout en y ajoutant des éléments de l’imaginaire populaire et de la symbolique nationaliste, exacerbant également la barbarie des Allemands. Dans la « Troisième couleur », composée en 1916, la fausse nouvelle semble s’éloigner de toute forme de vraisemblance et devient un véritable outil de propagande anti-allemande :

L’officier au casque pointu au soldat donna l’ordre atroce
de fusiller le pauvre gosse
Soudain l’officier blêmissant pousse un cri de rage et de haine
Car sur ses habits bleu et blanc, le sang français du pauvre enfant
Pour braver les Prussiens encore, formait le drapeau tricolore.

Mais ce qui rend particulièrement intéressante la circulation de cette fausse nouvelle, c’est l’écho et la réception qu’elle semble avoir dans l’opinion publique à la fois française mais également allemande. En témoigne notamment ces différentes cartes postales qui circulent en France et en Allemagne.

Si certaines cartes françaises reproduisent de manière imagée l’incident de Magny, d’autres cartes postales allemandes cherchent à démonter l’idée que les troupes d’outre-Rhin font preuve de cruauté envers les civils, et en particulier les enfants. On retrouve ainsi une image de soldats allemands en train de nourrir des bambins visiblement ravis qui se tiennent sur leurs genoux, avec pour légende ironique « Nos Prussiens orientaux, “barbares allemands” en Russie ». La volonté de montrer le caractère fallacieux des « fausses nouvelles » qui circulent sur l’armée allemande est à son tour attaquée dans des cartes postales françaises où l’on sous-entend qu’il s’agit de mises en scène et où l’envahisseur menace les enfants devant un appareil photo : « Ris ou je te fais fusiller ! »

Fausses nouvelles d’hier à aujourd’hui : même punition, même motifs ?

On retrouve dans le phénomène des fausses nouvelles de la guerre des préoccupations mais également des similitudes avec les problématiques que nous rencontrons aujourd’hui face aux « fake news ». Bien qu’elles servent à la fois d’élément de désinformation de l’ennemi ou d’arme psychologique contre les populations adverses, c’est l’avènement des médias de masse comme la presse qui permet la circulation des fausses nouvelles, approximations et erreurs faisant alors partie du lot quotidien de la circulation des informations en temps de guerre. Mais c’est bien la méfiance voire le mépris d’une partie des élites face aux masses qui justifiera l’utilisation à outrance de la propagande et de la censure pour servir l’effort de guerre.

Edward Bernays, père des relations publiques et auteur du célèbre ouvrage Propaganda, a participé au Comité d’information publique américain pendant la Première Guerre mondiale et résumé ainsi l’intérêt de la propagande :

« La minorité a découvert qu’elle pouvait influencer la majorité dans le sens de ses intérêts. Il est désormais possible de modeler l’opinion des masses pour les convaincre d’engager leur force nouvellement acquise dans la direction voulue. »

Plus encore, c’est la méfiance de l’opinion face aux journalistes et à l’information qui facilitera la circulation et la croyance populaire dans les rumeurs et les ragots. Ainsi, la censure des journaux jouera pour beaucoup dans l’amplification à tel point que Marc Bloch rapporte dans son ouvrage ce trait d’humour de Pierre Chaine dans les Mémoires d’un rat :

« L’opinion prévalait aux tranchées que tout pouvait être vrai à l’exception de ce qu’on laissait imprimer. »

Environnement médiatique changeant, volonté d’une minorité de manipuler la masse à son avantage quitte à lui présenter des faits alternatifs, méfiance de l’opinion face aux médias traditionnels, et, enfin, rhétorique nationaliste et guerrière sont autant d’éléments qui firent et qui font encore aujourd’hui le terreau des fausses nouvelles.The Conversation

François Allard-Huver, Maître de conférences, Université de Lorraine

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Wie erkennt man Verschwörungstheorien?

Par Le 26/05/2020

How to spot a conspiracy theory when you see one

Some conspiracy theorists believe contrails are chemicals being sprayed for nefarious purposes. Shutterstock
Jovan Byford, The Open University

Anyone who engages critically with the phenomenon of conspiracy theories soon encounters a conundrum. Actual conspiracies occur quite regularly. Political assassinations, scandals and cover-ups, terrorist attacks and a lot of everyday government activity involves the collusion of multiple people in the attempt to bring about a desired outcome.

This poses a crucial question. How do we differentiate between genuine plots and conspiracies, and those that we usually associate with the term “conspiracy theory” – namely an erroneous or misguided way of thinking? How do we know, for example, when questions about the origins of coronavirus are legitimate concerns and when they should be dismissed as a conspiracy theory?


This article is part of a series tied to the Expert guide to conspiracy theories, a series by The Conversation’s The Anthill podcast. Listen here, on Apple Podcasts or Spotify, or search for The Anthill wherever you get your podcasts.


One approach is to rely on common sense. A precedent for this was set by the US supreme court judge Potter Stewart when, in 1964, he found himself having to define pornography. Faced with a tricky concept which lacks clearly defined parameters, and whose boundaries are abstract and disputed, Stewart simply said: “I know it when I see it.”

Another approach is to embrace an agnostic position towards all claims of conspiracy. This involves arguing that while some conspiracy theories may currently sound implausible, there is always a chance, no matter how slim, that they could be proved to be true at some point in the future. For that reason, the argument goes, we should treat even the conspiracy theories we don’t believe as unproven rather than untrue.

Neither of these approaches is satisfactory, however. They are ways of sidestepping the problem of definition rather than solving it. Having researched conspiracy theories for many years, I would argue that we can do better. There are fundamental differences between the kind of conspiracies that do happen and that we do need to worry about, and the far-fetched claims typically expounded by conspiracy theorists.

What actual conspiracies are like

The first important difference is in the very nature of the alleged conspiracy. Consider the myriad political scandals that have rocked the United States over the past half century. From revelations about the CIA’s domestic spying programme and the Watergate scandal in the 1970s, to the more recent findings about extraordinary renditions, mass surveillance or Russia’s attempted interference in elections. Comparable scandals are to be found in other countries around the world.

What these very real instances of secret collusion have in common is that they involved different actors, with disparate aims and goals, limited to certain locations and time frames. In other words, plots and cover-ups exist in the world, but they are multiple, and in most instances unrelated. They cannot be reduced to a single, common denominator.

More importantly, these conspiracies rarely work out according to plan. This is because between any one case of collusion and the wished-for outcome are all kinds of unforeseen and unforeseeable elements. It’s impossible to entirely prevent cock-ups, errors and betrayals. Or control the actions of other individuals and organisations with competing (and often concealed) goals and agendas. As the philosopher Karl Popper argued, the relevant question when explaining dramatic historical events is not “who wanted something to happen?” but “why did things not happen exactly in the way that somebody wanted?”.

How conspiracy theories differ

Conspiracy theorists, of course, see the world very differently. The premise of their argument is not that conspiracies happen, but that they are the motive force in history. Conspiracy theorists are not even interested in the multitude of conflicting conspiracies. Theirs is the quest for spurious connections between disparate historical actors or events. Their plots are overarching and are not limited by time or geography. And they supposedly explain absolutely everything.

This is one reason why conspiracy theorists are notoriously poor at uncovering actual conspiracies. Throughout history, most revelations of illegal activities and cover-ups came to light as a result of solid journalism, official state-sponsored inquiries, or the actions of whistleblowers. The driving force behind many revelations about real conspiracies has been freedom of information acts – a key institution of political transparency.

Meanwhile, not a single scandal has been brought to light by conspiracy theorists. They are too busy chasing the Illuminati, the New World Order, the “military industrial complex”, or supposed Jewish influence in world affairs.

In fact, conspiracy theorists are inherently ambivalent towards revelations about actual conspiracies. Conspiracy theorists see actual conspiracies as small and inconsequential, useful only as evidence that things are not as they seem and, therefore, as potential proof that a lot of other, much more sinister (albeit less plausible) claims might also be true.

On the other hand, the way that real cases of collusion are usually brought to light presents a problem for the conspiracy theorist. It undermines their overall argument, by providing evidence that politicians, large business corporations, or the intelligence agencies are not all-powerful and all-controlling. It highlights the importance in everyday life of mistakes and unintended consequences.

Approaches to evidence

This brings us to what is probably the most important difference between conspiracy theories and investigations into actual conspiracies. For those interested in actual conspiracies – including investigative journalists, historians, prosecutors or judges – the existence of a plot is a testable hypothesis. The approach to evidence demands that sources are checked and claims verified. If there is an absence of proof or if evidence contradicts the hypothesis, this is not automatically considered to be part of a cover-up.

For the conspiracy theorist, the opposite applies. The idea of a plot is not a hypothesis, but a fundamental, unshakeable principle. The possibility that the basic premise of the conspiracy theory may be wrong, or that it might be proven wrong by new evidence, is not even entertained.

Conspiracy theories are essentially irrefutable: logical contradictions, evidence showing the opposite, even the complete absence of proof have no bearing on the conspiratorial explanation because they can always be accounted for in terms of the conspiracy. The lack of proof about a plot, or any positive proof against its existence, is turned around and taken as evidence of the craftiness of the secret cabal behind the conspiracy. It is seen as confirmation of the conspirators’ ability to conceal their machinations.

Awareness of the differences between inquiries into real conspiracies and conspiracy theories is important because contemporary conspiracy culture thrives on the perception that somehow this distinction is fuzzy, or even non-existent. Yet the difference could not be more real – or socially and politically relevant.

Conspiracy theorists are traders in illusion. They offer a certain amount of comfort, which is what makes them appealing in the first place. But they invariably lead to a dead end, away from genuine solutions to societal problems, which are more diverse and more complex than any conspiracy theorist cares to imagine.The Conversation

Jovan Byford, Senior Lecturer in Psychology, The Open University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Falschmeldungen!

Par Le 15/05/2020

Vorsicht! Im Internet gibt es auch eine Reihe von falschen Informationen. Wir lernen uns zu informieren und Information von Propaganda zu unterscheiden.

 

 

 

 

 

Diese Reihe von VIDEOs gibt Informationen um FAKE NEWS zu widerlegen:

 

 

 

 

Was denkt man darüber in Kanada?

Radio canada

 

 

 

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