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Frauen... und Männer bilden Gesellschaft..
Par
blatt-christophe
Le 20/04/2021
Welche Rolle spielen, spielten, haben Frauen und Männer in der Zeit gespielt?
Vielleicht haben wir ein falsches Bild von der historischen Entwicklung.
Les femmes de la préhistoire chassaient le gros gibier, ce qui remet en question notre vision du rôle des sexes
Des découvertes archéologiques au Pérou ont révélé que certains anciens chasseurs de gros gibier étaient en fait des femmes, remettant en question ce que l’écrivain scientifique James Gorman a qualifié de « l’une des croyances les plus répandues sur les anciens chasseurs-cueilleurs, à savoir que les hommes chassaient et les femmes cueillaient. »
L’image de « l’homme chasseur » constitue une perception des origines de l’humanité élaborée par des anthropologues du début du XXe siècle en se basant sur leur imagination et quelques fossiles. Ils considéraient la chasse — pratiquée par les hommes — comme le principal moteur de l’évolution humaine, ayant conféré à nos ancêtres la bipédie, de gros cerveaux, des outils et une soif de violence. Selon cette vision, la chasse a également donné naissance à la famille nucléaire, avec les femmes qui attendaient à la maison que les hommes ramènent de la viande.
En tant qu’anthropologue spécialiste des sociétés de chasseurs-cueilleurs, j’ai été emballé par la découverte de squelettes féminins enterrés avec un attirail de chasse au gros gibier, un phénomène qui soulève d’importantes questions sur le rôle des sexes à cette époque. Mais j’ai trouvé que la couverture médiatique de cette nouvelle a été particulièrement inexacte. La journaliste Annalee Newitz y a réagi en écrivant : « L’expression “l’homme chasseur” alimente l’image des sociétés anciennes où les rôles étaient strictement définis : les hommes chassaient et les femmes cueillaient. Aujourd’hui, cette théorie est peut-être en train de s’effondrer. »
En fait, cette théorie est morte de sa belle mort il y a plusieurs décennies.
Origines de la chasse
En 1966, 75 anthropologues (dont 70 hommes) ont tenu un symposium intitulé « Man the Hunter » à l’Université de Chicago pour aborder l’une des grandes questions de l’humanité : comment vivaient les gens avant l’agriculture ? Les chercheurs avaient vécu auprès de populations contemporaines de chasseurs-cueilleurs un peu partout dans le monde, de la jungle à la toundra, et les avaient étudiées.
C’est lors de cette rencontre que des données réelles ont ébranlé le mythe de l’homme chasseur. Les scientifiques ont montré que les femmes travaillaient autant que les hommes et que les végétaux cueillis par les femmes étaient d’une importance cruciale dans le régime alimentaire des chasseurs-cueilleurs. Les déplacements des chasseurs-cueilleurs étaient déterminés par divers facteurs écologiques, et pas seulement par le gibier. Et de nombreux chasseurs-cueilleurs étaient plutôt pacifiques et égalitaires. Ainsi, la chasse n’était pas le seul moteur ni la seule théorie unificatrice de l’évolution humaine.
À la fin des années 1970, époque où les anthropologues effectuaient de nouvelles recherches sur les chasseurs-cueilleurs et s’intéressaient à la question du sexe, le mythe de l’homme chasseur est tombé en disgrâce.
Actualiser les croyances
Les recherches ultérieures ont néanmoins confirmé une division simple du travail chez les chasseurs-cueilleurs : les hommes chassent principalement et les femmes cueillent principalement. Lorsque l’anthropologue Carol Ember a étudié 179 sociétés, elle n’en a trouvé que 13 dans lesquelles les femmes participaient à la chasse.
Mais c’est une erreur de confondre l’idée selon laquelle « la plupart des chasseurs sont des hommes » chez les chasseurs-cueilleurs avec le mythe de l’homme chasseur. Ce mythe repose sur des suppositions, et non sur une étude empirique sérieuse.
Grâce à des décennies de recherches sur le terrain, les anthropologues ont élaboré une vision plus flexible et plus large du travail humain. Selon celle-ci, les femmes ne sont pas liées par la biologie à la cueillette, ni les hommes à la chasse. Au milieu des années 1980, on a découvert plusieurs cas de femmes qui chassent dans des populations de chasseurs-cueilleurs.
Dans ce contexte, on ne doit pas s’étonner de trouver des femmes chasseuses lors de fouilles archéologiques. En mettant l’accent sur l’homme chasseur, on évite de se poser des questions sur le fonctionnement d’une société où des femmes chassaient le gros gibier. Après tout, les femmes sont parfaitement capables de chasser, mais dans la plupart des sociétés de chasseurs-cueilleurs, elles ne le font que rarement.
Chasser et prendre soin des enfants
L’une des principales explications, proposée en 1970 par l’anthropologue féministe Judith Brown, est que les exigences de la chasse entrent en conflit avec la capacité de s’occuper des enfants. Ce fait a été confirmé par une récente étude sur les femmes chasseuses dans les sociétés traditionnelles du monde entier. Les auteurs ont constaté que les femmes enceintes ou qui allaitent ne chassent que rarement et que celles qui s’occupent de leurs enfants ne chassent que si quelqu’un peut prendre soin de leurs petits ou lorsque des terrains de chasse se trouve près du campement.
Ces contraintes jouent un rôle dans la détermination des préférences en matière de risque. Chez les chasseurs-cueilleurs, la chasse pratiquée par les hommes est risquée, c’est-à-dire qu’elle comporte un risque élevé d’échec. Les hommes chassent souvent seuls ou en petits groupes et préfèrent s’attaquer à du gros gibier avec des armes de jet, ce qui nécessite généralement des déplacements rapides sur de longues distances. Les femmes, quant à elles, préfèrent chasser en groupe et cherchent des proies petites et faciles à capturer, plus proches des campements, souvent à l’aide de chiens.
Les femmes jouent régulièrement un rôle crucial dans le succès de la chasse effectuée par des hommes, que ce soit par un soutien pratique ou rituel. Les maris et les femmes travaillent parfois en collaboration. Dans ce cas, les femmes peuvent aider à piéger un animal, puis à le frapper à mort avec une massue et à transporter la viande à la maison. Et dans les sociétés de chasse au gros gibier, les femmes apportent leur soutien aux chasseurs en fabriquant des vêtements, des armes et de l’équipement de transport. Elles peuvent également participer directement à la chasse en localisant, puis en entourant le gibier et en le menant vers un lieu de mise à mort, comme on l’a vu chez les chasseurs de rennes des hautes latitudes et les chasseurs de bisons des Plaines. Selon les auteurs de la nouvelle étude, c’est probablement de cette façon que les chasseuses péruviennes tuaient le gibier.
Des points de vue récents sur la cueillette des plantes permettent de comprendre pourquoi les femmes peuvent choisir de ne pas chasser du tout. Personne ne conteste que la chasse soit difficile, mais les premiers anthropologues ont généralement supposé que la cueillette était simple et facile. Cette hypothèse s’est révélée fausse. Tout comme la chasse, la cueillette exige des connaissances et des compétences écologiques approfondies qui sont acquises socialement et cultivées tout au long de la vie.
Par conséquent, les chasseurs-cueilleurs sont confrontés à des choix difficiles quant à la répartition des tâches ardues au cours d’une journée de 24 heures. Dans ce contexte, les considérations économiques montrent qu’il est payant de se spécialiser : des avantages comparatifs modestes — vitesse et force, et l’incompatibilité avec les soins aux enfants — peuvent conduire à une division du travail qui augmente l’acquisition globale de nourriture par le groupe. De ce point de vue, la décision des femmes de chasser moins que les hommes peut constituer un choix rationnel de répartition de l’effort.
Les Batek
De nombreuses personnes ont supposé qu’en ne chassant pas, les femmes sont reléguées à un statut inférieur. Mais est-ce le cas ?
Je conduis mes travaux au sein du peuple Batek, des chasseurs-cueilleurs des forêts tropicales de Malaisie, une des sociétés considérées comme les plus égalitaires au monde sur le plan des sexes. Ils vivent peu d’inégalités matérielles, se partagent la nourriture, ont horreur de la violence et mettent l’accent sur l’autonomie individuelle.
Lorsque le jour se lève, les hommes Batek partent en randonnée, généralement seuls, pour chasser le singe à l’aide de sarbacanes. Les femmes cueillent des tubercules ou des fruits en petits groupes plus près du campement. Rien n’interdit aux femmes de chasser, comme c’est le cas chez certains chasseurs-cueilleurs où, par exemple, il leur est interdit de toucher les armes de chasse. Les femmes Batek se joignent parfois à la chasse collective du rat des bambous, mais cela demeure rare. Il y a toutefois des exceptions : certaines adolescentes s’intéressent à la chasse à la sarbacane et le font jusqu’à l’âge adulte.
Le peuple Batek considère que cette division du travail s’explique par l’inégalité des forces, l’incompatibilité avec les soins aux enfants et les différences dans la spécialisation des connaissances. La chasse a une grande importance culturelle, mais le savoir des femmes sur la localisation des plantes est crucial pour les décisions collectives comme le déplacement du campement. Les Batek se perçoivent comme un groupe coopératif et interdépendant dans lequel chaque personne apporte une contribution unique et importante à un objectif commun.
Derrière l’homme chasseur
Contrairement à ce que l’on a pu lire dans les médias, les découvertes archéologiques faites au Pérou correspondent bien aux connaissances actuelles sur la façon dont les hommes et les femmes se répartissaient les tâches chez les chasseurs-cueilleurs et sur ce qui motivait cette répartition. Et cela n’a pas grand-chose à voir avec le mythe de l’homme chasseur.
Les chasseurs-cueilleurs péruviens étaient des spécialistes du gros gibier et ils utilisaient des techniques de tir de lance qui étaient probablement relativement faciles à apprendre. Cela a peut-être permis une division du travail plus souple et une plus grande participation des femmes à la chasse, comme c’est le cas aujourd’hui chez certains chasseurs-cueilleurs.
L’incidence sociale de ces informations n’est pas claire. En effet, le rôle de chacun dans la récolte de nourriture n’a pas de relation directe avec son statut ou la dynamique du pouvoir. De nouvelles recherches sur des sujets peu étudiés comme les facteurs qui déterminent le statut des femmes et les comportements économiques à risque dans les sociétés traditionnelles devraient permettre de faire la lumière sur cette question. Mais comme le montre le cas des Batek, dans une société libertaire et égalitaire, le statut et le pouvoir n’ont pas grand-chose à voir avec le fait de rapporter de la viande.![]()
Vivek Venkataraman, Assistant Professor of Anthropology and Archaeology, University of Calgary
La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.
Übersetzung... und Übersetzer.
Par
blatt-christophe
Le 09/04/2021
Hier kommt es wieder zu einer alten, immer neuen Diskussion. Was macht ein Übersetzer? Darf er einen neuen Text erarbeiten? Ist eine Übersetzung ein neues Werk? Und welche Bedeutung hat die Person des Übersetzers für das Ergebnis?
Ja, kann man denn einen Text tatsächlich übersetzen, ihn lesen zunächst, verstehen vielleicht und dann noch eine neue Form des des Textes erstellen?
Texte wollen Informationen zwischen Individuuen vermitteln. Lesen und verstehen bedeutet... übersetzen.
Dazu gibt es keine Alternative.
Polémique « Amanda Gorman » : ce que traduire veut dire
Ahmed Mahdi, Université Lumière Lyon 2
Les traductions, notamment de l’anglais, inondent chaque année le marché du livre en Europe. Il n’est ainsi pas étonnant que les maisons d’édition, à l’instar de la prestigieuse édition Fayard en France, s’arrachent les droits de publications du poème « The Hill We Climb », lu lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président américain élu Joe Biden en janvier 2021 et composé par Amanda Gorman, plusieurs fois primée pour ses écrits.
Face au défi de sa traduction dans les langues vernaculaires européennes, un débat, pour ne pas dire une controverse, s’est ouvert quant aux choix des traducteurs et traductrices sélectionnés par les éditeurs pour faire connaître ce poème. Ainsi, après l’épisode qui a vu Marieke Lucas Rijneveld se retirer de cet exercice, sous la pression, après avoir été recrutée par l’éditeur Meulenhoff pour en proposer une version néerlandaise, l’éditeur en charge de la publication catalane du poème a remercié son traducteur expérimenté, Víctor Obiol, pour répondre aux volontés de Viking Books, l’éditeur américain en charge de l’œuvre de la poétesse afro-américaine Amanda Gorman, d’après la BBC.
À chaque fois, l’argument de la controverse est le même : pourquoi ne pas avoir choisi une traductrice noire, de préférence jeune et activiste ? C’est alors à juste titre que France Culture pose la question : « Faut-il être noire pour traduire le poème d’Amanda Gorman ? » Ce sujet d’actualité sert ici d’exemple pour s’interroger plus largement sur le sens et l’objectif de la traduction, tout particulièrement lorsque le texte concerné est d’ordre poétique, ce qui amène à s’interroger sur la légitimité qu’une personne peut avoir à s’engager dans un tel travail.
L’objectif de la traduction
Si le débat sur les théories de la traduction ne cesse de faire varier la position du curseur entre les deux extrêmes que sont le littéralisme, où le mot trône au-dessus de toute autre considération, et la traduction libre, pour laquelle l’essence du texte est le seul ingrédient nécessaire, la question de la traduction d’un texte littéraire, poétique qui plus est, doit s’attarder sur la raison d’être de la poésie.
En effet, le traducteur cherchant à capturer les aspects primordiaux d’un poème pour pouvoir les retranscrire, doit en comprendre les fonctions primordiales : s’il cherche à véhiculer un message, notamment dans un temps politique comme celui de l’inauguration présidentielle où « l’unité » semblait être le maître-mot, les éloges qui ont fusé à la suite de cette lecture n’ont cessé de mettre en exergue « la force du verbe » du poème en question, comme on peut le voir dans un article du Monde ou dans un court message de Michelle Obama sur Twitter. C’est que la poésie, au risque de tomber dans une banalité des plus classiques, est le lieu des sentiments, de l’émotion. Cette émotion, cette charge, ce bouillonnement intérieur doit pouvoir s’unir avec les mots pour que ceux-ci atteignent toute leur vigueur. Comme dirait feu Yves Bonnefoy, lui-même poète, traducteur et critique littéraire, dans La poésie et la gnose : la poésie, « c’est la décision de faire corps avec le langage ».
Une fois que l’être fait corps avec la langue, il peut entrer dans un acte de production, de composition, d’écriture, et finalement, de traduction. Car comme dirait Jean‑René Ladmiral, philosophe, traducteur et enseignant de traductologie, reprenant à son compte une idée de Proust :
« Écrire, c’est traduire ce qu’on a dans la tête – sauf que ce que j’ai dans la tête, c’est dans la tête que je l’ai, et c’est dans la mienne (de tête) que je l’ai ! c’est-à-dire que ce n’est pas proprement tangible. »
Le traducteur d’un poème existant se retrouve alors dans la position du deuxième traducteur, à la différence que le premier a traduit une pensée ou une expérience interne. Ce nouveau traducteur doit alors faire sienne l’ébullition poétique du premier pour permettre à la nouvelle production d’avoir la même force, la même intensité que le premier. Le même impact.
La légitimité du traducteur
Si le souffle poétique est la rencontre entre un esprit et les mots, ou plutôt leur fusion, l’acte de traduire ne relève-t-il donc pas de l’impossible ? Le traducteur et chercheur René Agostini s’est notamment intéressé à cette question dans le contexte de la poésie, dans son petit ouvrage au titre évocateur La traduction n’existe pas, l’intraduisible non plus, soulignant :
« L’intraduisible relève du mystère de l’être, de l’esprit, du souffle et de la voix, car il y a des voix où le langage n’est plus le langage et où les mots sont métamorphosés en formules magiques, en mantras, sonorités et rythmes qui ont un effet au-delà de toute saisie par la raison. »
Le traducteur se doit alors de garder une humilité résistante à toute épreuve, à « l’épreuve de l’étranger », pour reprendre l’expression du linguiste Antoine Berman, car si l’intraduisible n’existe pas, il n’en demeure pas moins que le texte étranger donnera immanquablement du fil à retordre.
Cette difficulté du traducteur vient de sa nature même d’individu, qui a vécu ses propres expériences et qui possède sa propre plume. C’est là que la question se pose dans notre cas d’étude : demander un profil personnel particulier est-il légitime, à savoir que le traducteur doive être une traductrice, et plus précisément : « une femme, jeune, activiste, et de préférence noire » ? La question n’est pas ici posée sur le plan militant, même si c’est le point de certains comme la journaliste néerlandaise Janice Deul, « qui se débat pour la diversité dans le monde de la mode et de la culture ». Sur ce point, un article du New York Times souligne que ce débat « a montré le manque de diversité dans le monde de la traduction littéraire » en Europe.
Il est évident que la polémique en cours est en réalité plus d’ordre politique (ou social, dirait-on) que littéraire, cette actualité ayant permis à certaines voix de s’élever pour réclamer une justice sociale qui se fait attendre. Ce qui pourrait s’apparenter à de la discrimination au niveau professionnel est donc un débat bien plus complexe, qui dépasse d’ailleurs largement le monde littéraire, la sous-représentation des minorités pouvant en soi être considérée comme de la discrimination. On ne peut en effet occulter le manque de visibilité de certaines minorités, qui se fait ressentir à présent dans des domaines aussi censément objectifs que l’intelligence artificielle où des algorithmes peuvent « reproduire et amplifier un racisme systémique » d’après certains experts.
Cependant, la question qui nous intéresse ici concerne peut-être, au final, un monde idéal où l’égalité des chances serait déjà une réalité établie, et nous nous demandons alors qui est le plus à même d’apporter la meilleure traduction possible du texte en question.
L’identité du traducteur
Cette question se heurte à un problème de taille : si seule une personne de couleur noire, jeune et militante peut traduire les propos d’Amanda Gorman, cela impliquerait-il que seule une telle personne pourrait en comprendre et en assimiler les nuances et diverses subtilités ? Une fois la question ainsi posée, le problème paraît évident : comment un texte lu lors d’une inauguration présidentielle pourrait-il prétendre vouloir toucher tout le monde, si seule une « communauté » de semblables pouvait accéder au sens ? Cette vision communautariste du métier de traducteur renvoie à nouveau à la notion d’identité : la nouvelle plume doit-elle s’identifier au texte qu’elle traduit au point d’avoir la même couleur de peau pour pouvoir entreprendre l’acte de traduire ?
Finalement, une fois que la notion d’identité est lancée dans le débat, l’équation se retrouve sans solution, car la communauté humaine comprend autant d’identités que d’individus. Pour reprendre les propos de Platon dans Le Parménide, qui insiste sur le fait que l’identité implique la différence : « L’identité rendra donc dissemblable, ou elle ne sera pas contraire à la différence. »
L’humanité au cœur de l’acte de traduire
Toutefois, cette communauté a l’humanité en commun, qui relie les individus entre eux et qui leur permet de s’écouter, de se comprendre et de partager des émotions.
Une autre question ferme alors le bal : peut-on juger le travail d’une personne sur ce qu’elle est plutôt que sur ce qu’elle fait ? En effet, le traducteur catalan Víctor Obiol avait terminé sa traduction, et il a même été rémunéré pour celle-ci, mais d’après lui, c’est finalement son profil qui a fait défaut comme le rapporte Le Figaro. Et si les identités sont aussi nombreuses que le nombre d’individus, qui pourrait alors prétendre traduire un texte si ce n’est l’auteur premier ? Le risque serait au final de juger en amont l’éthique professionnelle du traducteur ou de la traductrice, cette « éthique du langage », pour reprendre les propos du linguiste Henri Meschonnic dans son Éthique et politique du traduire, éthique qui « concerne tous les êtres de langage, citoyens de l’humanité ».
L’auteur effectue sa thèse sous la direction de Jim Walker.![]()
Ahmed Mahdi, Chercheur en terminologie et traductologie, CeRLA, Université Lumière Lyon 2
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Gute Nachricht! Alles ist...in guter Schokolade!
Par
blatt-christophe
Le 06/04/2021
Diese COVID-Zeiten sind reich an schlechten Nachrichten und deshalb macht es Spaß, wenn man auch einmal eine gute Nachricht findet.
Was? Schokolade ist gut für die Gesundheit? Na Prima!
Dann brauchen wir nur noch... Nachhaltige Entwicklung, gerechte Preise
... und gute Arbeitsbedingungen für die Landarbeiter, die diesen wunderbaren Kakao herstellen.
Une brève histoire du chocolat et de ses surprenantes vertus pour la santé
Liam Corr, University of Huddersfield
Le chocolat sous toutes ses formes est un plaisir, que comme beaucoup, je m’octroie presque quotidiennement. Mais le chocolat tel qu’on le déguste aujourd’hui est très différent de celui qui était disponible en Europe, en provenance d’Amérique du Sud, vers le XVIe siècle.
Pour le peuple aztèque, le cacao était consommé sous forme de boisson et revêtait une grande importance culturelle et médicinale. Il était presque considéré comme une panacée qui pouvait guérir diverses affections, notamment la fièvre, la diarrhée, la fatigue, l’angine et la carie dentaire.
La croyance aztèque selon laquelle le cacao était un élixir divin était probablement due à l’idée qu’il était un cadeau de Quetzalcoatl, le dieu aztèque du vent et de la sagesse. C’est peut-être la raison pour laquelle le botaniste suédois Carl Linnaeus a nommé la plante Theobroma cacao, d’après les mots grecs anciens « theos » signifiant dieu et « broma » signifiant nourriture – « nourriture des dieux ».
Il est cependant plus probable que la raison de tout bénéfice potentiel soit due à la forte concentration de polyphénols trouvés dans le cacao naturel – connus sous le nom de flavanols de cacao. Les polyphénols sont des composés antioxydants présents dans les fruits et légumes qui protègent l’organisme contre les radicaux libres, dont un excès a été lié à diverses maladies. Ainsi, même si le cacao n’est pas la panacée, les recherches montrent qu’il est plus qu’un simple plaisir coupable.
Un passé riche
Le responsable présumé de l’intégration du cacao en Europe est Hernan Cortes, un conquistador espagnol (soldat et explorateur) de retour du « Nouveau Monde ».
En 1518, Cortes et ses hommes arrivèrent dans ce qui est aujourd’hui le Mexique et se sont dirigés vers la capitale aztèque de Tenochtitlan. Pendant leur séjour au Mexique, les Espagnols ont dégusté une boisson amère appelée « chikolatl ». Cette boisson contenait des fèves de cacao torréfiées qui étaient écrasées, puis bouillies dans de l’eau avec des épices et du piment.
La première exposition à la boisson n’a pas été une réussite pour les Espagnols, qui l’ont jugée trop amère et presque désagréable. Mais ayant vu Montezuma II, roi des Aztèques, consommer la boisson environ 50 fois par jour, Cortes s’est intéressé au potentiel du cacao et a cherché à le ramener en Espagne après sa conquête.
Une fois en Europe, les fèves de cacao ont été broyées et mélangées à du miel et du sucre, devenant ainsi une boisson populaire parmi l’élite. Finalement, au XIXe siècle, la première tablette de chocolat a été fabriquée par Joseph Fry and Sons, créant ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de chocolat.
De la fève à la tablette
Alors que les fèves de cacao sous leur forme naturelle contiennent une grande quantité de composés antioxydants, les processus impliqués dans la transformation des fèves en barres chocolatées réduisent la teneur en flavanol du cacao, diminuant ainsi les propriétés antioxydantes du cacao.
En effet, la recherche montre que la poudre de cacao naturelle contient presque dix fois plus de flavanols que le cacao qui a subi ce processus.
Quant aux tablettes de chocolat, le chocolat noir contient presque toujours une plus grande concentration de flavanols que le chocolat au lait. Par exemple, une portion de 25 g de chocolat noir à fort pourcentage (plus de 75 %) peut contenir plus de 80 mg de flavanols de cacao, contre environ 10 mg ou moins par 25 g pour une barre de chocolat au lait.
Les vertus du chocolat pour la santé
Des recherches ont montré que le chocolat noir et les produits à base de cacao contenant au moins 200 mg de flavanols de cacao peuvent améliorer l’élasticité des vaisseaux sanguins, ce qui favorise la circulation sanguine. Et la consommation régulière de flavanols de cacao – même à des doses de 80 mg par jour – améliore la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater ou à s’étendre, ce qui aide le corps à réguler la pression sanguine et le flux sanguin vers les organes.
On pense que cela est dû au fait que les flavanols de cacao augmentent la concentration d’oxyde nitrique bioactif. Il s’agit d’une molécule impliquée dans l’élargissement des vaisseaux sanguins qui a également des propriétés anti-inflammatoires et réduit la formation de caillots sanguins, ce qui peut avoir des effets bénéfiques sur la pression sanguine.
Les flavanols de cacao peuvent également augmenter le flux sanguin vers le cerveau, ce qui peut améliorer les performances cognitives. Et ils pourraient contribuer à réduire le déclin cognitif en protégeant le cerveau des dommages causés par les radicaux libres.
Outre leurs avantages cardiovasculaires et cognitifs, les flavanols de cacao pourraient également contribuer à améliorer la récupération musculaire après un exercice physique intense, grâce à leurs puissants effets antioxydants et anti-inflammatoires. Une étude récente a montré qu’une seule dose élevée de 1245 mg de flavanols de cacao (15 g de poudre de cacao à forte teneur en flavanols) améliorait légèrement la récupération musculaire.
La prochaine fois que vous aurez envie de chocolat, choisissez une variété noire à fort pourcentage ou une poudre de cacao naturelle pour ses bienfaits potentiels sur la santé.![]()
Liam Corr, PhD Researcher in the Department of Health Sciences, University of Huddersfield
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Par
blatt-christophe
Le 25/03/2021
Wissenschaft braucht die Zusammenarbeit, den Austausch zwischen den Disziplinen. Sozialwissenschaften und Naturwissenschaften brauchen Kultur.
Kultur ohne Anfrage an die Natur ist leer.
Was ist Bildung? Hat Alexander von Humboldt die richtigen Ideen?
À l’école, faire dialoguer les disciplines scientifiques, c’est important !
Cet article est publié dans le cadre du Forum national « Activons les sciences en classe ! » organisé en ligne par la Fondation La main à la pâte le 27 mars 2021, dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez toutes les informations sur cet événement sur le site activons-les-sciences.fr.
L’interdisciplinarité est présentée depuis plusieurs années comme moteur essentiel de créativité, comme une approche qui permet de sortir du carcan de sa discipline pour relever les défis du monde contemporain. Différentes initiatives témoignent d’une telle volonté de faire du lien entre différentes disciplines au service de la formation pour accompagner les jeunes dans la pratique d’une pensée complexe. On peut citer par exemple l’ouverture d’une licence « sciences et humanité » à l’Université d’Aix-Marseille qui associe une expertise disciplinaire approfondie dans différentes disciplines, un rapport critique aux savoirs et le développement d’un esprit de synthèse.
Mais qu’en est-il à l’école ? L’école française est organisée autour d’enseignements qui se structurent progressivement en disciplines scolaires. Cette structuration est nécessaire pour circonscrire des domaines et organiser les connaissances. Elle permet de répartir le travail (entre enseignants notamment) et programmer la manière dont vont se succéder les contenus à enseigner.
Cependant, cette organisation classique de l’enseignement rend difficiles des approches liées aux grands enjeux actuels qui nécessitent de dépasser aujourd’hui un enseignement thématique cloisonné : développement durable, changement climatique, préservation de la biodiversité, diffusion de l’informatique et des technologies numériques, intelligence artificielle, soulignés notamment dans un rapport des Académies des sciences et des technologies sur l’enseignement des sciences.
Nouvelles approches
Depuis plusieurs années, le décloisonnement des disciplines scolaires est encouragé en France comme à l’étranger. Au Québec, depuis près de 20 ans, c’est vu comme un moyen d’aborder, avec les élèves, des situations ancrées dans leur réalité, susceptibles de stimuler leurs intérêts. Yves Lenoir insiste ainsi sur le rôle de l’école pour accompagner les élèves à porter un autre regard sur les questions complexes qu’ils rencontrent dans leur vie, à partir de démarches à caractère scientifique qui impliquent le raisonnement, la recherche systématique et explicite de solutions objectives, la communication, l’esprit critique, etc.
En France, une expérimentation a été lancée au collège en 2006, à l’initiative de La main à la pâte. Il s’agissait d’encourager l’émergence d’approches intégratives de l’enseignement des sciences et technologie et de faciliter un travail collectif entre plusieurs enseignants chacun spécialiste de sa discipline (Physique-chimie, technologie et SVT). Nous avons étudié systématiquement les organisations pédagogiques proposées par les enseignants qui ont participé à cette expérimentation. Nous avons ainsi relevé que l’enjeu principal pour ces enseignants résidait dans leur volonté de motiver leurs élèves aussi bien envers les sciences et la technologie, que pour l’école en général.
Autre élément remarquable, la majorité des équipes enseignantes a choisi de développer des projets en lien avec des questions d’éducation au développement durable, souvent associées à des problématiques locales (mobilité écoresponsable dans ma ville ; composteur et espaces verts du collège, abris à oiseaux et à insectes en partenariat avec la communauté de commune ; la vigne, le vin et le patrimoine local, etc).
C’est lors de la réforme de 2016 que les programmes scolaires ont été restructurés, mettant en avant un continuum des apprentissages et, en particulier, le rapprochement de la classe de 6e avec celles de CM1 et CM2 constituant ainsi le cycle 3. Les programmes scolaires évoluent par le regroupement des notions de différentes disciplines scientifiques et technologiques avec un seul intitulé « sciences et technologie ». Le recours à des approches interdisciplinaires est aussi renforcé, en cycle 4 (à partir de la classe de 5e), par la création d’Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI). Par ailleurs, au sein de la Fondation La main à la pâte, un réseau de collèges pilotes s’est développé pour favoriser le travail en équipe et impulser des approches créatives et expérimentales de l’enseignement des sciences et technologie.
Oser l’interdisciplinarité
Cependant, s’aventurer aux frontières de sa discipline d’enseignement ne s’improvise pas. Les enseignants de l’école primaire, dont l’essence même du métier est fondée sur la polyvalence, ne sont pas à l’aise avec des approches interdisciplinaires. Même si des évolutions de la formation sont en cours, la formation initiale des professeurs des écoles a tendance à s’appuyer sur des contenus disciplinaires différenciés, empruntés à l’enseignement secondaire, et donnant une place très réduite à aux sciences et technologie.
De leur côté, les enseignants du secondaire trouvent leur légitimité dans les savoirs acquis pendant leurs études universitaires et leur professionnalité se construit avant tout dans l’enseignement de ces savoirs. La mise en œuvre d’approches interdisciplinaires implique une collaboration entre plusieurs enseignants de disciplines différentes. Ces enseignants n’ont pas les mêmes références, n’utilisent pas les mêmes mots et ne se comprennent pas toujours. Ils sont pourtant poussés vers des modalités de travail collectif, voire même collaboratif.
Cette approche est déstabilisante pour des enseignants qui ont l’habitude d’agir seuls dans leur classe, avec leurs élèves. C’est probablement d’autant plus critique en France où les enseignants exercent leur métier de manière solitaire, avec un tiers des enseignants qui déclarent ne jamais participer à des réunions d’équipe contre moins de 2 % dans la majorité des autres pays de l’OCDE. Développer des pratiques interdisciplinaires à l’école pose ainsi des questions structurelles, sur l’organisation du travail d’équipe.
Mais nous souhaitons souligner aussi que la mise en œuvre d’approches interdisciplinaires engage chacun dans un travail intellectuel complexe. Il est nécessaire d’acquérir une connaissance fine de sa discipline, et une connaissance étendue dans des disciplines différentes. Il est indispensable de développer un esprit de synthèse, d’interroger les savoirs dans leur portée épistémologique, afin de reconstruire un sens à partir de connaissances qui ont été circonscrites pour être définies plus précisément. Enfin, il est nécessaire d’avoir recours à un esprit d’analyse systémique pour concevoir les problèmes dans leur globalité, de penser une réelle démarche de problématisation questionnant les enjeux actuels au travers de démarches scientifiques collaboratives.
Il y a ainsi des défis majeurs de formation et de recherche sur les approches interdisciplinaires qui sont encore trop peu explorés bien qu’ils paraissent urgents dans le contexte actuel. Pour comprendre les problèmes complexes posés par la crise sanitaire que nous traversons, nous sommes amenés à faire la synthèse d’informations scientifiques glanées parmi un flux d’informations plus ou moins fondées.
Les discours scientifiques sont parfois mis à mal au profit de systèmes de croyances aux apparences plus rassurants. Plus que jamais, il semble essentiel de permettre aux enseignants de prendre toute la mesure des enjeux d’une éducation scientifique et technologique citoyenne allant au-delà des cadres disciplinaires traditionnels.![]()
Alice Delserieys, Maîtresse de conférences en didactique des sciences, Aix-Marseille Université (AMU) et Patrice Bonnet, Professeur agrégé de Sciences de la Vie et de la Terre, Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU)
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Was ist... Geschichtswissenschaft?
Par
blatt-christophe
Le 16/03/2021
Die Frage nach Geschichte, Erinnerung, Geschichtswissenschaft ist so alt die Entstehung von Gesellschaften. Die Frage nach der Vergangenheit einer Gruppe ist gleichzeitig immer auch die Frage nach der Identität dieser Gruppe.
Wer sind ... wir?
Damit entsteht die Frage nach Nation, nach den nationalen Identitäten, nach Verantwortung und Rechtfertigung vor... der Geschichte? Geschichte und Geschichtswissenschaften sind deshalb in einer ständigen Methodendiskussion.
Wie kann man wissenschaftlich die Vergangenheit analysieren?
Gibt es eine "Erinnerungspflicht"?
Oder ist es richtiger, nach HUIZINGA, das Geschichte eben die Form ist, in der sich eine Gesellschaft ihrer Vergangenheit stellt?
Also, was ist Geschichte? Und was Wissenschaft?
Und was kann "Geschichtswissenschaft" definieren?
Entre histoire et mémoire, l’éternel conflit des interprétations
Mohamed Arbi Nsiri, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières
Il est usuel de définir la mémoire comme étant la faculté de conserver des traces du passé et de pouvoir s’y référer activement en fonction des situations présentes. Mais très souvent, les discours identitaires, empêchent une lecture objective des événements historiques. Récemment, le « rapport Stora » a renouvelé le débat ancien, mais toujours renouvelé, autour des liens existants entre la mémoire historique et l’histoire savante. Recenser, rassembler, mettre en ordre étaient les maîtres-mots de son rapport. Mais face à ce vif intérêt pour la mémoire, d’autres voix s’élèvent pour mettre en garde contre l’instrumentalisation de ce qui reste vivant de la « mémoire historique » au service de la politique.
Devoir de mémoire
Dans son livre intitulé Douze leçons sur l’histoire (1996), Antoine Prost récapitule les différences fondamentales qui existent à ses yeux entre histoire et mémoire. Selon lui, à l’inverse de l’histoire, la mémoire isole un événement de son contexte ; elle cherche à le tirer de l’oubli pour lui-même et non pour l’insérer dans un récit cohérent créateur de sens ; selon lui, la mémoire est affective, tandis que l’histoire se veut objective. Ainsi, en dépit des apparences, l’injonction incantatoire au « devoir de mémoire », lui semble-t-elle en réalité une négation de la demande d’histoire.
Cet antagonisme entre histoire et mémoire est apparu récemment. Il est la conséquence des profondes mutations qui, depuis plus d’un siècle, ont affecté la définition de l’histoire comme celle de la place revendiquée dans la société par les historiens. Progressivement, ceux-ci ont pris de la distance vis-à-vis de la fabrication d’un roman national, et ont affiché leur méfiance, après les expériences douloureuses du XXe siècle, envers toute tentation de manipulation de la mémoire collective. Les renouvellements introduits par l’École des Annales en faveur d’une histoire globale inscrite dans la longue durée ont aussi contribué à cette rupture des historiens avec l’histoire-mémoire traditionnelle. En contrepartie de cet effacement, on assiste depuis quelques années à la montée des revendications mémorielles, face auxquelles les historiens doivent se positionner.
Entre « Clio » et « Mnemosynè »
À l’origine, l’histoire est mémoire. Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote d’Halicarnasse justifie d’ailleurs d’emblée son entreprise par la volonté de préserver de l’oubli des événements qu’il juge d’importance. En ce sens, au moment de sa fondation, l’Histoire ne se donnait pas un objectif si différent du mythe : la poésie épique de type homérique, ou bien la tragédie, mettaient également en scène les grands événements du passé sans négliger d’en proposer une explication. D’ailleurs, rappelons que les Grecs considéraient que Mnemosynè, c’est-à-dire la mémoire divinisée, était la mère des neufs Muses, dont Clio la Muse de l’histoire. Déjà à la fin du VIIIe siècle av. J.-C., Hésiode se présente, dans les premiers vers de sa Théogonie, comme celui auquel les Muses ont accordé la connaissance du passé héroïque.
Comme le rappelle Paul Veyne à juste titre, le poète est un possédé de la mémoire, un témoin inspiré du mythe constructeur du passé. L’historien, pour sa part, est témoin d’un temps. Mais le principe est le même : Lucien de Samosate rapporte que les auditeurs des lectures publiques effectuées par Hérodote à Olympie donnèrent aux neuf livres de ses Enquêtes les noms de chacune des Muses.
Authentique ou non, cette anecdote révèle un parallèle établi entre l’historien et le poète, dans leur rapport à la mémoire autant que dans l’agrément de la forme. Durant toute l’Antiquité classique subsiste l’idée que l’historien transmet par son œuvre un souvenir mémorable utile à la postérité. Celui qui l’a formée le plus clairement est sans doute Cicéron, dans ses Dialogues de l’Orateur écrits en 55 av. J.-C., dans lesquels il présente l’Historia comme un témoin des temps.
Ainsi, chez les Romains de la fin de la République et du début du régime impérial, l’histoire se fait véritablement remémoration à vocation exemplaire : la commémoration y est source d’émulation et contribue à construire une mémoire socialement effective, procédé très sensible par exemple chez Tite-Live. Toutefois, si l’histoire est bien mémoire, elle ne constitue pas qu’un aspect de celle-ci, sous une forme particulière et qui peut même être jugée mineure. D’une manière générale, les sociétés méditerranéennes de l’Antiquité disposaient de supports mémoriels puissants et variés qui ne leur rendaient pas indispensable l’écriture de l’histoire.
Tout se passe comme si l’invention de l’histoire s’était produite inexplicablement, sans réelle demande sociale. Et comme l’a bien mis en évidence l’historien italien Arnaldo Momigliano (1908-1987), les Grecs disposaient, sans l’aide des historiens, de tous les savoirs sur le passé dont ils avaient besoin. Ceci explique que l’histoire soit restée dépourvue de véritable statut pendant une bonne partie l’Antiquité et que les historiens n’aient jamais acquis une place reconnue dans la société antique. À ce propos l’historien italien notait la chose suivante :
« Ce ne peut être un hasard si tant d’historiens grecs vécurent en exil et si tant d’historiens romains furent des sénateurs d’un âge mûr : les uns écrivirent l’histoire alors qu’ils se trouvaient empêchés de participer à la vie normale de leur propre cité, et les autres alors que leur vie active approchait de sa fin. » (Arnaldo Momigliano, Problèmes d’historiographie ancienne et moderne, Paris, 1983, p. 55)
Ni enseignée, ni toujours bien distinguée de la littérature dans l’esprit du public de l’agora antique, l’histoire n’était qu’une des modalités de la mémoire collective, et pas nécessairement la plus importante. Mais avec la christianisation du monde antique, l’ancrage historique de la mémoire se déplace vers la liturgie, qu’illustre les Memoriae d’Antiquité tardive et du Moyen Age.
Vers une histoire-mémoire
Lorsqu’elle émerge à la Renaissance, l’historiographie moderne cherche les racines des histoires locales jusque dans l’Antiquité qu’on redécouvrait alors avec passion : c’est ainsi qu’à la fin du XVIe siècle Étienne Pasquier (1529-1615) mit à l’honneur, dans ses Recherches de la France, le mythe de « nos ancêtres les Gaulois ».
Non que le souvenir des Anciens n’ait jamais été perdu : au contraire, il suffit de songer à la référence politique constante qu’à représentée l’Empire romain durant tout le Moyen Âge, comme en témoigne par exemple la fameuse Donation de Constantin, dénoncée notamment par Lorenzo Valla (1407–1457) comme une « création » forgée de toutes pièces. Mais désormais, l’humanisme aidant, l’amour de l’Antique caractérise le classisme européen, durant lesquels l’histoire occupe une place privilégiée dans la culture des hommes du temps.
Académies et sociétés savantes entretiennent le rêve des origines, permettant aux élites locales ou régionales de penser leur identité face à une histoire officielle dominée par la centralisation monarchique. La Révolution française et l’Empire porteront à leur comble les emprunts à une Antiquité stéréotypée et atemporelle dans le but de construire une mémoire lavée de l’héritage abhorrée de la monarchie et de l’Ancien Régime. Par la suite, les nationalistes du XIXe siècle puiseront à leur tour abondamment dans l’histoire ancienne (pas seulement gréco-romaine d’ailleurs) pour fonder leurs revendications souvent antagonistes.
En France par exemple, la construction de la mémoire collective a procédé par flux et reflux. La place accordée au Moyen Âge est de ce point de vue significative. Si l’on considère que, pour être opératoire, le travail de mémoire doit succéder à temps d’oubli, alors il a dû être singulièrement efficace s’agissant du Moyen Âge. Plus qu’un oubli, on y verra d’ailleurs plutôt un effort délibéré de distinction et, dans le même temps, de dépréciation peu favorable à une remémoration continue : c’est ainsi que les savants de la période classique et de celle des Lumières ancrèrent dans les esprits une certaine idée du Moyen Âge, obscur et peu digne d’intérêt, que les hommes de la Renaissance avaient lancée.
L’engouement romantique pour la période médiévale apparaît donc, de ce point de vue, comme une grande rupture dont les premiers conservateurs et muséographes des années révolutionnaires furent certainement les éclaireurs. Les musées (Cluny, Petits-Augustins…), donc, mais aussi les arts, romanesque ou pictural, connurent alors un véritable foisonnement médiéval qui ne se démentit pas par la suite : même si leur œuvre était pétrie d’erreurs historiques grossières, Alexandre Lenoir, Victor Hugo ou Alexandre Dumas ont éveillé une passion populaire pour cette période historique. La qualité historique de leurs écrits importe peu ici : rapidement, de vrais historiens prendront le relais, qui n’auraient jamais pu le faire sans cet engouement initial.
C’est à partir de là qu’une dynamique a été impulsée, dont l’enseignement – secondaire et supérieur dès la Restauration, primaire à partir de la IIIe République – a été le principal moteur, entre vulgarisation des apports de l’histoire savante et passion de plus en plus partagée pour le Moyen Âge. Là, le « mythe des origines », pour reprendre l’expression de Marc Bloch, trouvait sa pleine expression : Clovis à Tolbiac, Charles Martel à Poitiers, Charlemagne et sa barbe fleurie à Roncevaux, Louis IX sous son chêne et Jeanne d’Arc sur son bûcher… Les Français des trois derniers quarts du XIXe et de la première moitié du XXe siècle invoquaient les grandes figures que le premier sentiment national, médiéval celui-là, avait déjà honorée, mais en les réactualisant totalement.
Un subtil compromis avec toutes les formes de l’héritage révolutionnaire permettait que, miraculeusement, tous les Français s’y retrouvent, ce en quoi le mythe peut être qualifiée de pleinement opératoire. Sans surprise, il se délita lorsque le sentiment national lui-même qui le sous-tendait s’affaiblit pour différentes raisons politico-culturelles, dont la mondialisation.
Enfin, l’on peut remarquer que les identités dites « de minorités », régionalistes notamment, qui s’affirmèrent en s’opposant à une identité nationale englobante dont elles se disaient victimes, s’agrégèrent selon un mécanisme similaire d’invocation d’une mémoire des origines médiévales : les Bretons retrouvèrent le roi Arthur et Brocéliande, les Languedociens les Cathares et les Corses les pourfendeurs de Maures.
L’histoire, la mémoire et l’oubli
Réfléchissant le lien entre le trio histoire, mémoire et l’oubli, le philosophe Paul Ricœur (1913-2005) établit un utile distinguo entre mémoire « empêchée », « manipulée » et « obligée », et invite en conséquence au « travail de mémoire », une notion jugée moins stérilisante que l’omniprésent « devoir de mémoire », ce passage obligé de nombreuse exhortations issues de la classe politique. C’est d’ailleurs en réaction contre les risques de dérapages antiscientifiques inhérents à ces rappels à l’ordre que, dans la fin des années 1980, s’est développée une histoire de la mémoire, en tant que branche de l’histoire des représentations.
L’histoire de la mémoire collective est ici entendue comme celle de l’usage des passés dans les présents successifs. Caractéristique de cette démarche, l’entreprise de Pierre Nora par exemple, vise à l’établissement d’une cartographie mentale. Dans ce cadre, les lieux de mémoire sont entendus largement, puisqu’à côté des « panthéons » nationaux des emblèmes figurent également des notions telles les spécificités régionales, l’imaginaire, le folklore populaire… (etc.). Ici, « lieu » équivaut à « élément du patrimoine symbolique ». L’étude de Pierre Nora, partie d’une volonté de déconstruction d’un paysage anthropologique familier, aboutit à la mise sur pied d’un ensemble monumental.![]()
Mohamed Arbi Nsiri, Doctorant en histoire ancienne, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.
Par
blatt-christophe
Le 13/03/2021
Werbung für Deutsch und die Schüler überzeugen, Deutsch zu lernen... Das ist ein weites Feld.
Hier ist ein Beispiel für eine solche Werbung.
Und eigentlich haben die Autoren ja recht: Deutsch lernen ist wirklich immer eine gute Idee.
Aber gibt es nicht auch noch andere Argumente, denn Mehrsprachigkeit hat ja noch andere Vorteile.
Dinge, Probleme in mehren Sprachen zu bedenken, nachzudenken... zu lernen?